Dépanneur Woburn

Partition en ré ou en mi

Les textes de Rémi ont toujours un écho, qu’il soit en ré ou en mi, dièse ou bémol. Au-delà de la portée des mots, c’est de la musique parce que la phrase y est limpide. Elle compte, la plupart du temps, moins de vingt mots choisis en harmonie avec une pensée qui veut être comprise de tous. Cette conscience du lecteur l’a forcé à l’équilibre entre la pédagogie du journaliste et le point de vue de l’éditorialiste qui, lui, en appelle à la vérité comme au cœur, malgré le choix d’une certaine retenue. Cette image que j’ai de lui ne s’est jamais démentie.


Toute sa vie professionnelle, il lui a fallu tourner toutes les pierres, regarder devant et derrière, à gauche et à droite pour rendre compte en toute équité, pour éviter l’imbroglio ou même l’incendie. S’en tenir à la vérité -on l’oublie- c’est choisir l’écoute et les questions pour comprendre, mais aussi la solitude. Le journaliste est connu; l’homme discret, voire secret.

Sur les lieux d’un événement à couvrir, Rémi gardait la distance nécessaire pour s’offrir une vue d’ensemble. À la pause ou à la sortie, quand quelqu’un s’adressait à lui, un léger sourire narquois se dessinait parce qu’il savait qu’on venait à la pêche. De sa part, plus de questions que de commentaires. D’instinct, il évitait d’opiner parce qu’il se voulait au service de la vérité, non pas d’une cause. Son expérience lui a appris à relativiser la situation, à garder le contact parce que les opposants ont des arguments qui se défendent, mais aussi des intérêts. Le terrain est souvent miné. Le rôle du journaliste, c’est d’informer; celui de l’éditorialiste, de faire réfléchir. Le reste relève de la politique.

L’éditorialiste a la prérogative de publier ou non un texte qu’on lui soumet. Il a la responsabilité de la vérité et celle de la crédibilité du journal. Personne ne veut lire une feuille de chou. S’il ne publie pas l’opinion x ou y, c’est pour éviter les redites, épargner à son auteur une poursuite en diffamation ou parce que le propos est si confus qu’on s’y perd. Il protège ainsi la réputation du journal et parfois celle de l’auteur du texte d’opinion. Un équilibre que Rémi a exercé avec doigté.

Plus de quarante à la barre sans être montré du doigt ou accusé de partisanerie, c’est vous dire le sérieux de son engagement et le respect qu’il s’est mérité. Tout ce temps, Rémi est resté humble et attentif à son monde. Dans son dernier éditorial, il ne cesse de remercier les uns et les autres. Suzanne et Claudia, ses collègues, lui ont rendu un bel hommage dans lequel elles témoignent, au journaliste comme à l’homme, leur reconnaissance et leur respect. Comme je le connais, cela a dû le mettre à la gêne. Rémi a sans doute compris leur portée affective; cependant, j’espère qu’il s’est permis de profiter de leur caresse bienveillante, de goûter le sucre du moment.

Il termine ses adieux en invitant les citoyens à prendre la parole. «N’hésitez pas à déranger, à bousculer, à faire sentir votre présence. À questionner.» Comme il est redevenu un simple citoyen, est-ce dire que nous allons avoir encore le bonheur de le lire? Rémi, toutes tes années de service font de toi le spécialiste de notre histoire locale, des petits comme des grands événements, de la psychologie des hommes comme celle de notre collectivité, de la politique locale et régionale. Tu es une mine d’or que toi seul peux décider d’exploiter. En même temps, je devine que ta musique intérieure est bien plus près du rap que de la berceuse. Malgré ta retenue, on te sait lucide et perspicace. Maintenant que tu es libre comme l’air, aurons-nous droit à une pensée sans filtre ou même à la sagesse de l’homme d’expérience? Merci pour l’ouverture, le regard, les mots et leur Écho.
 
Paul Dostie

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