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« ­Les causes de la fermeture sont multifactorielles », dit le président de Royer

« ­Les causes de la fermeture sont multifactorielles », dit le président de Royer - Claudia Collard : Actualités Économie

Simon Larochelle, président de Royer. (Photo Courtoisie Royer)

L’annonce de la fermeture de l’usine ­Royer de ­Lac-Drolet, rendue publique le 20 janvier dernier, est l’aboutissement efforts déployés depuis une quinzaine d’années, qui n’ont pas donné les résultats escomptés, partage le président de l’entreprise, ­Simon ­Larochelle. Cette décision qui entraîne la perte de 47 emplois a été prise à la lumière de réalités multifactorielles, dont la concurrence étrangère.


« ­Faut se le dire, la majorité des chaussures qui sont consommées au ­Canada sont fabriquées en ­Asie. La raison est simple, ça coûte beaucoup moins cher fabriquer des vêtements, des chaussures, du textile en ­Asie. C’est un secteur d’activité qui n’a pas été protégé par nos gouvernements. Comme consommateurs, nous pouvons acheter nos chaussures pour beaucoup moins cher, parce que le ­libre-échange nous permet de s’approvisionner de l’autre côté de la planète. Pour les manufacturiers, c’est un peu un signe d’arrêt de mort, malheureusement. Depuis au moins une vingtaine d’années, les entreprises fabriquant des chaussures ici ont dû prendre aussi cette triste décision », transmet M. Larochelle. L’usine de ­Sherbrooke demeure toujours en fonction, faisant de ­Royer l’un des derniers fabricants canadiens.

Tentatives avortées

Le président de ­Royer ajoute que l’entreprise fait face à des enjeux de rentabilité depuis une quinzaine d’années. Parmi les idées explorées, la mise en place d’une école de formation pour les métiers de la couture. « ­On était quelques organisations dans ça, dont ­Attraction et d’autres joueurs de la région. C’était une tentative pour susciter l’intérêt pour ce type de métier. Mais il y a eu très peu, voire aucune inscription. Il faut comprendre que pour les jeunes, ce n’est pas un métier qui est très valorisé. C’est quand même assez technique, ça demande de la coordination main/oeil. À mesure qu’on a perdu des ressources, qui ont quitté vers la retraite, tranquillement nos capacités en couture ont diminué, puis le nombre de paires produites jour après jour, année après année, a lui aussi diminué. Ça n’a fait que rendre la situation encore plus critique. »

Beaucoup d’efforts ont aussi été consacrés dans l’implantation de nouvelles technologies. « ­Il y a des façons aujourd’hui de faire de la couture automatisée ou de la couture assistée par ordinateur. L’intérêt de ce type de technologie, c’est que tu n’as pas besoin d’avoir un opérateur qui sait coudre ; il va opérer l’équipement avec des notions de base, des informations internes. On a beaucoup mis l’emphase sur ce type de nouvelles technologies. Mais, techniquement, ça reste limité. Il y a certains types d’opérations qui ne sont pas possibles. Par exemple, les fils de ­Kevlar sont très résistants à la coupe par les équipements automatisés. On a aussi fait des investissements dans des technologies de taillage de cuir automatisé. Malheureusement, ces deux approches ont rencontré leurs limites. »

À ces vaines tentatives déployées pour faire face à la pénurie de ­main-d’œuvre, s’ajoute une augmentation importante des coûts fixes. « ­Les assurances, l’entretien du bâtiment, le chauffage, le déneigement, qu’on fabrique une paire de bottes ou qu’on en fabrique 500 par jour, leurs coûts sont toujours les mêmes. Quand ton nombre d’unités produites baisse d’année en année, tu dois absorber ces ­frais-là sur un plus petit volume de production. »

Relâchement des contrats gouvernementaux

Parallèlement aux effets de la concurrence étrangère, le président de ­Royer indique que » les gouvernements n’ont pas été très bons à nous donner des contrats. On en a eu pendant quelques années pour les ­Forces armées canadiennes, la ­GRC, la ­SQ, les services correctionnels provinciaux. Mais, présentement, on n’a aucun contrat gouvernemental. Il y a eu un certain relâchement des différents ministères dans les dernières années. On entend beaucoup qu’il y a une volonté politique en faveur de l’achat local, mais ça ne se concrétise pas en attribution de contrats. Du moins, pas pour nous. »

Pourtant, communique M. Larochelle, des démarches de l’entreprise auprès des instances gouvernementales sont déployées sur une base régulière. « ­On est constamment en discussion avec les différents paliers ; fédéral, provincial et même municipal. Ça fait partie de mon rôle ce travail de représentation auprès des différentes instances plus politiques. Mais la politique a un effet limité. On travaille beaucoup auprès des fonctionnaires dans les différents ministères, qui sont les donneurs d’ordre. C’est là, sur le terrain, que le travail doit se faire ; notre équipe des ventes fait ça continuellement. »

Comité de reclassement

La fermeture de l’usine de ­Lac-Drolet a été transmise dans la journée du 20 janvier à l’ensemble du personnel. » ­Bien sûr, c’était un moment de tristesse. Puis on a juste, je dirais, géré nos émotions. Depuis mon arrivée chez ­Royer, en 2012, j’ai toujours été transparent sur notre situation délicate, notre rentabilité s’effrite, les projets qu’on a tentés pour inverser la tendance… L’éventualité d’une fermeture a toujours été un peu présente dans la tête des employés. Mais honnêtement, tant que ce n’est pas dit, ça reste lointain. Donc une fois que c’est nommé, c’est quand même un choc. C’est une annonce qui est triste, il n’y a rien d’autre à dire. C’est le constat, après 10, 15 ans d’efforts, que la vague devant nous est trop grande, trop forte. »

Le lendemain de l’annonce, chaque employé a été rencontré individuellement par la direction des ressources humaines, accompagnée d’une firme externe spécialisée en reclassement. M. Larochelle estime que près de la moitié du personnel ira vers la retraite. Ceux qui vont demeurer sur le marché du travail seront accompagnés dans leur démarche de recherche d’emploi. « ­On se fait déjà solliciter par différents employeurs de la région. On a un personnel de qualité, des gens travaillants et minutieux. Le souci du détail, c’est dans chacun de nos employés. C’est une rareté qui est recherchée. Le reclassement de notre personnel, je ne pense pas qu’il va être très difficile. Mais en même temps, notre gestion quotidienne, elle, va devenir de plus en plus difficile. Je ne sais pas si on va être capable de se rendre jusqu’en avril. Ça va dépendre de la ­main-d’oeuvre qui est disponible. »

Les employés de ­Lac-Drolet ne pourraient pas nécessairement être relocalisés à l’usine de ­Sherbrooke, où le mode de production est complètement différent. » ­Et notre matière première n’est pas le cuir et le textile. L’usine de ­Lac-Drolet faisait plusieurs petits lots de plein de produits variés, très spécialisés ; c’est difficile à industrialiser. Ça va demander une adaptation chez nos clients, mais autrement, il ne sera plus possible de leur fournir un produit personnalisé à l’extrême. C’est trop artisanal et forcément non rentable. »

Et les bâtiments ?

En plus de l’usine iconique de la rue ­Principale à ­Lac-Drolet, ­Royer possède aussi un bâtiment dans le parc industriel de la municipalité. Dans les deux cas, leur future vocation n’a pas encore été envisagée. « ­Il va y avoir un travail de réflexion sur ce qu’on fait de tout ça, parce qu’on en a 90 ans de machines accumulées. Il va y avoir un travail de démantèlement. Mais, pour l’instant, notre priorité, c’est les employés. »

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