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Noces-talgie
Pays imaginaire où le passé et le présent se marient, fait l’amour-tendresse de ceux qui s’aiment encore. Pardonnez le calembour facile, mais l’image parle d’elle-même. La croyance populaire réduit la nostalgie à l’idéalisation du passé quand ce n’est pas au rêve utopique d’y retourner. Elle la lie davantage au chagrin qu’au plaisir. Pourtant, pour un moment encore, le passé redevient un présent. La nostalgie, c’est ce vieux chandail oublié dans le fond d’un tiroir qu’on enfile pour le plaisir d’une émotion, même si on n’oserait pas le porter pour une sortie. C’est un cadeau, puisqu’elle nous habite encore. Tout est si réel que notre peau se souvient de la caresse soyeuse de son angora, même si plus de cinquante ans nous séparent de l’expérience première.
Ne jurer que par le passé, c’est monter dans une chaloupe qui prend l’eau ; vivre l’instant nostalgique, même furtif, c’est la griserie du vent dans les voiles, le voyage en soi comme si nous étions encore là. Il faut cueillir ces instants qui passent parce que le bonheur est infidèle. Il y a une multitude de moments nostalgiques qui « poppent », ici et là, sans s’annoncer. Certains appartiennent à la vie privée comme le tremblement des lèvres du premier baiser, d’autres sont familiaux comme ce Noël où maman riait de bon cœur en plaçant sa main devant sa bouche, pudeur imposée par une religion du péché où le bonheur était suspect. Il y a le casseau de frites à dix cennes que nous mangions assis dans les marches de l’escalier ou le pas clopin-clopant du cheval du laitier, la fanfare du mardi soir et le cri joyeux des enfants de la cour d’école que ne parvenait pas à étouffer l’angoisse des adultes. Il y a aussi le bonheur tranquille des dimanches midi où les pains de viande dodus et croûtés à l’extérieur, tendre au dedans, trônaient sur la table à côté du saucier pendant que les « dominos » patientaient au frigo parce que des carrés Nanaïmo, cela se mange froid sinon, c’est dégueulasse. Il faut entendre le chocolat casser sous la dent, la garniture résister avant de fondre au palais et les noix craquer de la mâchoire à l’oreille.
D’un point de vue régional, j’ai la douce nostalgie du Tour du lac à vélo, à la fin de juin, tour qui annonçait de belle manière l’été des petits fruits et des cornets de crème glacée. J’ai un agréable souvenir des concerts du dimanche midi à Piopolis, concerts qui tenaient plus de la fête et du pique-nique que du spectacle et que dire des copieux brunchs de la « Ruée vers Gould » tenus dans un cadre champêtre comme une invitation à prendre son temps, à jouer les touristes, tout en étant chez soi.
Je vous invite donc à monter à bord du train des souvenirs heureux à destination d’un ailleurs qui a toutes les chances de vous ramener dans la maison de votre enfance. Une destination vacances hors du temps qui vous permettra d’éviter les lourdeurs du quotidien et la face dédaigneuse d’un Trump qui n’en finit plus de hanter nos écrans et nos esprits. Goûtez ces petits bonheurs comme on savoure une fraise des champs gorgée de soleil ou des bleuets fraîchement cueillis. En fouillant vos souvenirs, cherchez le détail qui fera la carte postale de votre voyage virtuel. Ce pourrait être une odeur ou la broderie d’une délicate toile d’araignée dans la rosée du matin. Je vous souhaite de belles vacances dans votre tête et dans votre cœur, sans le souci de la dépense et des kilomètres.
Paul Dostie
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