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Réforme scolaire: Yves Gilbert juge «méprisante» l’attitude de la CAQ

Réforme scolaire: Yves Gilbert juge «méprisante» l’attitude de la CAQ - Rémi Tremblay : Actualités Éducation

Yves Gilbert dit quitter ses fonctions la tête haute.

En adoptant sous bâillon, dans la nuit de vendredi à samedi le 8 février, le projet de Loi 40 du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge et en renvoyant chez eux les commissaires scolaires vingt jours plus tôt que prévu, le gouvernement de François Legault a, selon le président de la Commission scolaire des Hauts-Cantons, Yves Gilbert, «appliqué la même médecine du maître qui se débarrasse de son chien parce qu’il prétend qu’il a la rage.»

Celui qui a mené la bataille jusqu’au bout pour une réforme de l’institution, plutôt que son abolition, a de la difficulté à absorber le choc: «Je suis sans mot face à cette décision du gouvernement de la CAQ de se débarrasser de nous de cette manière. Monsieur Roberge n’a jamais été sincère dans ses discussions avec nous. De plus, certains députés de la CAQ ont été méprisants envers nous, tel Éric Caire. Ce ministre et son gouvernement passeront à l’histoire pour avoir détruit une institution démocratique deux fois centenaire!»

Ministre délégué à la transformation numérique gouvernementale et leader adjoint du gouvernement, Éric Caire a laissé échapper que «les commissions scolaires sont une hypothèque à la réussite scolaire», après avoir fait valoir que le gouvernement allait «économiser 10 millions» en abolissant les élections scolaires.

Dans la soirée de vendredi, un amendement de toute dernière minute a été apporté au projet de loi ayant pour effet d’éliminer toute période de transition pour les commissaires élus, qui perdaient ainsi leur emploi samedi, dès la tombée de la sanction.

Fier de ses collègues commissaires

Livrant à chaud ses commentaires dans un quotidien de Sherbrooke, samedi, Yves Gilbert s’est senti heurté de la manière «cavalière et irrespectueuse» avec laquelle le gouvernement de la CAQ a «tassé» les élus scolaires. «Le ministre Roberge est arrivé à ses fins. On était un caillou dans son soulier et il s’est débarrassé du caillou.»

Depuis l’entrée en fonction du ministre Roberge, Yves Gilbert estime que les commissions scolaires ont collaboré avec lui pour la mise en place de plusieurs dossiers. Ses commentaires à l’Écho: «Je suis fier de ma fédération (la Fédération des commissions scolaires du Québec), de son président, de sa vice-présidente et de mes collègues présidents et présidentes qui ont défendu bec et ongle notre rôle et notre travail auprès de nos populations.»

Lundi, M. Gilbert est allé rencontrer le directeur général du nouveau Centre de services. «Il y avait déjà une réunion des commissaires prévues pour le 25 février. Ce sera une belle occasion de se réunir une dernière fois pour le post mortem et prendre connaissance de notre rôle sur le comité conseil qui doit préparer la transition au 30 juin. Je lui ai dit que je resterais disponible et que je ne le laisserai pas tomber.»

Entre la journée de samedi et sa visite au bureau de l’Écho, mardi, Yves Gilbert a eu le temps de décanter. «On n’a plus aucune légitimité comme commissaire, mais je suis capable d’être plus humain que la CAQ l’a été envers nous. Ils (le gouvernement Legault) m’ont enlevé ma fonction politique, mais ils ne peuvent pas m’enlever ma fonction citoyenne!» Après 35 années dans l’enseignement et six ans comme élu scolaire, il dit sortir du combat qu’il a mené ces derniers mois la tête haute. La Fédération des commissions scolaires du Québec avait prévu lui remettre bientôt la Médaille de l’Ordre du mérite 2020, en reconnaissance de son engagement dans la cause de l’éducation. Les commissions scolaires ont techniquement cessé d’exister.

Laissé sur la touche, Yves Gilbert se préoccupe davantage de l’impact de la Loi 40, maintenant que le couperet est tombé. «On n’a pas entendu cette question lors des débats, mais qui va percevoir la taxe scolaire maintenant qu’il n’y a plus d’élus scolaires? Il y a un paquet d’hommes et de femmes d’expérience qu’ils viennent de mettre à la porte. Une perte d’expertise qui va être évidente, puisqu’ils partent à zéro avec un modèle qui est à expérimenter.»

Il ajoute: «Je suis fier de mes collègues commissaires de la Commission scolaire des Hauts-Cantons qui ont investi temps et énergie pour prendre les bonnes décisions pour la réussite de nos jeunes. Tous ensemble nous avons permis à notre commission scolaire de grandir. Un grand merci à nos équipes écoles et nos partenaires pour votre collaboration. Je veux remercier ceux et celles qui nous ont appuyés depuis plusieurs mois dans notre démarche dans l’espoir d’éviter ce qui nous arrive aujourd’hui. Je veux remercier notre directeur général Martial Gaudreau et son équipe administrative pour leur professionnalisme. Ce n’est qu’un au revoir!»

