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Allégorie et métaphore burlesques

Les avis sont partagés. Certains ont été sensibles à l’humour derrière la dénonciation; d’autres au ton et à l’impatience de l’auteur derrière l’humour. Pourtant, j’avais pris la peine de spécifier qu’il était normal de venir constater le désastre afin d’en comprendre les causes et leur impact. J’avais aussi rédigé un paragraphe où je distinguais les visiteurs compatissants des ouerreux, c’est-à-dire des impolis. Et ce sont ces derniers seulement que visait l’allégorie. Selon ses affinités, chacun choisit son angle de lecture. Chacun est libre; c’est bien ainsi parce que les uns nuancent les mots des autres et donnent au lecteur l’occasion de réaliser que la réalité, comme la vérité, est multiple. Devant la thèse et l’antithèse, le voilà obligé à la synthèse. Bel exercice de maturité et de bonne foi.

À propos des ouerreux, je précise qu’il ne s’agissait pas d’un simple exercice de style, mais d’une réalité vécue et subie au bout de la rue Champlain où nous nous affairions à vider l’appartement d’une sinistrée. Que dire de l’impudeur? J’ai entendu des commentaires semblables aux miens de la part de policiers et de résidants du boulevard des Vétérans excédés par le sans-gêne de certains. Je pourrais vous raconter d’autres incidents regrettables. Dans pareille catastrophe, nous voyons le meilleur comme le pire. Je me souviens, lors de la crise du verglas de 1998, avoir entendu au bulletin de nouvelles des citoyens de Saint-Jean-sur-Richelieu se plaindre qu’on leur livrait du bois pourri pour se chauffer. Je veux bien être aimable à la condition qu’on rende la politesse.

Je sais, vous allez sans doute me dire que nous ne devons pas mordre la main qui nous nourrit. Je suis plutôt d’accord à la condition que ce ne soit pas la main sale d’un bandit cravaté qui défile devant la commission Charbonneau ni celle, baladeuse, d’un patron abusif ou celle d’un irrespectueux. Même si l’argent est réputé ne pas avoir d’odeur, la dignité ne s’achète pas, même dans le malheur. Nous n’allons tout de même pas lécher les mains de M. Burkhart, patron de MMA, pour qu’il nous repasse dessus avec son train. Situation pour le moins paradoxale. Attention, métaphore annoncée. C’est un peu comme si on demandait à un pédophile, propriétaire d’une garderie, de la rouvrir parce que les parents n’ont pas d’autre choix. Bien sûr, monsieur ne sera plus laissé seul en présence des enfants qu’il a abusés. Victimes, deux fois plutôt qu’une.

Depuis le 6 juillet, je suis en colère parce qu’on a volé des vies, anéanti des rêves, détruit notre ville. En colère aussi parce que je ne sais presque rien du nouveau centre-ville sinon qu’il sera devant le centre sportif, qu’il y aura quatre bâtisses identiques qui feront 48 000 pi carrés, édifices qu’il faudra maquiller pour éviter d’en faire un centre commercial anonyme. On ignore ce qu’il adviendra de l’ancien centre-ville surtout si l’offre commerciale n’est pas équilibrée ou stratégiquement répartie. On ne sait pas encore si le boulevard des Vétérans sera récupérable en entier ou en partie.

Parfois, je me demande si le pont et le nouveau centre-ville ne sont pas le fruit d’une négociation faite au dessus de nos têtes : laissez tomber la décontamination trop coûteuse, en échange, on vous donne un pont et une rue principale. Pourtant, on vient tout juste d’autoriser la construction du Centre des Sciences de l’Université de Montréal sur un sol décontaminé. Quant à la voie ferrée, on le sait, il n’y a rien de plus permanent qu’une structure temporaire. L’urgence ne nous laisse pas le choix des moyens ni du moment. En colère aussi parce que l’économie est toujours le seul argument qui compte et que, raisonnablement, nous ne pouvons nous y opposer sans ajouter à notre malheur. Seul point positif: la revitalisation de Fatima, un pontage prometteur à la condition d’équilibrer l’offre commerciale. Rien n’est moins sûr. Quant au nouveau centre-ville, je le vois encore comme un cœur artificiel qui risque de mal vieillir si on le construit à la va-vite. Soyons vigilants: tentons au moins de sauver les meubles. Trop de questions, peu de réponses bien que je ne puisse douter de la bonne foi des gens impliqués.

Paul Dostie

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