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PAROLES AUX LECTEURS
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Bibliothèque: une fois encore! ( 4/4/2012
) Depuis que nous avons vendu notre âme à la surconsommation et que l’État s’est soumis aux diktats des multinationales et des marchés financiers, nous avons été forcés de refaire le monde. Depuis que nous célébrons la grand-messe du crédit et confondons être et avoir, nous avalisons le message publicitaire qui nous incite à dépenser parce que «nous le méritons bien.» Le «je» a supplanté le «nous» et désagrégé le tissu social en transformant le citoyen en un consommateur.
À cause du développement urbain autour des centres commerciaux et des usines, les villages se sont appauvris socialement: ils ont perdu leur école, leur église, leur place publique qu’était le magasin général et une partie de leur autonomie administrative. Quant aux villes, elles ont perdu leur équilibre à cause de l’étalement urbain et du développement sauvage. Ici, ayons une pensée pour Fatima, barricadée derrière le talus de la voie ferrée. Ce n’est pas à cause des villes si les villages ressemblent de plus en plus à des hameaux, même elles doivent se saigner à blanc pour sauver leur centre-ville ou revitaliser un quartier à l’abandon. C’est la conséquence d’un choix de société.
Faute de moyens et conscients de l’implacable réalité, nous avons été forcés de rationaliser. Québec s’est empressé de créer les MRC et d’imposer son pas. La gestion des déchets, l’aménagement du territoire, la sécurité publique, le rôle d’évaluation foncière, etc. ont été régionalisés. Partout le même branle-bas. En santé (CHUS), au niveau des services sociaux (CRSSS) et de la pratique religieuse (fermeture d’églises), en éducation (écoles primaires regroupées, polyvalente, cegep) et même au niveau des organismes bénévoles (Centraide, Société canadienne du cancer, Maison fin de vie, etc.), rien ni personne n’échappent à l’intégration, même pas les Caisses populaires Desjardins. La nécessité crée «l’organisation». D’ailleurs, l’entreprise privée va dans le même sens. Les grandes chaînes comme Metro, Walmart, Canadian Tire, BMR, Jean-Coutu, etc. sont une forme de régionalisation du commerce au détail. Nier cette réalité, c’est de l’aveuglement volontaire.
Sans surprise, les loisirs et la culture constituent la dernière étape de la régionalisation. Pourtant, elle est en marche depuis des années: le hockey mineur, le Turmel, le football et le volley-ball scolaire, les Lames argentées, le Comité culturel, le Club photo, l’Université du troisième âge, etc. tout ce beau monde court la province ou traverse les frontières. Le repli sur soi n’est pas une option. Bref, nous en sommes à boucler la boucle.
Il est bien facile de dire non à ce qu’on ne connaît pas. Parce qu’on ne fréquente pas une bibliothèque, on s’imagine que tous peuvent s’en passer, qu’elle est un luxe. On connaît le prix de l’éducation, mais on ignore le coût faramineux de l’ignorance. En rejetant l’entente sur la bibliothèque, en faisant sa petite affaire chacun dans son coin, ce n’est pas tant un non vengeur à Lac-Mégantic, qu’un refus à toute la région d’un service auquel elle aurait droit. Pire, c’est aussi priver ses propres citoyens, pour une ou deux générations, d’un service qu’ils méritent autant que les autres. Peu importe où cette obstination nous mènera, Lac-Mégantic aura sa bibliothèque et un service professionnel, quoique diminué. Dommage! «Toute la culture de l’humanité, tout: la lecture donne tout (…) il n’y a pas cadeau plus absolu.» Marc Le Bris dans Et nos enfants ne sauront plus lire… ni compter.
Dans le refus concerté de l’entente sur la bibliothèque, je devine une stratégie utilisateur-payeur cousue de fil blanc. On donne un semblant de service à ses citoyens, quitte à rembourser nos fatigants «d’intellectuels» qui s’abonneront à la bibliothèque de Lac-Mégantic. Il n’y a pas de mal à parasiter le gros méchant. On a beau prétendre ne pas avoir à payer pour un service qu’on n’utilisera pas, juste se rappeler que plus de la moitié de la population paie pour un centre sportif qu’elle ne fréquente pas. On appelle ça une conscience sociale. Les «sportifs» en seraient-ils dépourvus?
Bref, les ententes sont un argument de fond pour convaincre les gens de rester en région et même d’habiter Frontenac, Nantes ou Marston parce qu’ils ont la certitude de trouver à proximité un hôpital affilié à un centre universitaire, une polyvalente, un cégep, un centre sportif moderne, une piscine où adultes et enfants y trouvent leur compte, une salle de spectacle qui leur permette de vibrer au rythme de la province, une véritable bibliothèque qui offre bien plus que des best-sellers ou des bandes dessinées et, qui sait, une maison de la culture, véritable carrefour d’échanges et de création.
Pour terminer, j’aimerais que l’on réfléchisse à la citation suivante parce que ceux qui dénigrent la culture, sans même le savoir, en mangent et en vivent: «Personne ne nous refuse la qualité; c’est nous qui nous nous refusons à nous-mêmes la qualité, par paresse, par embourgeoisement, par mépris de nous-mêmes. » Jean-Paul Desbiens dans Les insolences du frère Untel.
Paul Dostie
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