Contestation «vigoureuse» des commerçants
Rémi Tremblay (
12/7/2012 )
La facture s’élèvera à plus de 11 millions de dollars, mais ce n’est pas là l’objet principal du litige entre les commerçants de la rue Laval et le conseil municipal de Lac-Mégantic. Pas une question de fric! «Votre projet, c’est beau mais ce n’est pas réaliste… Oui, c’est beau les arbres, mais ce n’est pas pratique», soulève Francine Blais, de la cantine Chez Ti-Bi, là où l’on sert les troisièmes meilleures patates frites du Québec, selon un récent concours visant à connaître «le» Roi de la patate! Comme une trentaine d’autres propriétaires de commerces du secteur, elle assure que le projet, tel que proposé par des spécialistes de l’aménagement urbain, enlève des espaces de stationnement, au risque de faire fuir la clientèle vers le centre-ville ou plus au nord! Pour ces commerçants établis depuis des lunes quelque part entre les deux principaux pôles commerciaux, l’avenir du secteur Laval se joue… maintenant!
Lundi soir, à la dernière séance régulière du conseil avant les vacances, la mairesse Colette Roy Laroche et les conseillers ne s’attendaient pas à recevoir autant de visiteurs attentifs. Encore moins à assister au dépôt d’une pétition comprenant 27 signatures annonçant une contestation «vigoureuse» de «tout règlement visant à nuire à nos commerces, lesquels, nous vous le rappelons, constituent notre gagne-pain et une importante source de revenus pour la ville.»
Et justement, à l’ordre du jour, le seul règlement qui sera soumis à l’approbation des citoyens est celui qui autorise un emprunt de 11 125 000$ pour la réfection des rues Laval et Frontenac. Un gros chantier qui devait débuter à l’automne mais qui pourrait bien être retardé au printemps 2013, son financement n’étant pas encore entièrement ficelé.
Au micro, debout face à la table du conseil, Jean-Philippe Veilleux, de Pièces d’autos L. Veilleux, brandit la pétition «pour vous prouver que la réfection de la rue Laval ne fait pas le bonheur de tout le monde. C’est important pour nous. On a besoin d’une date butoir, on veut savoir jusqu’à quand on a pour s’exprimer et à partir de quel moment il sera trop tard!»
La mairesse Colette Roy Laroche se veut rassurante. «La demande de règlement d’emprunt ne signifie pas que les travaux vont se réaliser et ça ne signifie pas que le processus est terminé. Le règlement doit subir le processus démocratique référendaire. Si le nombre de signatures est suffisant, le conseil municipal aura à décider si on fait un référendum ou si on abandonne le projet.»
Parmi les éléments du projet actuel qui accrochent, la réduction de places de stationnement qui pourrait nuire à l’achalandage des commerces, des plates-bandes et nouveaux trottoirs qui empêcheront la manutention et le déplacement des marchandises et le risque d’entraîner au final un exode vers Nantes, Frontenac et Marston si le paiement de la dette affecte davantage la capacité de payer des contribuables. «Dans la dernière année, Lac-Mégantic a perdu 67 citoyens», notent les contestataires.
«Il y a deux subventions qui sont confirmées, la taxe d’accise et la contribution du ministère des Transports qui totalisent 5 601 000$. Ce qui reste à confirmer du ministère des Affaires municipales, c’est 2 350 000$ pour les conduites (à remplacer). Advenant le cas où ce montant-là ne serait pas confirmé, il est évident que le conseil municipal doit se poser la question à savoir si on réalise quand même le projet.»
Une fois toutes les subventions confirmées, la part de la Ville pour le financement des travaux atteindrait 3 251 000$.
La demande de signature de registre pour le règlement d’emprunt n’aura pas lieu avant deux semaines (voir l’avis public dans ce journal). Mais, comme l’explique le directeur général de la ville, Gilles Bertrand, il reste encore deux semaines avant le dépôt des plans et devis complets et définitifs. Un exercice qui, lui, n’est pas sujet à approbation des électeurs.
«Les plans et devis définitifs ne sont pas terminés; il nous reste du temps», insiste la mairesse. Mais le sable glisse rapidement au fond du sablier! La crainte des commerçants: que le conseil municipal veuille aller de l’avant dans le projet, une fois le règlement d’emprunt accepté par les citoyens et approuvé par le ministère des Affaires municipales, sans revenir devant les commerçants.
«L’idéal serait d’avoir une autre assemblée publique où l’on présenterait les plans et devis révisés. Une version presque définitive», finit par concéder la mairesse, ouvrant donc la porte à une nouvelle rencontre, dans un climat que les deux parties souhaitent plus conciliant.
«Plus de 50% des commerçants de la rue Laval sont enragés noir», a fait savoir Benoît Morin, le propriétaire du commerce de véhicules usagés Au Ben Autos. À l’évidence, chaque commerce défend des particularités différentes. «De mon côté, je vais avoir des espaces de stationnement que je ne veux pas, alors que de l’autre côté de la rue, Chez Ti-Bi va perdre des espaces qu’il a besoin.»
Au mieux, les signataires de la pétition auraient souhaité être «écoutés» et pas seulement «entendus» lors des rencontres individuelles qu’ils ont eues avec le chargé de projet Conrad Lebrun. Dans leur document soumis au conseil municipal, ils insistent sur la suggestion qu’ils ont faite d’une circulation à sens unique sur la rue Fortier et une partie de la rue Lasalle.
Dans le scénario rapide, les travaux débutent à l’automne à partir de la voie délimitant Laval et Frontenac et se poursuivent en 2013. Si le processus d’adoption du règlement d’emprunt et la confirmation de la dernière subvention tardent, le chantier se déroulera tout au long de 2013.
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