L’état du rail décrié par un expert indépendant

L’état du rail décrié par un expert indépendant - Rémi Tremblay : Actualités

Selon Jacques Daniel Vandersleyen, au centre, la voie ferrée est à refaire au complet. Ce tuyau d’écoulement des eaux de surface est un bel exemple des ouvrages qui ont souffert de l’usure du temps et qui minent le sol où repose le rail.

Si le ministère fédéral des Transports continue de se faire rassurant quant à la reprise, depuis l’hiver dernier, des convois de matières dangereuses sur la voie ferrée traversant Lac-Mégantic, l’observation sur le terrain réalisée lundi par un expert indépendant, Jacques Daniel Vandersleyen, n’a rien pour calmer les inquiétudes de la population. Son inspection du rail entre Laval-Nord et la rue Victoria, là où la pente est la plus prononcée, donne plutôt des munitions au citoyen Robert Bellefleur qui lui a lancé l’invitation, ainsi qu’aux comités de vigilance locaux qui demeurent aux aguets.

Au risque de se faire interdire l’accès à la voie ferrée par les autorités policières, M. Vandersleyen, accompagné par le président du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec, Jacques Tétreault, s’est montré surpris de constater l’état du rail, deux ans après la tragédie.

Son constat: «On peut espérer une voie de contournement, mais avant que cette voie soit posée, il va se passer deux ou trois ans. Il va falloir que Transports Canada mette ses culottes et relève le permis de la CMQ, c’est-à-dire qu’on lui interdise de rouler avec des marchandises dangereuses. La deuxième étape est de refaire essentiellement la voie de manière à ce qu’elle soit roulable convenablement.»

Même pas la note de passage sur le bulletin de la CMQ qui affirme pourtant avoir investi plus d’une dizaine de millions de dollars le long de la voie ferrée.

«Il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup de travail, des endroits qui sont critiques à ce moment-ci ; des travaux à refaire quasi immédiatement parce que, si on a beaucoup focalisé sur la question du pétrole, on voit qu’aujourd’hui on roule avec des trains de propane qui sont tout aussi dangereux. Un déraillement et ça va exploser! Si on n’a pas de pétrole, on a quand même des chlores et des acides sulfuriques. On ne peut pas laisser les choses aller de cette façon-là et il faut que Transports Canada cette fois-ci refasse ses devoirs.»

La section de la voie ferrée qui passe près des quartiers résidentiels d’un côté et le chemin Baie-des-Sables de l’autre, à proximité du lac, représente une zone particulière de danger. La présence d’un tuyau de canalisation des eaux de surface rongé par la rouille et qui creuse sous les rails, fait tiquer l’observateur. «Le BST (Bureau de la Sécurité des Transports) avait dit clairement dans son rapport que l’état du rail n’est pas en cause dans la catastrophe. C’est vrai que ce n’était pas l’élément déclencheur, mais il pourrait bien l’être (pour un prochain accident). Le rail s’use, les ballasts s’usent. Il faut soulever les voies et cribler le ballast en-dessous. On devrait ré-asseoir convenablement la voie dans son assiette. Mais là, on s’est contenté de déverser le ballast de chaque côté de la voie ferrée. Ça, c’est du taponnage!»

Plus discret, parce que de son propre aveu il a tenu à faire la visite pour s’instruire, Jacques Tétreault lance dans la conversation: «C’est criminel ce qui se passe ici!» L’homme qui est au cœur des grandes batailles environnementales, la plus dure ayant été le dossier de Cacouna, mais aussi celle qu’il mène avec d’autres groupes contre le projet de pipeline d’Énergie Est, constate que les trains sont de plus en plus préoccupants. «Les trains, c’est sournois. Ils font partie de notre paysage depuis toujours. On n’a jamais vraiment pris conscience de ce qui passait dessus (la nature des convois), avant la tragédie de Lac-Mégantic. Avant, on avait tous l’impression que c’était sécuritaire.»

Le ministère des Transports veillait au grain! Supposément. Nouvelle catastrophe appréhendée? « Le retour du pétrole (dès janvier 2016) devrait être interdit. Pas avec une voie dans un état pareil. Sinon, on cherche le trouble, on cherche l’accident. Il faut absolument refaire complètement cette voie avant de reprendre le contrôle des marchandises dangereuses», insiste Jacques Daniel Vandersleyen.

Au terme d’une rencontre avec la mairesse Colette Roy Laroche et quelques-uns des conseillers municipaux, des questions demeurent sur la suite des gestes à poser. «Qu’est-ce qui a du pouvoir ? Moi je n’en ai aucun. Comme simple citoyen je suis venu par courtoisie. Les comités de citoyens n’en ont pas, la mairesse seule, elle n’en a pas non plus, la mairesse avec son conseil municipal peut-être un peu plus, mais il faut que l’UMQ (l’Union des municipalités du Québec) soit un peu plus intransigeante avec Transports Canada. S’il faut repayer 30 à 40 M$ pour refaire la voie à l’intérieur des limites de Lac-Mégantic, ben ça c’est la question à 40 M$. Cela dit, si la CMQ n’avait pas ces trains de marchandises dangereuses, elle ne serait absolument pas rentable.

Mais il faut d’abord que Transports Canada vienne constater sur place qu’effectivement l’endroit devient de plus en plus dangereux.»

Oui, il est prêt à le reconnaître : le Canada a été ouvert par le chemin de fer qui traverse plusieurs centres-villes. «Mais on est pognés avec un chemin de fer dans un mauvais état.»

Prompte à réagir, la compagnie de chemin de fer Central Maine & Quebec Railway a mis en doute la compétence de l’expert Vandersleyen et affirmé que la visite d’observation de lundi n’avait pas été autorisée. «Il est non seulement illégal, mais extrêmement dangereux de se trouver près de la propriété d’une compagnie ferroviaire», d’insister le chef des opérations Ryan Ratledge à Radio-Canada.

Riposte d’une participante à la visite, Claude Roy: «CMQ était très bien informée de cette visite d’observation. Les gens de Lac-Mégantic veulent vivre et non attendre que le train leur passe dessus.» Elle rappelle que les constats de l’expert Vandersleyen ont permis de dénoncer l’insouciance et l’indifférence de Transports Canada en ce qui a trait à la sécurité pour la population de Lac-Mégantic.

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