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La montagne sacrée
Le texte éditorial de Jean-Claude Vézina publié dans le dernier numéro du Journal du Haut-Saint-François a de quoi attirer l’attention du lecteur. «Le tourisme dans le Haut-Saint-François, c’est quoi ça!», se demande l’auteur. Le Parc national du Mont-Mégantic venait de rafler un Grand Prix du tourisme dans les Cantons-de-l’Est et il avait appris la bonne nouvelle grâce à un communiqué de presse émanant du CLD de la MRC du… Granit! Rien de la part du CLD de la MRC du Haut-Saint-François, alors que les trois quarts du territoire du parc, et surtout le secteur de Franceville pour lequel le Parc a obtenu les honneurs, se trouvent majoritairement dans la municipalité de… Hampden.
Relevant l’histoire de la création de l’observatoire du mont Mégantic et du parc national, le journaliste rappelle au bon souvenir du comité intermunicipal, composé de représentants des municipalités des deux MRC, du Granit et du Haut-Saint-François, qui avait planifié de façon concertée, dans les années 90, la naissance d’une industrie touristique essentiellement basée «sur le pouvoir attractif du centre scientifique et la mise en valeur du potentiel géophysique régional».
Dans son papier, le journaliste se demandait si l’industrie touristique était encore aujourd’hui une préoccupation pour les élus du Haut-Saint-François. «Beaucoup trop de projets tardent à se développer… Ça fait combien d’années qu’on a «flushé» le tourisme?», questionnait-il, avant de conclure: «Et si le tourisme n’a pas de valeur aux yeux des nôtres, qu’on signe une entente laissant l’exclusivité du développement touristique au Granit en nous fusionnant avec eux…» Fusion et annexion sont encore des termes à la mode, paraît-il!
Vivre voisin de la MRC du Granit n’est pas toujours facile. Parce que, vu de l’extérieur, notre territoire semble parfois «privilégié» dans son développement. C’est vrai que le Granit compte un tas d’organismes qui emploient un tas de personnes-ressources pour faire valoir au reste du monde qu’on a beau être perdus quelque part entre Sherbrooke et la Beauce, on a appris à survivre par nos propres moyens et à construire sur nos différences.
Ici, l’industrie touristique se porte «modestement» bien, malgré quelques failles, dont la perte du bateau de croisière dont on va s’en doute s’en ressentir dès cet été. Le lac Mégantic est un important centre d’attraction en soit, la chaine de montagnes et les deux parcs nationaux tout autant.
L’idée avancée par Vézina d’une négociation souhaitée entre le Granit et le Haut-Saint-François pour une gestion exclusive du secteur touristique n’est pas si bête, au fond. Le Haut-Saint-François abrite des joyaux: la montagne de Marbre, la côte magnétique de Chartierville, le barrage de Scotstown, le centre d’interprétation de l’or, le patrimoine écossais de Gould, les saveurs du terroir… Autant d’atouts qui pourraient être mieux exploités et facilement convertis en création d’emplois.
Malgré leur bonne volonté, les organismes de développement économique ne peuvent pas tout réaliser d’un coup de baguette magique. Les gouvernements ne seront pas toujours les vaches à lait de l’économie rurale et les MRC, à elles seules, n’ont pas non plus les solutions à tout. Il faut «aussi et surtout» des investisseurs privés, des gens riches qui n’ont pas peur de prendre des risques et qui ont envie d’inventer un milieu de vie différent. Le Granit et le Haut-Saint-François ont partagé à ce jour quelques gros dossiers à succès: le développement du mont Mégantic en est un de taille, mais aussi, plus récemment, la construction de la Maison de fin de vie. Mettre le volet touristique en commun irait de soi! Mais difficile d’envisager une industrie touristique tournant à plein régime sans la participation de promoteurs privés sérieux.
Dans le numéro du 9 mars du journal Les Affaires, on trouve l’exemple parfait de ce partenariat essentiel public/privé: le Massif de Charlevoix. Depuis son acquisition par l’homme d’affaires Daniel Gauthier, en 2002, on y a annoncé pour 258 millions d’investissements dans la montagne de ski, le Train de Charlevoix et la construction d’un hôtel de 145 chambres à Baie-Saint-Paul. Les promesses ont été livrées, ce qui se traduit aujourd’hui par 770 emplois en région pour ces trois produits touristiques d’envergure.
Il serait illusoire de croire qu’ici, du jour au lendemain, on puisse développer une telle force d’attraction. Mais, à défaut de pouvoir compter sur un gars riche comme Crésus, certains projets apparaissent tout de même réalistes, tel celui de la construction d’un hôtel de 50 chambres. Plusieurs promoteurs y ont planché au cours des deux dernières décennies, sans jamais réussir à soulever une seule pelletée de terre.
Pour le tourisme, le mont Mégantic représente une véritable mine d’or. On reconnaît sa valeur depuis presque aussi longtemps que la fonte des glaces il y a 12 000 ans. Cette montagne-là, ma foi, est à la fois ensorcelante et inspirante. Il faudrait maintenant qu’elle inspire l’entreprise privée pour ajouter à l’offre de services et d’hébergement.
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