Pour faire de la lutte à la pauvreté une priorité

Pour faire de la lutte à la pauvreté une priorité - Claudia Collard : Actualités Société

Virginie Larivière, porte-porte du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Une trentaine de personnes du territoire granitois ont pris part le 4 décembre à une rencontre, dans le cadre d’une vaste consultation citoyenne orchestrée par le Collectif pour un Québec sans pauvreté. Intitulée Rassemblons, cette démarche vise à faire en sorte que la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale figure parmi les priorités du gouvernement provincial.

Les participants, représentants d’organismes communautaires et personnes en situation de pauvreté, répondaient à une invitation de la CDC du Granit, qui agissait à titre de courroie de transmission pour cette initiative du Collectif.

Créé il y a une vingtaine d’années, le Collectif pour un Québec sans pauvreté est en tournée provinciale depuis la fin septembre afin de recueillir les commentaires de ceux et celles vivant au quotidien avec la précarité. «Au Collectif, c’est notre façon de faire depuis toujours de penser, décider et agir avec les personnes en situation de pauvreté. C’est elles qui sont le mieux en mesure de nous dire ce qui est important. Ainsi, dans notre discours, on est plus à même de porter la parole de ces gens et d’être légitime quand on fait des revendications sur le plan politique. Par exemple, quand on dit qu’il faut augmenter le salaire minimum à 15$ de l’heure, c’est parce qu’on l’entend sur le terrain», transmet Virginie Larivière, porte-parole du Collectif.

Réunis en ateliers au CSM, les participants se sont notamment penchés sur les moments où leur exclusion se fait particulièrement sentir. En ce mois de décembre, la période des Fêtes a été nommée par tous les participants. Une exclusion qui s’explique en partie «parce qu’on n’a pas les moyens d’offrir ce qu’on voudrait à nos proches et à soi-même. Le fait de devoir aller dans une banque alimentaire pour arriver à manger, c’est aussi particulièrement difficile dans le temps des fêtes. Quand on n’a jamais eu à le faire, on ne peut pas avoir idée de ce que ça demande comme courage d’aller chercher des ressources», partage Mme Larivière, ajoutant que les anniversaires et les fêtes commerciales sont également des moments sensibles. «En fait, chaque fois qu’il y a une dépense qu’on n’est pas capable de faire, on se sent exclus socialement. Des fois, c’est juste l’impossibilité de sortir avec ses amis la fin de semaine qui procure un sentiment de ne pas faire partie de la gang. Parce que t’es pas capable de suivre, d’apporter la bouteille de vin lors d’un souper entre amis. On développe donc des stratégies pour contourner ce sentiment en s’auto-excluant, par exemple en prétendant vouloir demeurer seul chez soi.»

Parmi les solutions évoquées pour sortir de la pauvreté, et du même coup être en mesure de faire davantage de choix, un plus grand nombre de logements sociaux et une augmentation de prestations d’aide sociale. «Au Québec, on calcule qu’une personne seule a besoin de 18 500$ pour couvrir ses besoins de base. Une personne à l’aide sociale, qui utilise ses crédits d’impôt, peut arriver à couvrir 51% de ses besoins. Elle est donc constamment en mode survie.»

Reste que le nerf de la guerre demeure les nombreux préjugés à l’endroit des personnes en situation de pauvreté, préjugés qui renforcent d’autant plus l’exclusion sociale dont elles sont victimes. «C’est particulièrement le cas pour les personnes vivant de l’aide sociale, qui se font traiter de bs, de paresseux, de fraudeurs… Au Collectif, on demande depuis longtemps au gouvernement de mener une campagne de lutte contre les préjugés. On est capable de mettre des ressources là-dedans, comme on le fait pour contrer l’homophobie ou l’alcool au volant. Mais le gouvernement ne se donne pas ce mandat-là», déplore Virginie Larivière.

La démarche Rassemblons se poursuivra jusqu’au début de l’été. Ensuite, les données recueillies seront colligées avant d’être validées auprès des personnes concernées. Puis, au printemps 2021, un casse-tête géant sera formé devant le Parlement. Chacune de ses pièces de bois portera les idées émises par chacun des groupes lors de la démarche de consultation.

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