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La fin du rêve souverainiste?
Le spectre des couleurs politiques au Québec n’a jamais été aussi flamboyant. Entre le rouge et le bleu, toute une palette! La Coalition Avenir Québec de François Legault, Option nationale de Jean-Martin Aussant, le Parti indépendantiste qui se définit comme «le seul véritable parti nationaliste québécois», et qui s’engage à faire l’indépendance du Québec aussitôt élu, pas de tataouinage, sans compter les diverses factions qui grouillent et grenouillent au sein du Parti québécois de Pauline Marois. L’ADQ vient de disparaître, Québec solidaire de Françoise David et Amir Khadir s’acoquine avec le Parti communiste des… communistes du Québec ou avec le PQ, selon la tendance du jour. Manque juste les Bérets blancs, les Bérets verts, les révolutionnaires, les adeptes de la République du Québec et ceux qui veulent faire du Québec le 51e état des États-Unis. Et les autres qui croient à la fin du monde en 2012, aux extraterrestres et intraterrestres.
Ah oui, j’oubliais le Parti libéral du Québec de Jean Charest. On l’oublie celui-là, parce qu’avec tout ce qui se passe ces derniers mois dans les coulisses de l’Assemblée nationale, avec le naufrage au compte-goutte du bateau de Pauline Marois et la mise à l’eau d’une nouvelle barque, le MS On verra, dont le capitaine recrute les marins nationalistes de toutes obédiences, sans compter les funérailles de l’ancien parti de Mario Dumont, on tend à oublier le parti au pouvoir. Un parti qui ne fait pas de vague, sinon le sillage qu’il trace en naviguant toutes voiles dehors vers le nord, alors que nous autres, les petits mortels, on regarde ces temps-ci plus vers le sud où sont partis les petits oiseaux voyageurs depuis bon nombre de semaines.
Aux prochaines élections, plus tôt que plus tard, flairent déjà les observateurs, votre bulletin de vote risque d’être un petit peu plus grand et un peu plus coloré que d’habitude ou bien les noms des candidats risquent d’être écrits en caractère un petit peu plus petit.
C’est dans ce paysage politique multicolore que Jacques Audet, un résidant de Lac-Mégantic, m’a récemment annoncé son coming-out, sa sortie de placard si vous préférez. Ce militant de longue date de l’ADQ va se présenter aux prochaines élections dans Mégantic-Compton. Contre la libérale Johanne Gonthier.
Sous quelle bannière? Comme l’ADQ s’est sabordée le week-end dernier, il sera le premier candidat caquiste de l’histoire de Mégantic-Compton. L’ADQ passe aux annales de l’histoire pour avoir présenté trois candidats dans la circonscription: Alain Boisvert en 2003, qui avait terminé 3e avec 20% des votes, Jocelyn Brouillet en 2007, dont la victoire lui avait échappé par à peine 210 votes, au sommet de la vague adéquiste du parti de Mario Dumont, et Samuel Therrien en 2008, qui a conclu la course avec 16% des votes et le 3e rang.
À 58 ans, Jacques Audet ne le cache pas, il veut jouer sur le cynisme des électeurs. «La Coalition Avenir Québec, c’est pour le monde qui s’est jamais fait entendre, qui paye sans jamais savoir si les travaux ont été faits, pour la droite qui a toujours fermé sa gueule. Je me retrousse les épaules…»
Aussi transparent qu’un livre ouvert, Jacques compte surfer sur un autre phénomène, celui des oldies, ces vieux succès que l’on remet à la mode du temps. Baigner à travers une gang de vire capot? Aucun problème. Il aurait plutôt du mal avec ceux qui obéissent à la ligne de parti, en sacrifiant leurs principes et leurs croyances. Sa devise: une chaîne n’est jamais aussi forte que le plus faible de ses maillons! Le genre de phrase qui se glisse toujours bien dans une conversation à propos de tout et de n’importe quoi!
Ce qui revient à dire que les électeurs qui ont l’épiderme sensible à tout ce qui leur a présenté comme nouveau, style comme genre le Nouveau Parti Démocratique (rappelez-vous la razzia orange au fédéral), pourraient être bien tentés par l’aventure de la CAQ. Avec son proverbial «On verra…», François Legault a rassuré tout le monde… Parler de souveraineté? Pas avant 10 ans et après, on verra! Un parti fédéraliste? Il accueille aussi des députés fédéralistes, alors? Ben, on verra! C’est toujours on verra. Avec ça, tu te compromets jamais.
Les souverainistes purs et durs ne pardonneront pas à François Legault d’avoir pris la tête d’une troupe de mercenaires provenant de tous azimuts politiques pour affaiblir davantage le navire de Pauline Marois, dont une partie de l’équipage a déjà déserté. Un nouveau parti qui a toutes les allures d’une police d’assurance pour les fédéralistes, parce que, en cas de défaite électorale des libéraux au prochain scrutin, ils sont sûrs de ne plus jamais se retrouver face à un gouvernement souverainiste qui jouerait les trouble-fête! Le navire amiral des souverainistes flotte encore de peine et de misère, avec son capitaine qui a promis de tenir la barre… «jusqu’au bout». Malgré la rive et les rochers qui se pointent hors de l’eau.
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