François Jacques

Dix étés pour la Chapelle du Rang 1

Dix étés pour la Chapelle du Rang 1 - Xavier Roy : Culture
La petite église anglicane devenait moins utilisée à partir de 1978, avant de fermer définitivement ses portes en 2014. (Photo - Claude Grenier)
Dix étés pour la Chapelle du Rang 1 - Xavier Roy : Culture
La salle de 60 places attire des artistes qui souhaitent performer dans un décor unique au Québec. (Photo - Claude Grenier)

C’est à l’été 2017 que la petite chapelle de 60 places présentait son tout premier spectacle. Dix saisons estivales plus tard, ceux qui l’ont reprise la voient comme la prémisse de tout ce qui a suivi.


« C’est venu naturellement. On n’a pas choisi la chapelle, c’est elle qui nous a choisis », considère Hubert Lavallée-Bellefleur, qui a repris avec sa famille la chapelle. Il se rappelle qu’à l’époque, c’était son père, Stéphane Lavallée, qui passait régulièrement devant la petite chapelle, auparavant nommée Saint-Barnabas. À un moment, ce dernier a décidé de contacter la Ville pour voir ce qu’il pouvait en faire.

Il n’y a eu que très peu d’entraves pour acquérir la bâtisse. « Justement, personne n’en voulait. Le diocèse à Québec ne voulait plus mettre de l’argent dans l’entretien et elle était déjà désacralisée. » La Ville, quant à elle, n’avait aucun projet pour la chapelle et a donné le feu vert pour l’acquisition et les rénovations.

Beaucoup et beaucoup de travaux

Là où c’est devenu plus difficile, c’était quand est venu le temps de la remettre à jour. Le directeur artistique et général se souvient avoir dû « refaire le toit, la peinture extérieure ou lever le plancher » lors de l’acquisition. Même l’an dernier, ils ont dû refaire les fondations, puisque l’ancien lieu de culte s’affaissait.

En portant un regard vers l’avenir, Hubert Lavallée-Bellefleur voit qu’il y a encore du pain sur la planche. « On attend au printemps prochain pour refaire le bloc sanitaire à l’extérieure. Ça fait dix ans que les gens vont dans des toilettes chimiques, alors on a hâte d’avoir de vraies installations. »

À long terme, il aimerait aussi renouveler l’équipement à l’intérieur pour ce qui est de la sonorité et de l’éclairage. La chapelle anglicane ayant plus de 130 ans, la transformer en salle de spectacle fonctionnelle viendra certainement avec son lot de défis, croit-il.

Diversifier les activités de la chapelle

Pour l’instant, la chapelle est ouverte pratiquement qu’en été. Le gestionnaire aimerait toutefois bientôt l’ouvrir à l’année. « L’église n’est ni chauffée ni isolée, alors on va ajouter un nouveau système de thermopompe. Ça nous permettra de faire une programmation à l’année qui sera plus variée. »

Une certaine variété artistique est effectivement très importante pour M. Lavallée-Bellefleur. La comédienne et autrice Queen Ka est, par exemple, venue le 18 juillet dernier pour proposer de la poésie sur scène. Le visionnaire aimerait éventuellement accueillir du théâtre afin d’élargir les horizons de la chapelle et « toucher à tout ».

L’un des objectifs à plus long terme de cette salle de spectacle serait aussi de proposer des séances d’enregistrement pour les artistes. La sonorité est d’une qualité rare, considère Hubert. « Les artistes qui viennent sont émerveillés. Tout est en bois à l’intérieur et c’est assez petit, alors ça leur permet d’essayer de nouvelles choses. »

L’idée serait donc « d’offrir la chapelle pendant une semaine ou deux pour de la création et, en échange, l’artiste performe à la fin sur cette même scène. » Ce concept pourrait permettre à l’organisation d’attirer des artistes qui, auparavant, n’auraient peut-être pas envisagé d’aller performer dans cette salle.

Une formule unique

Lors du tout premier spectacle, à l’été 2017, un souper hot-dog entre l’artiste et les spectateurs avait été organisé. Ce n’était au départ qu’un moyen de célébrer l’ouverture de la salle, mais ça en est devenu une tradition jusqu’à aujourd’hui.

« Ça avait été tellement plaisant qu’on a décidé de continuer ça. » Toujours commandité par le Marché Lavallée, le souper d’avant spectacle est unique à la Chappelle du Rang 1, selon ce que les artistes rapportent à l’organisateur. « Manger avec ton public et discuter avec celui-ci avant ton spectacle, ça ne se fait pas vraiment ailleurs », fait-il valoir.

C’est également un bon moyen de créer une proximité entre l’artiste et son public. « On y voit de belles rencontres et, lorsque l’artiste arrive sur scène, c’est comme s’il connaissait le monde devant lui. Ça enlève un stress pour l’artiste, puisqu’il voit les réactions de tout le monde dans la chapelle. »

Un effet boule de neige

Fermée pendant deux étés en raison de la Covid, la Chapelle du Rang 1 s’est mise à proposer des spectacles à l’extérieur. « Ça a finalement été une bonne chose. Le gouvernement a préféré investir dans les spectacles à l’extérieur et c’est de là qu’on a pu en créer un premier en plein air avec Charlotte Cardin, Safia Nolin et plus. »

Il s’est ensuivi en 2021 de trois spectacles intitulés La chapelle hors des murs. C’est de là qu’est germée l’idée de créer le festival Colline. Le directeur artistique et général croit même que, sans la pandémie, Colline aurait pu ne jamais voir le jour.

Ses frères se sont ensuite installés à Lac-Mégantic et ont fondé la Maison Dudley, par Félix, puis le café Ditchfield, par Jérôme. « On n’est pas né ici, mais toute notre famille vient de la région. La chapelle nous a tous fait revenir à Mégantic », se réjouit l’entrepreneur.

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