Le plein d’émotions sur Le Banc
Rémi Tremblay (
11/5/2012 )
L’oeuvre dramaturgique de Marie Laberge repose sur la plus belle des qualités, l’intelligence. Et aussi l’émotion, plein d’émotions… dans la force des monologues, dans la subtilité des dialogues et dans la beauté du jeu. La soirée au théâtre court le seul risque de passer trop vite. Avec Le Banc, la troupe des Clouspines gagne son pari. Cette année encore, leur unique week-end de représentations, amorcé hier (jeudi) sur la scène de l’auditorium Montignac, mérite d’y accourir ce soir et encore demain. Parce que les Clouspines sont un virus contre lequel il n’y a qu’un seul vaccin: acheter son billet d’entrée et se laisser mener main dans la main dans l’intimité de leur histoire encore une fois magnifique!
La mise en scène assurée par Adrien Aubert élève le talent de cette troupe qui devrait faire un tabac au Festival de théâtre amateur de Richmond, le 26 mai. À en juger par ce soir de première, comment douter que les juges et le public ne tomberont pas sous le charme à la fois des personnages et des comédiens pour qui jouer au théâtre est un véritable plaisir qu’ils réussissent tous autant qu’ils sont à nous communiquer.
En choisissant un parc urbain, un banc public comme décor où planter une fresque en polaroïd de la société québécoise d’avant les tablettes électroniques, quand les humains étaient de véritables humains, avec leurs qualités et leurs travers, Marie Laberge faisait un dernier clin d’œil à la ville de Québec qu’elle quittait. Et à des thèmes qui sont toujours d’actualité: la violence conjugale, la peur de vieillir et de mourir seul, l’importance de l’apparence physique, l’intimidation par rapport aux gros, le rapport homme/femme chez les «vieux» et la crise d’adolescence. Une palette d’émotions qui nous fait passer du rire franc aux larmes à peine retenues.
Les comédiens sont tous criants de vérité. Coup de cœur pour Suzanne Harpin qui, dans sa confession sur le malheur des rondeurs, nous étire les cordes sensibles comme un élastique qui risque de se rompre à tout moment. Karine Blanchette, la secrétaire superficielle, nous émoustille dans sa naïveté et son souci de l’apparence. Toujours aussi bonne et mignonne à part de ça! Guy Dostie a beau ratisser large en personnages, il reste toujours aussi authentique et sympathique, même sous ses airs de vieux macho. Pierre Paquet a beaucoup de textes à livrer mais reste incontestablement le maître du jeu même dans des scènes plus lugubres. Que dire de Claudia Collard et de Marc Chouinard, le couple disjoncté qui lave son linge sale en public en nous plongeant dans un profond malaise face à la femme battue par son bon à rien de chum. Une rage du corps et du cœur garrochée comme autant de coups de poignard. Louise Latulipe qui endosse les rôles de petites vieilles douces fragiles avec des subtilités renouvelées à chaque présence. Nathalie Michaud trouve toujours le moyen de rendre ses personnages plus vrais que vrais, rien dans la caricature, tout dans l’habileté à «devenir» cette femme au bord de l’épuisement. Chantal Vigneault ne péche pas par excès. Un jeu de regards et de mimiques qui révèle beaucoup de ses états d’âme. Et le petit nouveau, Sébastien Proteau, trouve sa place dans ce microcosme urbain, dans ses habits d’ado révolté. Chapeau aussi aux comédiens de soutien et aux artisans du décor, du son et de l’éclairage. Tous des pros. Vous en conviendrez en allant voir le show.
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