La Source

Une tempête parfaite sur le Québec!

(Les signataires de ce texte sont les mairesses et maires membres du Comité sur la forêt de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) : Marc Asselin, maire d’Alma; Claude Martel, maire de Baie-Comeau; Roch Audet, maire de Bonaventure; Steve Gamache, maire de Chapais; Richard Hébert, maire de Dolbeau-Mistassini; Normand Beaudoin, maire de La Tuque; Alain Poirier, maire de Lebel-sur-Quévillon; Robert Coulombe, maire de Maniwaki; Michel Adrien, maire de Mont-Laurier; Violaine Doyle, mairesse de Port-Cartier; Déborah Bélanger, mairesse de Rivière-Rouge; Guy Larouche, maire de Roberval; Mario Provencher, maire de Rouyn-Noranda et président du comité; Gilles Potvin, maire de Saint-Félicien; Rénald Bernier, maire de Saint-Pascal; Jean-Maurice Matte, maire de Senneterre; Réjean Porlier, maire de Sept-Îles; Benoit Lauzon, maire de Thurso; Pierre Corbeil, maire de Val-d’Or.)

La nouvelle crise du bois d’œuvre, provoquée par la poussée du protectionnisme américain, se profile comme la plus grave et la plus durable que l’industrie forestière québécoise, ses travailleurs et les communautés concernées pourraient devoir surmonter. Ce serait une erreur de croire qu’elle se résorbera probablement de la même manière que les précédentes ou qu’on peut lui appliquer uniquement les mêmes solutions qu’aux crises du passé. Elle se présente sous de nouveaux auspices et dans un contexte différent, en particulier pour le Québec. Elle soulève comme jamais des questions importantes sur le devenir des communautés comme les nôtres, où l’exploitation forestière constitue une activité économique de base. Elle interpelle aussi tous les décideurs sur la façon de refonder à long terme l’industrie forestière du Canada et du Québec et de diversifier l’économie de nos régions.

Il faut en premier lieu prendre conscience des facteurs qui font de la crise actuelle une situation potentiellement bien plus sérieuse et durable que les précédentes.

En premier lieu, la poussée protectionniste aux États-Unis bénéficie aujourd’hui de l’impulsion d’un président prêt à tout. La probabilité de voir l’administration Trump se plier de bonne grâce aux décisions d’un tribunal de commerce, qui donnerait raison au Canada, paraît nettement plus incertaine que sous les administrations précédentes. Nous pourrions, cette fois, être engagés dans un jeu complexe, imprévisible et interminable. Il faut en prendre conscience dès maintenant. Pour la même raison, le danger de voir l’avenir de l’industrie forestière québécoise faire l’objet d’un marchandage plus ou moins implicite, dans le cadre d’accords autres ou plus globaux, se fait aussi plus grand.

En second lieu, le Québec est plus isolé et plus vulnérable qu’auparavant. Cela tient notamment à sa structure industrielle dans le secteur du bois d’œuvre, composée en grande partie de petites et moyennes entreprises. Aujourd’hui, les grandes entreprises forestières de la Colombie-Britannique pourraient s’en tirer à meilleur compte. Elles sont devenues moins fragiles face au protectionnisme américain, par exemple en délocalisant une partie de leurs activités dans des installations situées dans les états de Washington ou de l’Oregon. Elles bénéficient aussi, de plus en plus, d’opportunités majeures sur les marchés asiatiques. Et elles ont la puissance financière nécessaire pour devenir, si besoin, plus agressives sur le marché intérieur canadien. En comparaison, la crise s’annonce nettement plus dangereuse pour les entreprises du Québec.

En troisième lieu, la hauteur des droits compensatoires imposés par les États-Unis aux entreprises québécoises est injuste. En effet, depuis l’entrée en vigueur du nouveau régime forestier du Québec, les entreprises doivent payer un coût de marché pour la matière première, fixé par la mise à l’enchère de 25 % des droits de coupe. Le nouveau régime laissait présager des droits compensatoires très peu élevés, voire nuls, en cas de nouvelle crise. Ce fut le contraire. Les droits imposés au Québec sont parmi les plus élevés au Canada et amplifient le péril pour les entreprises d’ici, celles qui créent les emplois dans nos régions, car elles sont doublement pénalisées.

Il faut saisir la gravité de la crise actuelle pour le Québec

Le Québec est donc touché de plein fouet par une convergence de facteurs défavorables. Au final, c’est à une prise de conscience radicale et immédiate que nous convions les deux gouvernements. Les conséquences de la présente poussée protectionniste aux États-Unis pourraient être bien plus grandes que lors des crises précédentes. Nous sommes les représentants des populations qui vont subir les contrecoups de cette situation et de cette incertitude. Nous sommes préoccupés non seulement par les solutions à court terme et transitoires, mais par le devenir de cette activité économique dans nos communautés. Il faut travailler ensemble pour réussir. Il faut, entre autres choses, penser des programmes d’aide qui vont donner à ce secteur majeur (et fondateur) de l’économie du pays les moyens de se renforcer, de se diversifier et d’ajouter de la valeur à ses activités, et ce, très rapidement. Il faut mettre fin à l’incertitude lancinante sur le potentiel de l’exploitation forestière, qui mine déjà le moral de nos communautés. Cette crise doit aussi être l’occasion de redonner un élan aux efforts de diversification économique de nos régions.

La situation est périlleuse. Il faut se mettre au travail sans tarder. Nous voulons voir, en particulier, le premier ministre du Canada et l’ensemble des parlementaires du Québec à la Chambre des communes, afficher clairement leur foi dans le potentiel de l’industrie forestière québécoise et dans l’avenir des communautés sur laquelle elle est fondée. Il doit empoigner cette crise avec une vision et détermination. Négliger de le faire pourrait bien être un rendez-vous manqué avec notre histoire, aux conséquences sociales et économiques très étendues. Les mairesses et maires des communautés forestières se réunissent dans le cadre des assises de l’UMQ, les 4 et 5 mai à Montréal.

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