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85 km en aval : un bassin versant, des communautés, un avenir
La Chaudière redevient majestueuse… elle nous rappelle que l’eau n’oublie jamais ce qu’elle traverse.
Dépolitiser le projet, c’est comprendre que le risque ne s’arrête pas au point d’impact. Il s’écoule jusqu’à 85 km en aval. Face au promoteur Transports Canada (TC), la beauté du territoire cache une réalité moins romantique : TC a mandaté le Canadien Pacifique (CP) pour intervenir dans un sous-sol de roc fracturé. Pourtant, l’étude de faisabilité du projet 3211-08-013 souffre d’une lacune majeure dans sa gestion du risque : les impacts hydrogéochimiques réels n’y ont pas été analysés. Cette omission fausse l’évaluation globale, et les risques de contamination ne s’arrêteront pas aux limites territoriales de Nantes, Lac-Mégantic ou Frontenac.
Récemment, les motifs de l’Office des transports du Canada (OTC) ont été publiés. Comment une autorité peut-elle valider un projet d’ingénierie civile ferroviaire modifiant l’aquifère sans exiger d’analyse hydrogéochimique préalable (spéciation As³/As⁵, COD, potentiel redox) ? La compilation des données géochimiques historiques (Élise Colléau, INRS 2020) montre précisément que, même au niveau du réseau municipal de Lac-Mégantic, en 2017, la signature géochimique de la région pousse les concentrations d’arsenic à frôler continuellement la norme réglementaire de 0,010 mg/L. L’indice DRASTIC utilisé par LNA, ne calcule pas le potentiel d’oxydoréduction, il ignore la géochimie souterraine et s’avère donc incapable de prédire les risques de contamination d’origine naturelle, comme le relargage d’arsenic lié au potentiel d’oxydoréduction. Les données du SIGÉOM confirment cette présence d’arsenic naturel, entre autres via des échantillons sur la rue du Barrage et à Frontenac près de la 204 atteignant déjà 0,009 ppm. L’autorisation de l’OTC impose une surveillance des puits, mais elle valide le projet sans exiger d’analyse hydrogéochimique préalable démontrant l’absence de danger chimique pour la santé publique.
Un aquifère de roc fracturé n’est pas une piscine souterraine. C’est un réseau de fractures et de gradients hydrauliques où l’eau change de signature chimique selon son temps de résidence, le pH et l’oxydoréduction. Le dynamitage et le dénoyage du roc modifient l’oxygénation de l’aquifère, accélérant la dissolution des minéraux. Cela augmente le risque d’apparition d’arsénite (As III), la forme la plus toxique et difficile à filtrer de ce contaminant. Pourquoi cette dimension est-elle absente d’un projet prévoyant dynamitage, excavation et dénoyage ?
À 85 kilomètres de là, Saint-Georges puise son eau dans la rivière Chaudière. Entre Lac-Mégantic et Saint-George-de-Beauce, des collectivités, des fermes et des entreprises dépendent de cette ressource. L’eau potable est une infrastructure économique. Une perturbation signifie : coûts de traitement accrus, restrictions et pertes pour l’agriculture et le récréotourisme. La tragédie de 2013 a prouvé qu’un événement à Lac-Mégantic perturbe l’approvisionnement jusqu’à Saint-Georges, Sainte-Marie et Lévis.
Le risque réside dans une modification lente et durable du système hydrogéochimique. Sans ligne de base robuste, l’attribution causale sera impossible après coup. Si la nappe baisse, si le pH évolue ou si l’arsénite (As III) augmente, qui prouvera la responsabilité du chantier ? Avons-nous suffisamment caractérisé ce que nous sommes sur le point de modifier ? Si la réponse est non, le problème n’est pas l’opposition au projet. Le problème, c’est le déficit de connaissance avant l’intervention. Et lorsqu’il s’agit d’eau potable, ce déficit de connaissance n’est pas une petite incertitude technique. C’est un risque économique, environnemental et de santé publique pour l’ensemble de la collectivité.
Bilitis Prud’homme, Audet
Candidate au MBA Gestion de projets.
Expertise développée en Technologie industrielle (Soutien d’ingénierie et R&D)
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