Début de mobilisation citoyenne pour éviter un autre Shannon!

Début de mobilisation citoyenne pour éviter un autre Shannon! - Rémi Tremblay : Actualités

Le temps est venu d’une mobilisation citoyenne, croit Daniel Green.

D’abord les fleurs: «Lac-Mégantic est le seul endroit où des données concernant la contamination d’un site ont été publiées aussi rapidement.» Maintenant le pot: «La décision finale du niveau de décontamination acceptable sera prise entre le consultant et le Ministère (de l’Environnement). Cette décision devrait être plutôt prise par les gens qui y vivent». Daniel Green de la Société pour vaincre la pollution (SVP) déplore la mise à l’écart de la population au moment de poser des gestes qui auront des conséquences sur les générations futures.

Le soir du 5 novembre, l’auditorium Montignac a vite été rempli par des visages familiers, certains militant dans des organismes communautaires, d’autres étant plutôt de simples citoyens préoccupés par l’état de l’air, de l’eau et des sols sur et autour du périmètre dévasté du centre-ville et tout le long de la rivière Chaudière. Sur la scène, Daniel Green, un personnage qui hante depuis trente ans les cercles puissants et fermés de l’industrie pétrolière et gazière, et sa vice-présidente, Anne-Marie Saint-Cerny. Ils sont là, précisent-ils, à la suite d’une demande citoyenne. Des organismes qui se sont réunis pour réunir des fonds pour assurer la présence de la SVP à Lac-Mégantic devant une assemblée tout ce qu’il y a de «citoyenne».

Ce soir, les autorités civiles sont absentes. Personne ne semble s’être déplacé pour représenter la Ville de Lac-Mégantic ou encore l’entrepreneur général Pomerleau. Ce soir, malgré les inquiétudes individuelles nourries par des informations officielles jugées «floues» et l’impression que «la ville de Lac-Mégantic ne nous appartient plus», des centaines de citoyens sont venus entendre «les vraies choses».

Que la lumière soit! Présentation de la Société pour vaincre la pollution : «On est le seul groupe au Québec à être uniquement spécialisé dans les problèmes de contamination et de toxicologie. Une expertise assez unique», assure Anne-Marie Saint-Cerny. L’organisme a sur sa longue feuille de route des incidents environnementaux entre autres à Sidney, en Nouvelle-Écosse, à Shannon et dans les lagunes de Mercier, au Québec. «On n’est pas des gens d’opinion, mais de données, d’échantillons!»

Cette mise en garde servie, le plat de résistance. Dès leur première visite à Lac-Mégantic, le 11 juillet, «on voyait tout de suite que ce n’était pas le genre de déversement auquel on était habitués.» Les premiers témoignages et l’analyse des prélèvements d’échantillons hors zone sécurisée ont été révélateurs. «Entre ce qu’on voyait à la télé et ce qu’on savait, il y avait un grand écart.»

Daniel Green croit que c’est la première sortie médiatique de son groupe sur la découverte de taux de contamination très élevés qui a amené le ministère de l’Environnement à publier le lendemain les premières données officielles.
Son portrait de la situation: le pétrole de schiste contenu dans les wagons-citernes tirés cette nuit-là par la Montréal Maine & Atlantique et adoré par les Ultramar et Irving porte une signature bien à lui, avec la présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (hap) potentiellement cancérigènes, de benzène, de dioxines furanes, de solvants et aussi d’arsenic… retrouvés jusque dans le fond de la Chaudière! «Quand on marche dans la rivière, le pétrole lève à la surface. Le fond de votre rivière est contaminé. Même les efforts déployés jusqu’à maintenant peinent à l’enlever.» La solution : «Au niveau de la Chaudière, le débat doit être fait: un dragage sélectif dans certaines zones plus contaminées ou laisser faire la nature.» Une chose est sûre, lors de la prochaine débâcle printanière, tout le pétrole déposé au fond de la Chaudière sera raclé et sans doute ramené à la surface.

Pour le lac Mégantic, devant le parc des Vétérans, la zone étant toujours interdite, on craint la présence d’une contamination par l’arsenic. Au centre-ville, des dizaines de milliers de mètres cubes de sol sont contaminés à divers degrés. Le grand nettoyage s’impose, même sur le site de l’ancienne gare de triage du Canadien Pacifique, où se déroule le chantier de construction des condos commerciaux. Des bâtiments qui reposent sur du sol propre? Le doute persiste.
Même la nappe phréatique doit être mise sous haute surveillance, dit encore Daniel Green. Les contaminants migrant à la vitesse de 330 mètres par année dans le sol, on craint pour les conséquences sur les sources d’eau potable au cours des prochaines années.

Les opérations de décontamination des sols, dès cet hiver, devront être sécurisées au maximum pour éviter de nouvelles sources de contamination dans l’air mais aussi dans le sol, vers la rivière située «trop proche» du site de dépôt des sols contaminés, croit l’environnementaliste.

Et il y a la menace que des composés organiques volatils (cov) ayant atteint la première nappe phréatique cherchent à remonter à la surface en passant par les fondations des immeubles. «À Shannon, c’est la nappe phréatique qui a amené les cov dans les maisons», rappelle Daniel Green. Cette municipalité est aux prises avec de nombreux cas de cancer, en particulier le cancer du cerveau, qui pourraient être liés à la contamination de la nappe phréatique au trichloréthylène (TCE) enfoui et «oublié» dans le sol par la Défense nationale. Le cas fait présentement l’objet d’un réexamen par la Santé publique qui doit déterminer si les cancers du cerveau recensés autour de la base de Valcartier sont effectivement plus nombreux qu’ailleurs au Québec, alors que trois enquêtes précédentes ont déjà établi qu’il n’y avait pas de lien évident entre la contamination de l’eau et les cas répertoriés de cancers.

La santé publique est aussi préoccupante à Lac-Mégantic. Elle l’était avant le 6 juillet, elle l’est aujourd’hui davantage en raison de la masse de contaminants qui se sont ajoutés à une pollution engendrée en partie par les opérations ferroviaires menées au siècle dernier quand le rejet de matières toxiques était monnaie courante.

Une intervention dans la salle, celle du Dr Geneviève Petit de la Direction de la Santé publique à Sherbrooke. Elle et son équipe ont été présents à Lac-Mégantic depuis les premières heures des événements. «Pour moi, c’était très important d’entendre vos préoccupations. Notre rôle est de protéger la santé de la population. Depuis le début, on analyse et on gère les données. Des mesures sont prises. Il nous manque des éléments d’information qui ne sont pas tous connus, comme la caractérisation des sols. On gère les risques et on va communiquer les résultats», s’engage-t-elle.

Au terme de la soirée, un consensus s’est dégagé dans la salle, celui de la formation d’un noyau de citoyens qui prennent charge de mettre rapidement en place un comité de surveillance, avec la ferme intention d’ajouter leur voix à celle des décideurs et des entrepreneurs au dossier.

C’est un tel comité qui pourrait faire intervenir des experts, tels des spécialistes des sciences de la terre de l’Université du Québec à Montréal qui collaborent déjà avec la Société pour vaincre la pollution. «Mais il faut que le mandat vienne d’ici», insiste Daniel Green.

Première rencontre le 18 novembre

Le comité appelé à exprimer la voix citoyenne dans les efforts de décontamination et de reconstruction du centre-ville de Lac-Mégantic tient une première rencontre le lundi 18 novembre, à 19h00, au local des Soupapes de la Bonne Humeur, au 2981, rue Agnès. Tous les citoyens soucieux de la qualité de leur environnement sont invités à y participer.

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