François Jacques

Lettre ouverte : Madame Diab, le sort d’une famille est entre vos mains

Des décisions simplement administratives entraînent des conséquences profondément humaines et dévastatrices. Une femme et sa fille sont menacées d’être expulsées du ­Canada pour avoir fui la violence conjugale.

Aujourd’hui, ­Madame la ministre de l’Immigration, des ­Réfugiés et de la ­Citoyenneté du ­Canada, nous vous écrivons parce qu’elles sont à deux doigts d’être renvoyées vers un avenir où leur sécurité, leur dignité et leur ­bien-être sont sérieusement compromis.

Cette femme est arrivée au ­Québec en 2024 avec l’espoir de bâtir un avenir meilleur. Un avenir pour sa fille, en sécurité. Mais rapidement, la violence conjugale a pris le contrôle.

Elle a alors fait ce que nous recommandons à toutes les victimes de violence conjugale : elle est partie. Elle a quitté son conjoint violent pour protéger sa vie et celle de son enfant. Et c’est précisément ce geste de courage qui la pénalise désormais.

Comme tant d’autres personnes immigrantes, elle s’était pourtant rapidement intégrée à sa communauté. Elle a demandé un divorce, trouvé un emploi, entrepris l’apprentissage du français et commencé à construire un avenir pour sa famille.

Mais en choisissant de quitter un conjoint violent, elle a également perdu son statut migratoire. Aujourd’hui, plus de deux ans et demi après son arrivée au ­Québec, elle ne peut plus travailler, non pas parce qu’elle refuse de contribuer à la société, mais parce que les circonstances administratives qui découlent de la violence qu’elle a subie l’en empêchent.

Elle est devenue prisonnière d’un système qui, paradoxalement, pénalise une femme pour avoir choisi de fuir la violence.

Pendant ce temps, sa fille grandit ici, au ­Québec. Elle y a été élevée. Elle parle français, fréquente notre milieu, partage nos repères et notre culture. Le ­Québec est son foyer.

Pourtant, toutes deux risquent maintenant d’être expulsées vers un pays où une femme divorcée fait face à une stigmatisation extrême, où les possibilités de reconstruire sa vie sont pratiquement inexistantes et où nous avons de sérieuses raisons de croire que le ­bien-être et la sécurité de l’enfant seraient gravement compromis.

Comment ­pouvons-nous demander à une femme de dénoncer la violence conjugale si, en le faisant, elle risque de perdre son droit de vivre en sécurité ?

Comment ­pouvons-nous affirmer protéger les enfants lorsque nous envisageons de les renvoyer dans un environnement où leur développement et leur sécurité sont menacés ?

Les lois canadiennes prévoient des mécanismes permettant de tenir compte de circonstances humanitaires exceptionnelles. Cette situation en est une. Malgré les interventions répétées effectuées auprès de votre ministère afin de faire valoir la vulnérabilité exceptionnelle de cette mère et de son enfant, incluant une rencontre entre vous et le député de notre territoire, un refus catégorique fut la seule réponse reçue.

Pourtant, cette mère ne réclame aucun privilège.

Elle souhaite continuer à subvenir aux besoins de son enfant, contribuer à la société québécoise et offrir à sa fille la stabilité dont toute enfance a besoin.

Une demande simple et raisonnable. Une demande profondément humaine.

Le ­Canada s’est bâti sur des valeurs de compassion, de justice et de protection des personnes les plus vulnérables. Ces valeurs prennent tout leur sens lorsqu’elles sont mises à l’épreuve.

Aujourd’hui, cette épreuve porte le visage d’une mère qui a choisi le courage plutôt que la violence. Le visage d’une enfant qui ne devrait jamais payer le prix des gestes de son père.

Madame la ­Ministre, nous vous demandons de revoir cette décision.

Nous vous demandons d’utiliser les pouvoirs que la loi vous confère afin d’autoriser cette mère et son enfant à demeurer au ­Canada et d’accorder à cette femme une résidence permanente, sous des motifs humanitaires et de compassion.

Parce qu’aucune femme ne devrait être punie pour avoir fui la violence. Parce qu’aucun enfant ne devrait être contraint de quitter le seul milieu qu’il connaît pour être exposé à des risques que nous avons le pouvoir d’éviter. Et parce qu’­au-delà des procédures administratives, il y a des vies humaines qui dépendent de votre décision.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement du sort d’une mère et de son enfant. Il s’agit du message que nous choisissons d’envoyer à toutes les femmes qui trouvent le courage de quitter un conjoint violent.

Nous espérons que vous choisirez l’humanité.

Les ­Maisons d’hébergements pour les femmes et les enfants victimes de violence conjugale du territoire ­Mégantic-l’Érable

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