Chapelle du rang 1

Manipulation de la liberté d’expression

Ces jours-ci, on entend beaucoup parler de l’affaire Mike Ward contre Jérémy Gabriel dans les quotidiens québécois, particulièrement sur les réseaux sociaux. Dans le coin gauche, un humoriste au talent assuré qui ne manque pas un seul instant pour « poivrer » quelque personnalité publique. Son vis-à-vis, un jeune garçon atteint d’un handicap ayant chanté pour le pape et qui s’est retrouvé au milieu de plaisanteries douteuses de son adversaire.

Ce qui me fascine tout particulièrement dans cette épopée fantastique, c’est le combat personnel de Mike Ward. À aucun moment – et je dis bien aucun – n’ai-je eu l’impression que l’humoriste ait ressenti de réels remords par rapport à l’histoir. «On a le droit de rire de quelqu’un, c’est la liberté d’expression.» Ah! Donc la liberté d’expression nous permet de dire ce que nous voulons n’importe où n’importe quand? Et de surcroît, si l’on est humoriste, on peut être payé pour le faire?

Adaptons donc ce judicieux précepte de l’ami Ward pour n’importe quelle situation. Les jeunes filles qui entrent au secondaire se traitent de plus en plus de «putes» ou de «bitches». En tant qu’enseignant, ma responsabilité est de leur suggérer une meilleure façon de s’exprimer et de trouver les mots justes pour s’identifier entre elles (cet incident arrive la plupart du temps quand deux amies se parlent, c’est leur «petit nom»…). Mais voilà, grâce à la liberté d’expression et du legs de Mike Ward, on peut dire ce que l’on veut maintenant, alors elles ont appris que l’étiquette et le respect ne doivent pas être au premier plan : «No-non, mais c’est juste pour rire. De toute façon, c’est la liberté d’expression, on peut dire ce qu’on veut (même si c’est méchant ou hors-propos).»

En marchant près de casiers de mon école, je vois à l’occasion des garçons qui se chamaillent et se poussent violemment dans les cases, même entre amis. Alors que j’interviens, ils ont toujours la même réponse: «C’est juste pour rire.» Ma question: «Où est la limite du «juste-pour-rir », de la « liberté d’expression»? Il m’apparaît très clair qu’il s’agisse là d’une forme d’intimidation. Tout comme l’affaire Mike Ward. On minimise la valeur des propos pour s’en dégager de la responsabilité. Classique!

Mais voilà, notre justicier humoriste se montre la victime dans l’histoire, il ose même entreprendre une campagne d’autofinancement pour la lutte de sa cause : la liberté d’expression. Mais entre nous, il ne s’agit aucunement d’un combat pour la liberté d’expression. Mike Ward est devenu agressif, méchant, il se bat CONTRE des gens, non pas POUR une cause. Il s’acharne sur un besoin de pouvoir, de manipulation de la masse. Il s’en fiche absolument du camp adverse, il ne désire qu’être plus puissant, ce qu’il nomme lui-même dans différentes entrevues: «Toute l’histoire m’a fait vendre plus de billets et m’a donné de la visibilité à l’international.» Wow! C’est vrai qu’il faut voir le positif en chaque chose. Il a réussi à faire croire qu’il était la victime et maintenant, que son combat est légitime. Simple: c’est un manipulateur-né.

Entendons-nous ici, le combat de Mike Ward est d’une grande médiocrité et m’apparaît très lamentable aux yeux d’une société en quête d’illumination et de respect. Il en devient triste de croire qu’on puisse dire ce que l’on veut en revendiquant la liberté d’expression. Mike Ward nous dit craindre la censure éventuelle de tout événement d’humour s’il perd en cour d’appel, ou en cour supérieure, mais le problème n’est tellement pas là. Il a peur de perdre son pouvoir! C’est tout.

Personnellement, j’ose espérer que Mike Ward réfléchit intérieurement à toute cette histoire et qu’il puisse éventuellement réaliser la lourdeur de ces propos, principalement devant tous ces jeunes qui admirent son «courage» (sa lâcheté) ou la «légitimité de sa cause» (son besoin d’acquérir plus de pouvoir sur la masse). Ce que j’aimerais, en tant que citoyen, c’est de voir un homme capable de nommer le problème de façon claire et juste et surtout, qu’il lâche l’os. Parler de liberté d’expression est légitime; manipuler la liberté d’expression à son avantage est pernicieux.

Alexandre Mongeon

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