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Quitter ou refaire le Québec?
J’ai profité du dernier week-end pour dévorer un ouvrage qui doit sortir dans les librairies plus tard en avril et être lancé à Lac-Mégantic début mai. Le livre La Colonie nantaise de Lac-Mégantic/Une implantation française au Québec au XIXe siècle de Marcel Fournier, publié au Septentrion, est riche d’informations historiques et généalogiques. Le passé nous apprend bien des choses sur notre présent. Par exemple, que malgré les tentatives de Québec de rapatrier les Québécois partis vers les États-Unis au milieu du 19e siècle et de coloniser les Cantons de l’Est en allant vendre le rêve estrien aux paysans de France, la région du lac Mégantic, bien qu’aujourd’hui développée, reste fragile aux soubresauts économiques.
Passionnant de suivre ces familles françaises qui ont tout vendu sur leur terre natale pour tenter l’aventure. Les agents de colonisation et les curés partis outre-Atlantique en mission commerciale leur avaient laissé miroiter l’accès pas cher à des terres fertiles qui ne demandaient qu’à être exploitées. Certains de ces immigrants ont été déçus et ont choisi de se tourner vers les États-Unis, si près, pour s’établir et bien gagner leur vie. Les États ou encore l’Ontario et l’Ouest canadien… Comme aujourd’hui!
Parmi eux, Eugène Baron qui n’a pas mâché ses mots, dans sa lettre au commissaire des Terres de la Couronne, écrite en 1888: «Ses paroles (parlant de J.A. Chicoyne) étaient si encourageantes, ses promesses de support et d’aide si libérales, ses descriptions du Canada si grandioses. Il disait si bien et tant le chapelet, il nous assurait que nous n’avions qu’à venir, que nous nous installerons tout de suite, la même année pour vivre…Nous croyions qu’il était le bon Dieu et qu’il nous menait en Paradis…» La réalité a été bien différente, une fois installé sur son lot du rang 6 du canton de Woburn, s’il faut en croire le brave homme. «Ma femme est morte de faim et de misère ainsi que tout le monde le sait ici. Dieu seul connaît mes souffrances. J’ai supplié M. Chicoyne de me laisser avoir un peu de viande de bœuf pour faire du bouillon pour ma femmes ou une volaille pour la restaurer, il m’a répondu qu’il y en avait pas à Sherbrooke et qu’il m’envoyait le médecin que je ne demandais pas (autre temps, autres mœurs !)… Il faisait chanter un service par le curé et il me refusait du pain pour ma pauvre femme à qui j’avais à donner que des galettes de sarrazin et des pommes de terre sans sel. (…) Que sont devenus la plupart de ces malheureux qui sont venus ici par le moyen des agents venus en France? Ils sont partis maudissant les hommes qui sont venus leur mentir.»
Espérons que les travailleurs qui se font convaincre d’un avenir meilleur dans le Plan Nord n’auront pas à vivre pareille déception!
L’autre option
Et qu’est-ce que je lis, en ouvrant mes courriels de retour au bureau, lundi matin? «Quitter le Québec: une alternative de plus en plus considérée». Je ne m’en rendais pas très bien compte, mais paraît-il que le Sud suscite beaucoup d’intérêt ces dernières années. Pas tant la Floride et ses roulottes occupées par des Québécois partis fuir l’hiver quelques mois, que les villes qui offrent des opportunités de carrière plus enrichissantes au pays de l’Oncle Sam qu’au pays de Papa John!
Lancé en 2005, le site Quitterlequebec.com donne une perspective bien différente de celle que nos gouvernements veulent bien nous montrer. Sur la page d’accueil, on place un argument de taille: la dette publique du Québec, égrainée en temps réel piastre par piastre, un moment de réflexion plus qu’un outil de promotion offert par l’Institut économique du Québec. Une dette à 248 milliards de dollars, ça fait peur! On prend aussi grand soin de servir cet avertissement: «Souvenez-vous cependant, lorsque vous passerez sous un viaduc, que vous attendrez à l’urgence, que vous paierez vos impôts, la TVQ, la taxe sur l’essence ou toutes ces autres taxes qui ne cessent d’augmenter… rester, c’est accepter!» Qu’ils soient médecins, infirmières, actuaires, ingénieurs ou de toutes autres professions en demande, l’exode des cerveaux québécois est un phénomène bien réel, trop souvent passé sous silence.
Alors, pour tous ceux (et ils sont beaucoup plus nombreux !) qui restent et qui préfèrent la réalité québécoise au rêve américain ou à la conquête de l’ouest canadien, il y a encore et toujours la possibilité d’améliorer son sort et de participer à faire ou refaire le Québec, quitte à revendiquer, à marcher dans la rue, à protester, à menacer de défaire le gouvernement à la prochaine élection, bref, la possibilité de faire quelque chose au lieu de se laisser faire, si certaines décisions politiques déplaisent. Trop tard pour ce million de gens qui sont partis dans le tournant du 19e et du 20e siècle, pour fuir la misère noire, mais avouez qu’aujourd’hui, si le Québec n’est pas encore complètement le paradis, on est loin de l’enfer!
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