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Cette commotion qui a tout changé

Cette commotion qui a tout changé - Claudia Collard : Actualités
Katy Cloutier doit composer avec les séquelles d’une commotion cérébrale subie il y a 15 mois.
Cette commotion qui a tout changé - Claudia Collard : Actualités
En dépit de l'adversité, Katy n'entend pas s'apitoyer.

Résilience : capacité à surmonter les chocs traumatiques. Une définition tatouée bien en vue sur l’avant-bras de Katy Cloutier. Pour lui rappeler son choix de ne pas s’apitoyer, de continuer malgré l’adversité. Même si depuis 15 mois elle doit composer avec les importantes séquelles de sa commotion cérébrale. Même si sa vie auparavant fort active a dû être revisitée de A à Z.

Bien qu’elle soit de nature très sportive, ce n’est pas en pratiquant une activité physique mais plutôt alors qu’elle faisait du bénévolat que Katy a subi, en novembre 2015, ce coup à la tête qui a transformé son existence. Très rapidement, des symptômes tels étourdissement et nausée se sont manifestés. Après consultation médicale, tombe alors le diagnostic de commotion cérébrale. Celle qui avait couru un demi-marathon peu avant l’événement tragique s’est retrouvée sans énergie du jour au lendemain.

«Je me disais que ça allait passer puisque dans 80 à 90% des cas, les symptômes disparaissent entre 7 et 10 jours.» Malheureusement, les manifestations de sa commotion sont toujours bien présentes aujourd’hui. «Pendant un bon bout de temps, tout ce que j’étais capable de faire dans une journée, c’était me bercer chez moi, dans la pénombre. Juste marcher, c’était épouvantable!», relate Katy. Parmi les nombreux professionnels de la santé rencontrés, un d’entre eux lui a fortement conseillé de pratiquer ses activités préférées. «Je me suis mise à pleurer. J’aime bouger, être active, lire, écrire… Mais je ne pouvais rien faire au niveau physique et cognitif!» Katy s’est donc remise au tricot. «Pendant que je tricote, ça me permet de ne pas penser à autre chose, au fait que je ne vais pas bien.» La lumière, le bruit, les gens qui bougent autour d’elle sont devenus des agressions, faisant en sorte que juste ses emplettes lui demandent encore beaucoup en terme d’énergie. Sans compter les efforts de concentration qu’exige le suivi de sa liste d’épicerie. «Je dois porter des verres fumés et des bouchons d’oreilles. Dans ces moments, je ne parle à personne, alors que j’étais très sociable. Ça n’a rien de personnel. Mais juste la sortie comme telle me demande énormément d’énergie.»

Un suivi via le programme du Centre de réadaptation en traumatologie de Sherbrooke lui a donné des outils. Elle a par la suite bonifié ses connaissances via une formation sur la prévention, détection et gestion des commotions, offerte en ligne par l’Université Laval. «Il a fallu que je revoie mon mode de vie au grand complet. Je ne peux pas dire que j’avais des limites dans la vie. Maintenant je dois gérer mon énergie, dormir plusieurs heures durant la nuit et planifier mes journées en alternant entre activités cognitives et physiques», partage Katy, ajoutant que ses migraines sont quasi quotidiennes.

Ce changement de cap ne s’est toutefois pas fait rapidement. «Ça m’a pris beaucoup de temps pour accepter mon état. Je me disais que c’était temporaire. Mais force est de constater que le temps passe et que les symptômes sont toujours là. Soit je me roule en boule chez moi, soit j’accepte mes limites. J’ai fini par admettre que je vais peut-être devoir vivre avec le «coloc» pour le reste de ma vie.»

Oui Katy a recommencé à courir. Mais pas comme avant. Celle qui n’avait jamais le pied sur le frein doit modérer chacune de ses activités. «C’est comme si je conduisais une voiture avec une autonomie d’essence de 25 litres et qu’il m’en coûtait 1000$ du litre pour le remplir. Ça donne une idée des conséquences si je me vide complètement.»

C’est d’abord pour ses deux enfants que Katy continue à avancer. Et pour ses deux parents, dont elle est la fille unique. Et si ses amitiés sont plus restreintes aujourd’hui, celles qui subsistent sont de grande qualité. «Tous ces gens ont subi des dommages collatéraux. Mais s’ils n’avaient pas été là… Ils m’ont créé une bulle de protection. Je savais qu’ils n’allaient pas me juger. Parce que le jugement frappe dur quand tu es en état de vulnérabilité.»

Aujourd’hui Katy cultive la pleine conscience au quotidien, évitant autant que faire se peut de comparer ses capacités présentes à celles d’avant. «J’étais très perfectionniste et compétitive, je voulais être la meilleure. Maintenant je veux être au meilleur de moi-même selon mes capacités», transmet celle qui travaille désormais à partir de la maison.

Souvent banalisée et source de moqueries dans le monde de l’humour, la commotion cérébrale n’a absolument rien de drôle. Le souhait de Katy, que tous développent le «réflexe commotion». «Par exemple, si une personne se frappe à la tête ou au haut du corps (entraînant un mouvement de la tête), il faudrait toujours se demander s’il y a une présence présumée de commotion. Les symptômes peuvent prendre 24 heures à se manifester. Dans un tel cas, vaut mieux se retirer de sa pratique sportive et s’assurer que tout va bien. Je souhaite qu’un protocole soit mis en place dans tous les sports professionnels et amateurs et qu’on soit davantage sensibilisé sur le plan individuel. C’est un peu mon cheval de bataille.»

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