Ces autres voix entendues aux audiences publiques

Les audiences publiques visant à entendre les opposants à l’avis d’intention de «Sa Majesté Chef du Canada» d’exproprier des terrains sur le tracé de la voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic se sont terminées le 8 mai. Parmi les derniers à se faire entendre par l’enquêteure au dossier, Me Julie Banville, les avocats Frédéric Paré, Jean-Claude Boutin et Daniel Larochelle ainsi que la Coalition des Victimes Collatérales. Durant les trois jours d’audiences, Me Banville a donné la parole à de nombreux citoyens et organismes.

Raoul Proteau est un résident et ancien maire de Woburn, au moment de la tragédie. Il a pris le micro pour souligner la présence d’une source d’eau souterraine majeure, qui serait située derrière le Cinéma Mégantic jusqu’au Camping Aventure, d’une superficie de 5 km par 1 km et demi, et pouvant contenir 500 millions de gallons d’eau. «Le gouvernement est supposé protéger le public». «Personne ne parle de la vibration et de l’impact sur les puits de surface… Si (la nappe phréatique) part d’un coup, ça va faire du dommage.»

Ariane Tremblay est copropriétaire de la cabane à sucre Mégantic, située dans le rang 10, depuis sept ans. «On est contre le projet, parce que c’est un peu broche à foin, tout ce qui se passe. Au début, on nous enlevait 27% de la propriété. C’est rendu presque 50% (47,8%) qui vont être grugés.» Selon les représentants de Transports Canada, elle devrait enlever tout l’espace de stationnement. «Ils ont proposé de faire stationner les clients à Lac-Mégantic et qu’ils soient transportés à la cabane par navette», une aberration parmi plusieurs autres, selon elle. «On avait accepté l’offre; ils sont revenus par la suite en disant qu’ils prenaient toute la devanture de la cabane et coupaient les érables devant. Et pas le droit de stationner. Ils allaient replanter des bébés érables. On avait des projets d’entreprise qu’on a dû abandonner. Tout ce qui me reste, c’est la bâtisse. J’ai demandé une étude de vibration, on nous a répondu qu’ils n’avaient pas le temps, vu les délais.»

Muni d’une procuration de la part d’un exproprié, Joseph Vallée, Roger Venne a tenu à signaler que «la détresse humaine n’est pas tenue en compte dans les sommes compensatoires.» Ni la dépréciation monétaire des terres. «Le poids de notre représentation se résume à quoi? Il est important que la valeur humaine soit respectée, parce qu’elle est complètement bafouée depuis le début de cette aventure.» Raymond Lafontaine, propriétaire des Investissements Raypi, a tenu à témoigner: «Depuis le début, le BAPE on savait que c’était une pièce de théâtre. Transports Canada sont entêtés, on a l’impression d’être des cobayes. Ils ne veulent pas payer, ils veulent nous avoir à l’usure. On ferme des centaines de terrains et le gouvernement a l’oreille sourde là-dedans.»

Pauline Roy soulève la question problématique de l’assurance responsabilité. «Mon terrain est divisé en deux (par le tracé de la voie de contournement). T-C nous oblige à nous assurer, mais personne ne veut nous assurer.» La compagnie de chemin de fer exige en effet aux propriétaires de terrains avec un passage à niveau ou traversé par le chemin de fer qu’ils soient assurés. La responsabilité en cas de dommages ou accidents est transférée aux propriétaires de terrains. Or, aucune compagnie d’assurance ne veut, semble-t-il, couvrir ce genre de risques, surtout pas après la tragédie de Lac-Mégantic. On se rappellera que huit compagnies d’assurances, dont Promutuel Centre Sud, Desjardins Assurances, La Capitale, Intact et Bélair, sont toujours engagées dans une démarche judiciaire contre Canadien Pacifique, en lien avec la responsabilité de la compagnie de chemin de fer dans la tragédie. Une responsabilité que le CP refuse de reconnaître. Un jugement en sa faveur rendu par la Cour supérieure est présentement en appel.

Anecdotique, mais preuve s’il en fallait une que dans l’histoire du chemin de fer au Canada et au Québec, économie et politique dans la langue très officielle des affaires l’anglais sont intimement liées, la visite, en 2012, soit un an avant la tragédie, d’une délégation de quatre représentants de la Montréal Maine & Atlantic Railway parlant uniquement anglais, venus aviser les autorités municipales de Frontenac de l’entrée en vigueur de la politique d’un seul conducteur par train. Le maire actuel, Gaby Gendron, occupait à cette époque un siège de conseiller. «Ils nous ont dit: on a demandé à Transports Canada et ils ont dit, ça ne nous dérange pas. La seule condition c’est que vous rencontriez les municipalités où ce que le train passe pour les en avertir.»

Jessica Giroux, une citoyenne de Frontenac, est venue représenter sa nation aux audiences publiques. «En tant que descendante et représentante de la Nation Wabanaki je m’oppose totalement à ce projet. Comme porteuse d’eau et porteuse de vie, mon point de vue c’est de protéger notre eau, protéger les forêts, protéger le lac. On s’entend qu’il pourrait y avoir des impacts majeurs ici sur les écosystèmes, pas juste les poissons si le tracé est fait.»

Daniel Poulin habite à moins de 700 mètres du lieu de la tragédie: «Le sifflement du gaz qui sort en brûlant, je l’ai encore dans la tête. Faire une voie de contournement dans les conditions qu’on a apportées, ça ne tient pas debout. Les gouvernements ne respectent même pas leurs lois, les lois auxquelles on est soumis. Ces milieux humides-là, c’est le filtre de l’eau qui va dans la nappe phréatique. Vous enlevez ce milieu humide, c’est tout un écosystème qui vient de disparaître.»

Richard Hallée relève beaucoup de «si» dans les réponses évasives de Transports Canada face aux préoccupations des résidents de Frontenac sur l’eau des puits. «L’anxiété est assez grande pour les «si». Si y’a pas de problème tant mieux, mais si y’en a, on va faire ça. Par contre, j’ai des doutes à la vitesse que ces personnes-là travaillent. Une hypothèse, mettons que je manque d’eau le 15 septembre 2023 ou 2024, à quel moment je vais ravoir de l’eau chez nous, à quel moment on va pouvoir me réinstaller un puits?» Beaucoup de questions des citoyens ont été posées, peu de réponses ont été apportées. «Pourquoi sommes-nous rendus dans l’équation? Alors que le train, la problématique était de Nantes vers Lac-Mégantic. J’espère juste qu’on n’est pas un immense laboratoire. On n’est pas une grosse population, on n’est pas beaucoup, pour faire plaisir à des compagnies ferroviaires qui vont faire des milliards sur notre dos d’une certaine façon. Côté humain, je vois présentement une population qui a vécu une catastrophe v’là dix ans, qui sont présentement en train de se déchirer humainement par des décisions qui portent réflexion de part et d’autre.»

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