Toutes des bandits!»

«C’est ça que j’dis à ma femme, c’est toutes des bandits!» Dans la vaste salle d’attente du deuxième étage de l’hôpital, d’habitude très silencieuse, la voix de l’homme d’un certain âge porte écho. Depuis plusieurs minutes, il jase de tout et de rien avec son voisin de droite qui se contente d’écouter et d’acquiescer. «Oui, ben vrai!» L’actualité est épluchée de long en large: du jeune couple de Sherbrooke arrêté et emprisonné pour abus d’enfant aux «bandits à cravates» qui ont comparu dans les derniers épisodes de la Commission Charbonneau, tout y passe!

Un ramassis de tous nos vieux préjugés. Ces jeunes couples sur le b.s. qui accumulent les flots pour avoir plus d’argent sur leur chèque du mois et, à l’opposé du spectre, ces filous aux coffres déjà bourrés d’argent qui fourrent eux aussi le système à leur façon en détournant les fonds publics à coups d’enveloppes brunes prélevées dans nos poches. Bref, le «vieux» n’a pas tout faux! Il chuchote tout bas ce que les autres pensent tout haut!

«Oui, toutes des bandits! Faudrait les mettre en prison!» Justement, en ce jour estival de confidences, il vient de s’en échapper des vrais bandits qui étaient en prison! Ce qui n’a rien pour calmer notre homme qui ne se sent plus en sécurité nulle part. Les évasions, les invasions de domiciles, les voleurs de ruelles et ceux des grands chemins, les gens bizarres qui se parlent tout seuls en marchant sur le trottoir, comme s’ils avaient encore le feu au derrière… «Ouais, ben vrai!», répète l’autre, comme pour faire une pause dans le verbiage.

Le décor, une salle d’attente. Et pourtant, j’imagine qu’à la même heure, au même moment, sur un trottoir de bois qui longe le trou du défunt centre-ville, il doit bien y en avoir un ti-Jos connaissant qui a son idée déjà toute faite de ce qui a causé toute cette laideur au cœur de la ville verte! «Dire que moi, ma femme me chialait après quand je vidais les petits pois de mon assiette direct dans le bac noir!» En plein devant sa face, le plus bel exemple d’incurie d’un gouvernement fédéral qui fuit ses responsabilités en offrant de payer une partie de la facture de nettoyage, après que ses invités au repas aient tout sali la nappe avec leur bouillabaisse de pétrole sale, se disant que nous autres, les caves, on allait bien finir par tout ramasser! «Ouais, ben vrai !», lui parvient l’écho de l’autre bord du lac poussé par le vent qui s’engouffre en ville comme un train à grande vitesse.

Comme plein d’autres, il est venu voir ce qu’il y a à voir. Juste pour s’assurer que toutes les images qu’ils montrent à la télé sont bien réelles et qu’elles n’ont pas été extraites d’une quelconque télésérie catastrophe américaine mal traduite! Après, il repartira chez lui, à peine satisfait, à peine déçu! Encore faut-il qu’il retrouve le chemin de la sortie.

Après lui, un autre badaud s’immobilise devant l’étrange paysage lunaire. Lui aussi ne comprend pas! «Le train, il a versé où, au juste?» Un gars du coin s’improvise guide touristique. «Juste là», pointant du doigt l’espace aplani, à côté du trou dans lequel travaillent un opérateur de machinerie et un casque blanc qui marche, qui se penche, qui ramasse une poignée de terre et qui la sniffe! Sans doute le contremaître! L’homme répétera ainsi son manège à plusieurs reprises. «Pas de masque?» Non, pas de masque, juste un casque. Faut croire qu’il sait ce qu’il fait, en plein cœur de la zone d’impact, la plus affectée par la contamination directe des produits qu’on dit pourtant hautement cancérigènes! Mais bon, les spécialistes, ce sont eux, pas les promeneurs qui scrutent le chantier de long en large, à la recherche d’une bonne histoire à raconter au retour à la maison. «Aye, Germaine; tu sais pas ce que j’ai vu !» «Ben non, comment veux-tu que je le sache, t’es parti à matin sans me dire où t’allais, espèce…»

Tiens, une idée me vient, comme ça, en marchant sur le trottoir des cent pas! Et si on organisait des autobus nolisés pour le Dakota-du-Nord? Exclusivement pour les Méganticois! On enverrait le bill aux Irving, tiens! De petites vacances au pays du pétrole sale! Voir sur place comment ils font, les «Amaricains», pour faire de l’argent vite fait avec leur or noir! Les terrains dévastés, des hectares de terre souillée, les vieux DOT 111 qui s’alignent sur la vieille track de chemin de fer. Les odeurs, pis la laideur! Ce sent ça le fric, j’imagine! Le même genre de fric que dans les sables bitumineux de l’Alberta qu’on pense exporter via le Saint-Laurent dans un proche avenir.

Au retour de voyage, peut-être que les gens se rendraient mieux compte de la menace qui gronde! De l’aplaventrisme de Québec et d’Ottawa devant les puissantes pétrolières. De notre environnement, de notre qualité de vie qu’on leur abandonne à rabais, qu’on leur donne, en fait, sans rien exiger en retour!

«C’est ça que j’dis à ma femme, c’est toutes des bandits!» Tu peux pas savoir, bonhomme, à quel point t’as raison!

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