Un livre comme espace de parole

Un livre comme espace de parole - Claudia Collard : Actualités

Patricia Marcoux, auteure de l’essai «La juste cause de la santé mentale».

Les troubles de santé mentale, Patricia Marcoux les a côtoyés très jeune. À 7 ans, elle était déjà l’aidante naturelle de ses parents. Son enfance déchirée occultée, elle a pu mener une vie d’adulte accomplie… jusqu’à ce que les souvenirs lui reviennent en bloc. «J’ai à la fois explosé et implosé. D’un seul coup, je suis devenue une personne complètement dysfonctionnelle», témoigne l’auteure de «La juste cause de la santé mentale», un essai écrit dans l’espoir de faire évoluer les mentalités.

Patricia Marcoux ne veut pas se faire le porte-étendard d’une cause, devenir celle qui va monter au front pour revendiquer de meilleurs services pour les personnes atteintes de troubles de santé mentale. Son vécu décrit dans son livre est triste à pleurer, sans le moindre soupçon de sensationnalisme. Chaque mot y est judicieusement choisi pour décrire une réalité dépouillée d’artifice. «Ce n’est pas mon histoire qui est un drame. Le drame, c’est que je ne suis pas la seule. Et que depuis la désinstitutionnalisation du début des années 60, depuis quatre générations, rien n’a changé», insiste cette grand-mère de deux petits-enfants.
«L’idée d’intégrer les personnes institutionnalisées dans la société partait d’une bonne intention. Sauf qu’au lieu de mettre les ressources en place, on a laissé cette charge aux familles. Au lieu d’enfermer une personne, on a enfermé des familles entières. Encore aujourd’hui, l’objectif d’inclusion est loin d’être atteint.»

Les interventions en santé mentale sont insuffisantes et déployées surtout dans les cas extrêmes, à savoir si la personne est un danger pour elle-même ou pour les autres, fait valoir Patricia. «Avant d’en arriver là, personne ne se soucie de savoir s’ils ont quelque chose à manger, de quoi payer leurs médicaments ou s’ils sont en sécurité là où ils vivent. Ce n’est pas normal que dans une société riche et évoluée on traite les gens malades de cette façon», partage celle qui a connu l’indigence tant dans l’enfance qu’à l’âge adulte.

Le respect et la dignité humaine sont loin d’être acquis en santé mentale. «Si la personne est en crise, c’est la police qui vient la chercher à la maison, au vu et au su de tous les voisins. Comme s’ils étaient coupables d’être malades! Et lorsque le système te prend en charge, il décide ce que tu vas manger où tu vas coucher, où tu vas aller… Plusieurs tombent entre les mailles du filet social et se retrouvent à la rue. Ils deviennent invisibles. Si un chat ou un chien vient sur notre balcon, on lui donne à manger. Il en est autrement si une personne ayant des problèmes de santé mentale fait la même chose.»

La méconnaissance en matière de santé mentale entraîne la méfiance et la peur à l’endroit des personnes atteintes, contribuant d’autant à leur isolement. Maintenant qu’elle a récupéré tous les aspects de sa vie, Patricia Marcoux souhaite que son livre serve de carburant au moteur de la transformation sociale. «Je suis réaliste; cet espoir doit provenir d’une volonté commune. Je crois en l’intelligence citoyenne. Nous sommes parfaitement capables, en tant que société, de faire évoluer une mentalité héritée d’une époque révolue. Je me considère comme un grain de sable. Mais ça peut être agaçant un grain de sable dans un soulier… Je ne veux pas partir à la recherche de coupables. Je veux juste prendre mon espace de parole.»

Pour Patricia, «La juste cause de la santé mentale» est aussi un legs à titre posthume à ses parents «qui n’ont jamais pu rien dire ni rien faire». L’espoir d’un monde meilleur pour ses filles et ses petits-enfants. Pour la mémoire de tous ceux et celles qui ont perdu la vie par manque de soins adéquats. Et «pour le sentiment d’avoir accompli le maximum de que je pouvais faire pour essayer d’améliorer la société dont je suis issue.»

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