Les Hardings, ou le poids de la responsabilité

Les Hardings, ou le poids de la responsabilité - Claudia Collard : Culture Théâtre

Les comédiens Martin Héroux, Patrice Dubois et Normand D’Amour ont joué à la fois en intensité et en retenue leur personnage des Hardings. (Crédit photo : Valérie Remise)

Ils s’appellent tous Thomas Harding. Le conducteur de train de Farnham, le chercheur néo-zélandais et l’assureur américain. C’est autour de la rencontre fictive de ces trois personnages que l’auteure Alexia Bürger a créé Les Hardings, pièce présentée le 13 mars à la Salle Montignac. Une œuvre poignante, où l’intensité et la retenue sont habilement dosées.

Ne pouvant concevoir qu’un seul homme puisse porter le poids de cette tragédie, Alexia Bürger avait à la base cette envie de comprendre mieux «mais aussi de prendre une part de responsabilité dans le fait que ça ne se reproduise plus», partage-t-elle au terme de la pièce, qui fait notamment référence à l’érosion des lois en matière de sécurité ferroviaire. «On a fait ce spectacle pour que les gens non-Méganticois n’oublient pas. Dans le processus, on était toujours en train de penser à vous. On était toujours à se demander si on avait le droit de parler de ça», confie l’auteure de la pièce présentée par le Théâtre d’aujourd’hui.

La réaction des gens présents le soir du dimanche 13 mars a nettement confirmé que oui, cette œuvre théâtrale fait œuvre utile, tant à Lac-Mégantic qu’ailleurs. La pièce revisite la nuit fatidique sous le regard de Tom le cheminot (Normand D’Amour), «confronté» à ses deux homonymes, qui deviennent en quelque sorte des alter égos. L’un dans la douleur d’avoir perdu sa fille dans un accident (Patrice Dubois), l’autre, assureur spécialisé dans les compagnies de pétrole (Martin Héroux) qui dissimule ses sentiments derrière son esprit cartésien. Drame collectif, drame personnel, drame de la superficialité vu à travers trois hommes… humains. Malgré l’intensité du propos, rien de sensationnaliste. On sent une retenue, un grand respect du droit de vivre l’«après» à sa façon. Et la trame dramatique est habilement adoucie par le Thomas assureur, dont les répliques à saveur mathématique déclenchent souvent le rire.

«Vous avez pas les bons!». Cris à l’unisson des trois comédiens, personnifiant la foule lors du passage des trois hommes (Thomas Harding, Jean Demaître et Richard Labrie) accusés de négligence criminelle (puis déclarés non coupables), devant le «palais de justice» aménagé au CSM en mai 2014. Un moment fort de la pièce, tout comme celui où le personnage incarné par Normand D’Amour nomme les 47 victimes une à une par leur prénom. «J’ai ravalé à chaque fois. Je me disais, il ne faut pas qu’il casse. Tout ce que je voulais c’est d’y arriver. Ce moment-là, je l’appréhendais, sachant que ce sont des noms que tout le monde ici connait», communique le comédien

 «À travers ce système politique, il y a ce drame de l’intime. C’est un personnage qui est tout seul, au fond. C’est lui-même qui va devoir continuer, comme on a tous à le faire à différents moments de notre vie. Cette pièce, c’est beaucoup ça; comment on a vécu la tragédie et comment on continue à vivre. Avec les amis, les parents, toute la constellation autour de nous. Ça parle du chemin, qui n’est pas une ligne droite en fait», transmet Patrice Dubois.

Les Hardings, c’est aussi le chemin qu’a pris Alexia Bürger pour entrer en contact avec les personnes touchées par la tragédie et pour qu’à plus grande échelle, on porte ensemble cette page importante de l’Histoire. Objectif atteint, sans l’ombre d’un doute. 

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