Pluie de réactions négatives

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont été unanimes pour décrier l’imposition du bâillon. La député de Sherbrooke, Christine Labrie: «J’espère que ça n’arrivera plus jamais qu’on abolisse un palier de démocratie au Québec. Et ça a été fait sous bâillon par un parti qui se réclame d’avoir l’appui de la majorité de la population alors qu’il n’a été élu par à peine plus du tiers des Québécois. Les partis qui s’opposent à ce projet depuis le début, ensemble, on représente plus de citoyens que la CAQ.»

La porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation, Véronique Hivon, a dit croire que le gouvernement caquiste «ajoutait l’insulte à l’injure», en déterminant que la sanction ferait foi de tout, alors que le projet de loi dans sa moulure initiale prévoyait plutôt la date du 29 février pour l’abolition des élections scolaires et des commissaires.

«Les oppositions sont bâillonnées et les commissaires sont congédiés» a souligné la porte-parole du Parti libéral Marwah Rizqy.

Incertitude au municipal

Trois jours après l’adoption sous bâillon du projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire, la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, disait partager les inquiétudes du monde municipal. «On apprend des choses à mesure que les jours passent. Il y aura des discussions avec le gouvernement sur sa façon de faire», a-t-elle reconnu, mardi, au moment même où l’Union des municipalités du Québec dénonçait un amendement de dernière minute affectant directement le champ fiscal des municipalités.

«Je me range derrière la position de l’UMQ. Dès qu’on force une municipalité à devoir donner un terrain (pour la construction ou l’agrandissement d’une école) sans compensations, on s’entend que ce n’est pas intéressant, alors qu’on (le gouvernement) veut établir un lien de communication et de collaboration avec les municipalités.»

Un premier choc avec Québec est survenu lors des négociations entourant le nouveau Pacte fiscal des municipalités. «On parlait alors des tenants lieu de taxes. Les écoles ne paient pas 100% des taxes. On avait tenté de négocier ce point-là mais le gouvernement n’avait pas accepté de payer. C’est une autre surprise qui nous arrive et qui touche beaucoup les villes de centralité comme la nôtre», explique Julie Morin.

Sur son territoire, se trouvent deux écoles primaires, l’école Sacré-Cœur et l’école Notre-Dame-de-Fatima, une école secondaire et un centre de services sur la rue Dollard. Sans compter un terrain que la Ville possède là où elle a payé plus de 720 000$ pour mettre à terre un ancien bâtiment scolaire datant de la fin du 19e siècle.

«L’école Sacré-Cœur n’y a pas de visée d’agrandissement pour l’instant. Ce que je comprends dans la loi, c’est que si demain matin on voulait y construire quelque chose, la municipalité n’aurait pas le choix. L’enjeu là-dedans c’est que le gouvernement vient jouer dans nos responsabilités, donc ça crée un certain précédent. Ça va arrêter où ?»

L’incertitude à Lac-Mégantic est palpable, même dans les milieux scolaires. Julie Morin a eu l’occasion de le constater en parlant avec les directions d’écoles. En matinée, elle venait d’échanger avec la directrice de l’école Sacré-Cœur. «Au niveau des directions, il n’y a personne qui panique. Tout le monde est bien content qu’il n’y a pas de perte d’emplois. Mais ce que je comprends, c’est qu’eux aussi n’ont pas beaucoup d’informations. Alors nous on va rester proche. Le pouvoir local, on veut s’assurer qu’on le maintient, on ne veut pas de perte de représentativité du territoire.»

Julie Morin veut voir quels impacts positifs la réforme Roberge va avoir sur les populations locales. «Ça ne donne rien d’avoir fait ça s’il n’y a pas d’impact positif. Ça ne serait pas logique d’avoir changé quatre trente sous pour une piastre. Pour l’instant, personne n’a trop d’informations.»

Autre son de cloche

C’est par voie de communiqué que le député caquiste de Mégantic, François Jacques, s’est réjoui de l’adoption du projet de loi 40. «Je suis fier que notre gouvernement ait eu le courage d’aller de l’avant avec la nécessaire modernisation de la gouvernance scolaire. Aujourd’hui, une nouvelle ère remplie de possibilité s’ouvre pour le réseau scolaire, ici et partout au Québec. Nos concitoyens pourront compter sur moi pour maintenir un lien constant entre notre communauté et mon collègue le ministre de l’Éducation afin de réussir la transition vers une gouvernance scolaire moderne et axée sur les besoins de nos élèves.»

Il a aussi tenu à reconnaître et à souligner «l’engagement de toutes les élues et de tous les élus qui ont choisi de s’impliquer au fil des ans auprès des élèves des commissions scolaires des Appalaches, des Hauts-Cantons et de la Région-de-Sherbrooke.»

 


 

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