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Lettre dépitée à mon député
François, - on ne fera semblant de ne pas se connaître – je me demande aujourd’hui ce que tu penses et comment tu vis avec la fin abrupte (19 novembre) du Programme de l’expérience québécoise (PEQ)) offert aux immigrants. Je ne peux pas croire que tu y sois indifférent; ce ne serait pas le François que j’ai connu : affable et accueillant.
Personnellement, j’ai honte que notre gouvernement ne respecte pas sa parole. Après avoir promis aux immigrants un possible avenir, même des rêves, voilà qu’il les sort de la maison pour les parquer sur le balcon. C’est ignoble.
Je ne peux pas croire que nous soyons devenus si inhumains. Ces gens travaillent, certains depuis des années, paient des taxes et impôts comme nous, ils se sont adaptés, voire intégrés, leurs enfants, souvent nés ici, fréquentent nos écoles françaises. Que voulons-nous de plus?
Non seulement nous leur tournons le dos, mais nous les abandonnons au bien triste sort du doute et de l’incertitude, dans une indifférence glaciale. Je perçois là une forme de trumpisme odieux d’autant plus que le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), dans lequel l’immigrant est davantage une marchandise exportable en région qu’une personne, ne leur convient pas. Est-il normal de changer les règles au milieu de la partie?
Les exclus du programme PEQ n’ont aucune chance d’être invités à participer au PSTQ puisqu’ils habitent Montréal et sa région et y travaillent depuis des années. À leur place, je me sentirais blessé et trahi. Est-ce ainsi que nous construisons la confiance et la réputation d’une nation? Ici, la CAQ ne peut prétendre parler au nom des Québécois qui ont une renommée de générosité et d’ouverture. Peut-être au nom de l’industrie, mais, faut-il le rappeler, nous ne construisons pas un camp de travail, mais une société.
Pourquoi un tel empressement et pareille bêtise? Qu’on ne nous réponde pas, encore une fois, que c’est la faute d’Ottawa, même si c’est en partie vrai; cette décision est la nôtre, point à la ligne. D’ailleurs, je m’inquiète du silence et du profil bas de nos députés. Ont-ils encore le droit de parler et d’avoir une opinion? La ligne de parti semble l’emporter sur la liberté de parole dans un État pourtant démocratique.
Les choses auraient pu et dû être faites autrement, dans le respect et l’ouverture. Nous avons, bien sûr, le droit et le devoir de contrôler notre immigration, mais pas de trahir notre parole. Fallait-il le spectacle de l’autorité, la bombe à fragmentation et les larmes? Faut-il s’attendre, tôt ou tard, au spectacle d’une police ICE québécoise? J’ai honte.
Paul Dostie
Lac-Mégantic
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