La dictature de l’immédiateté

Je ne connaissais pas Claude Jutra, sauf comme tout le monde. J’ai défendu les droits humains, ceux des minorités et des victimes toute ma vie. J’ai été choqué par les allégations de pédophilie portées contre lui, j’ai appuyé l’appel à la prudence lancé par la ministre de la Culture, puis été d’accord avec la décision rapide de trancher dans le vif et de retirer son nom des prix du cinéma et d’autres hommages toponymiques.

J’avais tort. Nous avons eu collectivement tort. Terriblement tort. Il a fallu un an à Nathalie Petrowski pour regretter, au sujet de la venue du chanteur Bertrand Cantat, de «s’être jointe à la meute» et «d’avoir participé à la mise à mort d’un artiste». Après moins d’une semaine dans le cas de Claude Jutra, je le regrette déjà.

Je ne banalise pas la pédophilie. Je ne veux surtout pas justifier l’impunité de qui que ce soit, et encore moins des puissants, riches ou célèbres. Mais je refuse la vindicte populaire et je dénonce la dictature de l’immédiateté.

En cinq jours, nous sommes passés de la première allégation publique à l’exécution sommaire, en prétendant avoir franchi toutes les étapes nécessaires du procès et de la preuve: c’est désormais le règne de l’information continue et de la justice expéditive des médias sociaux. Réagir ainsi comme société, c’est renoncer à toute distance critique et se condamner aux réactions réflexes.

Les prix Jutra devaient être remis un mois après les premières allégations. Les prix Jutra représentent la principale reconnaissance du milieu à l’égard des artisans de notre cinéma. Cette reconnaissance ne tient pas au nom des trophées. Et il sera toujours temps d’en changer le nom, avec le recul et la réflexion nécessaires.

Ne pas se précipiter, ni se laisser emporter, littéralement comme un troupeau, n’équivaut aucunement à tolérer la pédophilie ou à fermer les yeux sur l’inacceptable. Cela signifie seulement garder la tête froide et assurer la sérénité nécessaire à toute justice. Nous nous devons collectivement cela, comme nous le devons aussi bien aux victimes qu’à leurs agresseurs.

Dominique Boisvert
Scotstown

Pour réagir, Connectez vous Pour réagir, Connectez vous

À lire aussi

  • Maison des aînés: bientôt les appels d’offres
    Actualités Santé

    Maison des aînés: bientôt les appels d’offres

    Rémi Tremblay / 30 novembre 2022
  • Dossier Maxi: nouvelle rencontre de conciliation le 5 décembre
    Actualités Économie

    Dossier Maxi: nouvelle rencontre de conciliation le 5 décembre

    Claudia Collard / 29 novembre 2022
  • Bénévoles recherchés à la Maison La Cinquième Saison
    Actualités Société

    Bénévoles recherchés à la Maison La Cinquième Saison

    Claudia Collard / 29 novembre 2022
  • Conflit chez Maxi: le syndicat attend une réponse de Loblaw
    Actualités Économie

    Conflit chez Maxi: le syndicat attend une réponse de Loblaw

    Claudia Collard / 28 novembre 2022
  • Le Train des Fêtes du Canadien Pacifique à Lac-Mégantic
    Actualités

    Le Train des Fêtes du Canadien Pacifique à Lac-Mégantic

    Rémi Tremblay / 24 novembre 2022
Identifiez-vous pour commenter Identifiez-vous pour commenter

0 commentaire

  1. Maison des aînés: bientôt les appels d’offres
  2. Concert de Noël à Piopolis
  3. Dossier Maxi: nouvelle rencontre de conciliation le 5 décembre
  4. Bénévoles recherchés à la Maison La Cinquième Saison
  5. Conflit chez Maxi: le syndicat attend une réponse de Loblaw
  6. Philippe Laprise… et pourquoi pas?
  7. Le Train des Fêtes du Canadien Pacifique à Lac-Mégantic
Le malaise
Tranches de vie de Guylaine, chansons de Deschamps
Recherche d'emplois - Lac-Mégantic
  1. Camionneur
    Woburn
  2. intervenant social/intervenante sociale
    dans la MRC du Granit
  3. Moniteur(e) de ski de fond
    Lac-Mégantic
  4. Moniteur(e) de planche a neige
    Lac-Mégantic
  5. Préprosée remonrée mécanique
    Lac-Mégantic
Répertoire des entreprises