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Pénalisées pour avoir fui la violence ?

Pénalisées pour avoir fui la violence ? - Adèle St-Jacques : Actualités

La porte-parole du regroupement des maisons d’hébergement pour les femmes et les enfants victimes de violence conjugale du territoire Mégantic-l’Érable, Marie Therrien, a accordé de nombreuses entrevues pour faire connaître la situation de la demandante à la population québécoise. (Photo Courtoisie)

Jugeant que la vie d’une femme et de sa fille est en danger, le regroupement des maisons d’hébergement pour les femmes et les enfants victimes de violence conjugale du territoire ­Mégantic-l’Érable monte aux barricades afin qu’on offre dès maintenant le statut de résidente permanente à ces deux personnes immigrantes.


Le regroupement n’est pas tendre à l’égard du ministère de l’Immigration, des ­Réfugiés et de la ­Citoyenneté du ­Canada, estimant qu’il s’agit « d’un grave manque d’humanité et de cohérence » face à deux personnes ayant fui la violence conjugale.

Un cri du cœur sous forme de lettre ouverte adressée à la ministre ­Lena ­Metlege ­Diab s’est d’ailleurs taillé une place dans l’espace médiatique québécois il y a de cela quelques jours, offrant de la visibilité à la réalité dans laquelle navigue la demandante.

Depuis plusieurs mois déjà, le permis de ces deux individus (qui resteront sous le couvert de l’anonymat afin de préserver leur sécurité) est effectivement échu, faisant basculer leur dossier migratoire vers un statut irrégulier.

La femme, qui s’est séparée de son mari en raison de violence conjugale répétée, ainsi que sa fille, sont désormais au pied du mur, n’ayant plus d’options devant elles autre que l’obtention d’une résidence permanente pour motif humanitaire.

Un manque flagrant de cohérence 

« ­On tient à mentionner que ­Madame n’a pas attendu que son statut soit échu pour débuter les démarches. Les premières rencontres d’avocats ont été faites en janvier 2025, soit neuf mois avant qu’elle n’ait plus de permis », exprime ­Marie ­Therrien, la ­porte-parole du regroupement.

« ­Au moment où ­Madame est arrivée dans nos services, il y avait seulement deux personnes au ­Québec qui étaient spécialisées dans les dossiers d’immigration impliquant de la violence conjugale », ­précise-t-elle.

Effectivement conscient de son manque d’expertise envers ce genre de situation, le regroupement de ­Mégantic-l’Érable a fait affaire avec neuf avocats et procureurs ainsi que treize organismes possédant une expertise en immigration.

Les experts ne semblaient toutefois pas d’accord sur la manière de procéder, offrant des avis contradictoires et compliquant du même souffle le travail de l’organisme.

« C’est tellement aléatoire, l’immigration. Tout semble dépendre de la personne qui ouvre l’enveloppe du dossier. On a des dossiers dans lesquels ça passe comme dans du beurre et il y en a d’autres qui bloquent complètement. Pourtant, sur papier, c’est pratiquement la même situation. Il y a un manque flagrant de cohérence, c’est le mot de la campagne, je pense », fait valoir la ­porte-parole du dossier, visiblement insatisfaite du sort que réserve le gouvernement fédéral aux personnes qui ont affaire à ce service pour décider de leur sort.

Ainsi, selon les explications fournies par le regroupement, la première demande de résidence permanente de ­Madame aurait été effectuée trop tôt, puisque les permis temporaires de la femme et de l’enfant étaient toujours valides.

Quelques mois plus tard, la deuxième demande aurait cette ­fois-ci été refusée, puisque les permis étaient déjà échus et qu’il fallait « avoir un permis toujours valide pour pouvoir faire une demande. »

Le ministère de l’Immigration, des ­Réfugiés et de la ­Citoyenneté du ­Canada a de son côté répondu aux questions de l’Écho en rappelant les deux critères d’éligibilité à un permis de séjour temporaire pour victime de violence familiale.

• Être présent au ­Canada et être victime de violence de la part de son époux ou conjoint de fait durant son séjour au ­Canada.

• ­Souhaiter obtenir le statut de résident permanent au ­Canada et être actuellement dans une relation conjugale avec un époux ou un conjoint de fait dont dépend la démarche vers la résidence permanente.

« ­La deuxième demande [de madame] a été refusée car les exigences [pour le permis de séjour temporaire pour victime de violence familiale] n’étaient pas remplies. [Madame] n’a pas démontré qu’elle souhaitait obtenir le statut de résident permanent au ­Canada ni qu’elle se trouvait actuellement dans une relation conjugale avec un époux ou un conjoint de fait dont dépendait sa démarche vers la résidence permanente », a indiqué le ministère dans un échange de courriels.

« ­Dès que son dossier va passer sur le bureau d’un agent, la femme et son enfant risquent de recevoir un avis d’expulsion, car aucune demande acceptée ne figurera à leur dossier. Ça peut être demain comme dans quelques semaines, on ne le sait pas », redoute ­Mme ­Therrien.

Du côté du ministère, on indique simplement que la personne concernée « a soumis une nouvelle demande pour un ­PST et un permis de travail reçue le 4 août 2026, qui est présentement en cours de traitement. »

Un sombre avenir à l’horizon

« À chaque refus que l’on reçoit, on nous dit que la dame et son enfant ne craignent rien à retourner dans leur pays d’origine », partage ­Mme ­Therrien.

« ­Pourtant, on le sait très bien que ­là-bas, avec son statut de femme divorcée, elle ne pourra pas être employée, logée, nourrie et soignée. Ce qui l’attend, c’est la rue et le viol. C’est aussi simple et dégoûtant que ça. En plus, son ­ex-belle-famille a clairement exprimé son intention de se venger », ­ajoute-t-elle.

Pour ce qui est de sa fille, ­celle-ci retournera vivre avec la famille de son père, ce qui est loin de rassurer la maman qui s’occupe de son enfant depuis le divorce.

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