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Chroniques d’une buanderette

J’aurais tant aimé avoir la plume d’un Guy Dostie. Parce qu’il y a dans cette histoire un potentiel de pièce de théâtre qu’il aurait le talent d’exploiter. Ou celle plus acerbe d’une Yolande Boulanger, parce qu’il y a là une histoire à dénoncer. Alors, je fais ce que je sais faire, raconter en petits morceaux la vie des gens qui utilisaient la buanderette de la rue Laval pour laver leur linge sale dans une relative bonne humeur, quand les machines finissaient par faire le travail sur ordre des pièces de monnaie qui y étaient glissées.

Je ne sais plus à quand date ma première visite dans ce lieu sain et saint. La seule chose que je me souvienne, c’est que j’avais pris le goût d’aller m’y recueillir au moins une, sinon deux fois par semaine, tout simplement parce que ma laveuse m’avait lâchée, quelle ingrate! Et comme j’ai les pires défauts d’un procrastinien, j’en avais fait ma routine, plutôt que… Je sais ce que vous pensez, mes enfants sont comme vous, «achète-toi une laveuse.» Par ma faute, par ma très grande faute je l’avoue, j’aime écouter le monde. Parce que, même quand le monde ne parle pas, ils ont tant de choses à partager. Une communauté s’y crée pour qui cherche une expérience sociale.

Au fil des mois, j’y étais devenu familier. Assez pour aider des dames à comprendre le mode d’utilisation des laveuses et leur désigner laquelle fonctionne encore. À donner du change en pièces de 1$, quand j’en avais de trop, et même à retourner à la maison et ramener un fond de détergent et de détachant pour une dame parlant espagnol en visite avec son mari parlant français, qui l’avait laissée seule pour aller faire des commissions en ville. Bref, après l’utilisation d’une laveuse qui ne lavait plus très bien, elle sort des t-shirts autrefois blancs devenus bruns et elle est découragée, la pauvre! Avec le détachant et le changement de laveuse, elle a finalement retrouvé la blancheur des vêtements et le sourire conséquent, toute surprise que je lui laisse les deux contenants sans rien demander en retour. Au final, assis sur la banquette, une belle conversation avec le mari revenu de commissions. Pilote d’avion en Europe, en voyage de découvertes au Québec, et tant qu’à s’arrêter à Lac-Mégantic, aussi bien s’offrir un petit lavage vite fait! Face à lui, je l’enviais de voyager sur les ailes de la liberté. 
 
D’autres rencontres, d’autres découvertes. Comme un curé dans son confessionnal, mais l’autre n’a rien à confesser. Il veut juste occuper son temps, 24 ou 27 minutes pour les cycles complets de la machine à laver, et je ne sais pas encore quel temps ça prend pour une sécheuse, parce que la mienne à la maison fonctionne.

Des leçons de vie d’une autre conversation. Le père, qui mène une vie simple, très fier d’avoir mis le temps et l’argent pour l’éducation de sa fille, partie à l’université. Sage homme! D’autres jours, un couple devenu familier. Un père venu faire le lavage avec son fils, avant de le redéposer chez sa mère. Sage père! Premier entretien avec un gars de la région, qui a profité d’un petit héritage pour s’acheter une maison au Panama, où il passe ses hivers bien au chaud. Sage placement! Des travailleurs, de plus en plus de travailleurs qui sortent des chantiers pour une brassée de lavage. Des étudiants, de plus en plus d’étudiants dont la chambre en location n’est pas fournie avec laveuse-sécheuse. Des touristes, de plus en plus de touristes, qui ont besoin de ce service, indispensable dans une région qui se dit touristique.
 
Et quand il n’y avait personne à qui parler, d’anciens numéros de revues spécialisées sur l’univers de la moto m’ont fait voyager sur les routes des États-Unis et d’Europe. Tsé, y’a moyen de voyager loin en moins de 20 minutes. Ou sinon, regarder les véhicules descendre et monter la rue Laval, reconnaissant parfois des visages familiers. Sur une banquette de buanderette, jamais on ne s’ennuie. Il y en a bien d’autres qui profitent de cette pause dans leur horaire pour brasser des affaires sur leur cellulaire pendant que leur linge brasse dans une machine qui, par miracle, fonctionne.
 
Il y a même eu un courageux qui a «osé» placarder une lettre au propriétaire, demandant le remboursement de l’argent qui a été investis dans des machines qui n’étaient même plus capables de se rendre jusqu’au cycle final. Des tas de mésaventures comme ça, qui ne donnent pas une si belle image, mettons, quand l’autre buanderette la plus proche se trouve à St-Georges ou à Thetford.

Un beau matin, arriva ce qui devait arriver, j’avais pas trop l’air fin avec ma poche de linge à la main quand je me suis rivé à ce seul mot écrit banalement sur un papier à masquer… Une pancarte du Dollarama coûte pas si cher, il me semble.

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