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L’horloger aux cent printemps
Tic, tac. Le 16 juin marque le centième anniversaire de Josaphat Roy, un homme natif de Lac-Drolet qui réside au Village Harmonie depuis maintenant 20 ans.
Une quinzaine de minutes d’exercices le matin et l’équivalent en soirée, additionnés à une marche d’environ une heure lorsque la météo le permet. Voilà ce que le résident de la maison de retraite croit être la recette de la longévité.
Au cours des dernières années, M. Roy a d’ailleurs fait un pied de nez à la mort. Après une opération à cœur ouvert il y a une dizaine d’années, les médecins ne lui donnaient qu’un an à vivre. Mais l’heure de cet homme n’avait pas encore sonné.
« Ils m’ont offert un pamphlet d’informations qui expliquait qu’avec l’opération que j’avais eue, il devrait m’en rester pour trois mois à un an. Mon cœur fonctionnait à 20 % seulement. Mais j’ai remonté tranquillement », se réjouit le patriarche.
« Pour mourir, il faut arrêter ! » poursuit-il à la blague, conscient qu’il mène une vie toujours particulièrement bien remplie.
Ayant perdu son épouse il y a huit ans, le centenaire a toutefois la chance de partager son quotidien avec quatre membres de sa fratrie. Tous habitent sous le même toit, dans des appartements distincts.
« Je suis le deuxième d’une famille de douze. Parmi ceux qui habitent ici, le plus jeune a 87 ans et le plus vieux en a 97. Il y a aussi mon frère de 88 ans et ma sœur de 92 ans », énumère-t-il.
Josaphat Roy est d’ailleurs le deuxième plus vieux locataire du Village Harmonie, derrière Émilien Mercier, qui a atteint l’âge de 107 ans il y a à peine une semaine. L’ancien horloger est toutefois celui qui y loge depuis le plus longtemps, puisque son épouse et lui y avaient emménagé dès son ouverture, en 2006.
Une vie bien remplie
Toujours très lucide, M. Roy se souvient parfaitement de son enfance. « J’ai été élevé sur une ferme. Il fallait travailler fort. Il n’y avait pas de machinerie, à l’époque », se remémore-t-il.Après avoir quitté l’école à 14 ans, il a alterné le travail à la ferme et en forêt. Une fois la majorité atteinte, il passait sept mois par année aux États-Unis, aux cuisines des camps de bûcherons. Plus tard, il s’est recyclé comme électricien.
Ce qui l’a mené à l’horlogerie remonte toutefois à plus loin, lorsqu’il était enfant et réparait les vélos de tous les voisins de son rang. « Ce sont ces petits travaux mécaniques qui m’ont donné le goût de l’horlogerie », croit-il.
Par la suite, il a également réparé une horloge murale qui était tombée, puis sa propre montre de poche, qui brisait souvent en raison de la poussière accumulée lorsqu’il travaillait à la ferme.
Son plaisir à effectuer ce genre de tâches l’a incité à s’inscrire à la Corporation des horlogers bijoutiers vers le milieu de sa vingtaine. Son objectif était de suivre une formation afin d’ouvrir sa propre boutique de bijouterie et de petits appareils électroniques. Un pari réussi.
« Dans mon coin, les gens ont commencé à avoir l’électricité dans les années 50. Avant ça, les gens n’avaient ni grille-pain ni fer à repasser. J’ai donc acheté plein de petits appareils pour mon commerce. J’en vendais beaucoup », raconte le centenaire.
M. Roy a rapidement bâti sa clientèle et ne manquait pas d’ouvrage. La Bijouterie Cadeau étant devenue un feu roulant, il a décidé de la déplacer au moment de prendre sa préretraite, vers 60 ans, croyant que sa clientèle ne le suivrait pas. « Je me suis bien trompé, partage-t-il en riant. Mes clients m’ont suivi. J’avais encore assez d’ouvrage pour faire des semaines de 60 heures. »
Même après avoir complètement fermé boutique, l’horloger n’a jamais réellement arrêté de travailler. Enchaînant bénévolat sur bénévolat, le résident de l’Harmonie a retrouvé plusieurs de ses fidèles clients, devenus ses voisins. Tous sont ravis de toujours pouvoir faire appel à ses services.
M. Roy consacre effectivement l’une des pièces de son 4 et demi à la réparation de bijoux et de montres pour un prix symbolique. Signe qu’il vit toujours de sa passion… ou plutôt que sa passion le fait vivre, encore et encore.
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