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Projet de loi 40: Yves Gilbert craint pour l'autonomie de la région

Projet de loi 40: Yves Gilbert craint pour l'autonomie  de la région - Rémi Tremblay : Actualités

Le président de la Commission scolaire des Hauts-Cantons, Yves Gilbert, souhaite établir avec Québec un dialogue sur la gouvernance scolaire. (Archives-L’Écho)

Bien qu’il se dise déçu du dépôt, le 1er octobre, du projet de loi n°40 sur la gouvernance scolaire, sans consultations préalables, le président de la Commission scolaire des Hauts-Cantons, Yves Gilbert, se dit prêt à l’étudier «au mérite», avec les autres commissions scolaires de l’Estrie.

«Personne ne sera étonné de m’entendre dire que je suis profondément déçu que le gouvernement de la CAQ ait mené sa réflexion de réforme de la gouvernance scolaire sans nous mettre dans le coup. Je crains pour l’autonomie de la région et surtout pour des régions semi-urbaines ou rurales, comme celle où se trouve notre commission scolaire», a d’abord réagi Yves Gilbert, au lendemain de l’annonce du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.

L’abolition des commissions scolaires faisait partie intégrante de la plateforme de la Coalition Avenir Québec à l’élection d’octobre 2018. Les jours des commissions scolaires étaient comptés à partir de l’installation à l’Assemblée nationale du gouvernement de François Legault. «On avait dit, en campagne électorale, qu’on allait déposer un projet de loi pour ramener encore plus de décisions vers les écoles et c’est ce que nous faisons», s’est défendu le député caquiste de Mégantic, François Jacques.

Si le dépôt du projet de loi a été plutôt bien accueilli par la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement qui voit là «une suite logique de la décentralisation dans les écoles», permettant de rapprocher les décisions concernant les élèves par des gens qui oeuvrent auprès des élèves, Yves Gilbert y décèle, au contraire, une menace envers «l’autonomie des régions, la capacité du milieu de s’impliquer démocratiquement dans la vie scolaire et la possibilité d’avoir de l’influence sur son développement et son rayonnement, surtout en région rurale.»

En entrevue à l’Écho, M. Gilbert a insisté sur les conséquences d’une perte d’autonomie en région. «On est dans un milieu qui est fragile, mais heureusement, on avait jusqu’à aujourd’hui des personnes dévouées qui s’occupaient des dossiers. Le pouvoir d’influencer et de faire rayonner son milieu, c’est là une réalité qui n’existera plus. Ça va devenir mathématique.»

Les commissaires d’écoles quitteront leur siège le 29 février 2020. «Ils vont nous garder comme membres d’un comité conseil jusqu’au 30 juin. Pour la suite des choses, il manque des pièces du puzzle. On brise un modèle qui a fait ses preuves, on brise cette concertation-là à cause de l’idéologie d’un ministre et d’un premier ministre. Oui, après le 29 février, les autobus vont continuer de rouler et les élèves vont recevoir des cours, mais je demeure inquiet. Par exemple, il va appeler qui, le maire de Stornoway, pour revitaliser son école?»

Yves Gilbert faisait ainsi allusion à l’obtention pour l’école primaire de la Rose-des-Vents de Stornoway, dans le calendrier scolaire 2019-2020, du modèle pédagogique Freinet, une école alternative initiée par la Corporation des parents de l’école Freinet du Granit, dont les classes ont été intégrées à l’école de Stornoway, au terme d’une démarche où la Commission scolaire des Hauts-Cantons avait été saluée pour son audace.

De son côté, le député Jacques maintient le cap. «Puisque ce sont les écoles qui connaissent mieux leur milieu et les besoins qui s’y rattachent, la transformation des commissions scolaires en centres de services me semble être un projet de société non seulement logique, mais aussi novateur et moderne. Ce projet de loi permettra de rapprocher les élèves, les enseignants et les écoles des discussions et des prises de décisions, à leur plus grand bénéfice», clame-t-il.

Les commissaires d’écoles avaient à cœur la réussite scolaire, insiste Yves Gilbert. «C’est nous qui avons mis en place une concertation régionale autour de la réussite scolaire.»

Au cours des prochaines semaines, les commissaires de toutes les commissions scolaires de l’Estrie, soit celles de la Région-de-Sherbrooke, des Hauts-Cantons et des Sommets, vont décider, d’un commun accord, de la position qui sera adoptée devant le projet de loi du ministre Roberge. Le président de la Commission scolaire des Hauts-Cantons, Yves Gilbert, a été désigné comme porte-parole francophone alors que le président de la Commission scolaire Eastern Township, Mike Murray, agira comme porte-parole anglophone. «Chose certaine, nous souhaitons établir un dialogue sur l’avenir de la gouvernance scolaire avec nos communautés et nos représentants élus à l’Assemblée nationale. La démocratie scolaire ne doit pas se décider qu’à Québec; cela concerne aussi les régions.»

Les commissaires veulent d’abord chercher à mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette loi pour la réussite des élèves.

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