Le cirque, encore!

Un début semaine plutôt rock’n roll comme on les aime. Quand le cirque médiatique débarque en ville, avec les équipes de télé et les camions satellites, c’est signe que les bulletins du midi et de fin de soirée, sur toutes les chaînes, vont tous s’ouvrir sur ces quelques mots du présentateur de nouvelles: «Aujourd’hui, à Lac-Mégantic, coup de théâtre…»

On s’est habitués depuis neuf mois à plein de rebondissements, certains programmés d’avance, d’autres plus improvisés qui s’avèrent parfois être des pétards mouillés. Lundi, par exemple. On savait depuis le milieu de la semaine dernière qu’une entente historique serait signée entre le futur acquéreur des actifs de la moribonde MMA et la Ville de Lac-Mégantic pour relancer le service ferroviaire coast to coast, de Montréal à Saint-Jean! L’entente de principe était béton!

Quand des armées d’avocats se penchent sur des feuilles de papier pour en décortiquer chaque mot, les passer au crible, sous la loupe du logiciel Antidote, manuel du droit des affaires dans l’autre main, vous pouvez être certain qu’aucune ambiguïté n’a été décelée en fin de lecture. Voilà, cher client, tous les papiers sont en règle!

Le moment solennel venu, John Giles, le propriétaire du Chemin de fer du Centre du Maine et du Québec Canada inc., était lui-même sur place, accompagné de son mandataire des communications, Daniel Matte. Tous les deux prêts pour ce rendez-vous avec l’histoire et avec Colette. Coup de théâtre, rendez-vous manqué. Un «malentendu» au sujet d’un point ajouté en annexe à la demande de la Ville a fait dérailler le manège. Retour à la case départ. Les élus et Colette avaient le visage soucieux de ceux qui sont invités à la noce et qui apprennent, arrivés à l’église, que les mariés n’ont pas achevé leur réflexion. Pire encore, que les parents de la mariée ne voient pas cette union d’un bon œil.

Une déception tout à fait justifiée pour les industriels qui voyaient enfin la lumière au bout du tunnel avec la reprise du chemin de fer; un soulagement pour d’autres qui en voulaient à leurs élus de ne pas avoir songé, auparavant, à consulter la population sur le genre de service ferroviaire qu’elle souhaitait voir revenir dans son paysage encore cicatrisé. En démocratie, disent-ils, la population doit connaître les termes de l’accord à négocier en leur nom avant de le parapher.

D’un bout à l’autre du continent, autant au Canada qu’aux États-Unis, la plupart des gens qui vivent dans le voisinage d’une ligne de chemin de fer où circulent les fameux DOT 111 ont pensé conclure de tout ce remue-ménage des derniers mois dans les hautes sphères gouvernementales, tant à Ottawa qu’à Washington, que la petite ville de Lac-Mégantic symbolisait la résistance! Les journaux qui parlent de notre ville chaque fois qu’un train explose quelque part en Amérique du Nord écrivent ce qu’ils pensent avoir compris: Lac-Mégantic a banni le transport des matières dangereuses et de pétrole sur son territoire! Alléluia! Faisons de même !

Encore récemment, fin avril, à Lynchburg en Virginie, où une quinzaine de ces wagons-citernes ont pris une méchante débarque et ont explosé violemment, crachant eux aussi toutes les flammes de l’enfer alimentées par le pétrole de schiste de Bakken (toujours le même), le nom de Lac-Mégantic est revenu dans l’actualité. Ne vous en faites pas, braves gens, Lac-Mégantic nous démontre qu’on peut livrer une noble bataille contre ces compagnies sans cœur et sans âme qui utilisent nos voies pour faire passer les plus sales des produits!

Mais non, l’erreur est humaine! Lac-Mégantic n’a pas le pouvoir d’arrêter les trains de la mort. Même Colette la mairesse le reconnaît. Alors, c’est bien simple, quand le train va repartir pour franchir à nouveau la frontière en direction des raffineries de Saint-Jean, rien ne pourra empêcher l’acquéreur de MMA d’attacher des DOT 111 derrière les locomotives.

Rien, à moins que les plus déterminés d’entre vous passent aux actes et partent se coucher sur le rail, dans une chaine humaine devant les caméras. Au risque d’être accusés d’«entrave» et d’être jetés dans un panier à salade, direction le palais de justice.

Ce jour de résistance viendra! Assurément! Il ne faudra cependant pas que les élus municipaux y voient un geste de bravade à l’autorité. Ce jour viendra parce que, tout bonnement, le peu d’enthousiasme à l’idée d’investir des dizaines de millions pour une voie de contournement qui vise «un seul client» du chemin de fer, la puissante multinationale Irving, aura conduit des citoyens soucieux de leur sécurité à devenir des «résistants» plutôt que des «résignés». Ils n’auront pas besoin d’une armée d’avocats pour leur dire quoi rédiger sur leurs pancartes qu’ils pourront brandir avant d’être arrêtés. Ce jour viendra et soyez certain que tous les bulletins de nouvelles ouvriront sur cette phrase mythique : «Aujourd’hui, à Lac-Mégantic, coup de théâtre…»

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