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Quand l’abandon n’est pas une option

Quand l’abandon n’est pas une option - Claudia Collard : Actualités

Frédéric Morin souffre du syndrome de perte d’autoactivation psychique. Selon la neurologue qui a établi son diagnostic, ce trouble neurologique serait une séquelle d’une commotion cérébrale qu’il a subie il y a 27 ans, alors qu’il n’avait que 14 ans.

Février 2015. Frédéric Morin est au volant de son véhicule. Soudainement, des tensions au dos commencent à se manifester en plus d’une sensation d’engourdissement. «J’ai dû m’arrêter; c’est comme si j’avais une plaque de fonte chaude collée au dos». Un événement qui marquait le début d’une longue traversée avant l’obtention d’un diagnostic: le syndrome de perte d’autoactivation psychique, un trouble neurologique rarissime.

Depuis près de deux ans, ce grand sportif de constitution robuste n’est plus le même qu’avant. «Je suis honnête avec moi-même; je n’ai pas d’intérêt pour à peu près tout. J’ai de la difficulté à me mettre en action. Ce n’est pas par manque de volonté. C’est vraiment au niveau psychique qu’il y a un manque. Ce n’est pas moi qui veut ça», assure-t-il.

Parmi les symptômes de sa maladie, Frédéric ne ressent ni la fatigue, ni la faim, ni la soif. «Je mange parce qu’il faut s’alimenter, je bois parce qu’il faut s’hydrater. Mais je suis toujours sur le neutre. Et je pense à l’avance chaque geste que je pose. Par exemple, si je dois sortir de la maison, je me dit: il faut que je mette mon manteau, mes chaussures… Encore là, c’est plus fort que moi. Ce n’est pas moi qui décide. C’est frustrant, c’est certain.»

Depuis l’épisode de février 2015, Frédéric a été hospitalisé deux fois en raison de troubles compulsifs obsessifs. À un moment, il ne pouvait s’empêcher de manger une grande quantité de pommes. À un autre, il pouvait marcher durant des heures à une vitesse qui n’avait rien du lèche-vitrine. «Au moins, mes compulsions étaient saines; je ne buvais pas une 24 (bières) par jour», partage-t-il avec philosophie. Après plusieurs mois d’essais, une médication adéquate lui a été trouvée, permettant d’enrayer ses compulsions. Mais jusqu’à maintenant, aucun traitement n’est trouvé pour sa perte d’autoactivation psychique. Des mesures d’aide en ergothérapie lui seront éventuellement apportées afin qu’il dispose d’outils lui permettant d’améliorer sa condition.

Malgré tout, Frédéric possède une détermination hors du commun. L’été dernier, désireux d’effectuer la Boucle du Grand défi Pierre Lavoie en compagnie de sa conjointe et de son fils Nathan, il a pris les grands moyens afin de pouvoir y prendre part malgré ses revenus réduits en raison de son arrêt de travail. Un courriel à Pierre Lavoie, qu’il avait déjà rencontré, lui a permis de réduire les coûts de participation. Mû par un élan de reconnaissance, Frédéric s’est alors activé à trouver les commanditaires lui permettant d’offrir des maillots à une quinzaine de participants à la Boucle en provenance de Lac-Mégantic. Sans compter quelques milliers de dollars en dons remis à l’organisation du Grand Défi. Un somme importante pouvait par ailleurs être attribuée à une école de son choix, qui s’est naturellement posé sur celle de Sacré-Cœur.

«J’aime me surpasser et cette implication m’a fait du bien. Je continue à faire du sport même si je n’ai pas encore la motivation qui va avec, ni l’effet bénéfique qu’on ressent normalement après avoir fait de l’activité physique. J’ai recommencé à appeler des gens pour faire du sport; avant je ne répondais même pas au téléphone. Je vis au jour le jour et j’essaie de me mettre en action le plus possible. Je souhaite revenir comme avant mais personne n’est capable de me donner de pronostic en ce sens. Au moins, je suis alerte et capable de réfléchir. Mon intention c’est de continuer à bouger», transmet l’homme de 41 ans.

Son prochain objectif, le sprint du Canada Man, la compétition de triathlon qui se déroulera dans la région. Il fera la portion vélo de son équipe, soit 20 kilomètres. Comme il pouvait aisément rouler 200 kilomètres en une seule journée, ce parcours peut paraître court. Mais pour Frédéric, c’est un pas important. Il souhaite même se procurer un vélo de triathlon et il est activement à la recherche de financement afin d’en réduire la facture. Chose certaine, l’abandon ne fait pas partie de ses options.

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