Entretien Montserrat

Paysage urbain en voie de disparition

Paysage urbain en voie de disparition - Claudia Collard : Actualités

Paul Benoît, gestionnaire du chantier pour le ministère de l’Environnement, en compagnie de France Bergeron et Gilles Bertrand, respectivement chargée de projets et directeur général de la Ville.

Dans quelques jours, la zone confinée du centre-ville prendra la forme d’un vaste chantier qui fera disparaître un paysage urbain associé à de nombreux souvenirs. À l’agenda, démolition de 32 bâtiments, excavation, décontamination et remblai d’ici l’été 2015. Un processus déployé de manière séquentielle afin d’en optimiser l’efficacité. En entrevue exclusive avec l’Écho, le directeur général de la ville de Lac-Mégantic Gilles Bertrand, la chargée de projets France Bergeron et Paul Benoît, gestionnaire du chantier pour le ministère de l’Environnement, communiquent que les prochains mois seront bien remplis.
Cette semaine, l’entrepreneur se mobilise en vue du chantier, s’affairant principalement à sécuriser les lieux. Débuteront par la suite les opérations inhérentes aux cinq bâtiments du bloc 2 (voir plan). «Il y aura d’abord les travaux de préparation préalables à la démolition; l’enlèvement de l’amiante et autres matières dangereuses à l’intérieur des bâtiments ainsi que les matériaux contenant de la moisissure», explique Mme Bergeron.
On a aussi choisi de conserver certains éléments architecturaux, qui seront retirés des bâtiments avant leur démolition. «On pense que la Ville pourrait peut-être un jour mettre ces éléments en exposition pour rappeler le passé», transmet le directeur général de la Ville, précisant que leur vocation précise n’est pas encore arrêtée. Parmi ces morceaux de mémoire conservés, une enseigne se trouvant sur l’édifice du Casino, des corniches de l’ancienne Eastern Township Bank (Au coin d’Émilia) et les étoiles des ambassadeurs incrustées dans le trottoir de la rue Frontenac, devant le bâtiment abritant autrefois la pharmacie Jean Coutu et certaines boiseries intérieures. Certains éléments ont été retenus pour leur référence à la tragédie, comme le menu disposé en façade du restaurant Ariko, qui a littéralement fondu sous la chaleur.
Une fois complétées dans le bloc 2, les mêmes procédures seront appliquées au bloc 3. Au même moment, on entamera la démolition hors sol du bloc 2, suivie de celle des 11 bâtiments du bloc 3. Si tout se passe comme prévu, les 16 bâtiments seront rasés au sol à la fin mars. Il faudra attendre la période du dégel, déterminée en mai par le ministère des Transports, pour débuter les travaux à l’intérieur des sols. Entre temps, précise France Bergeron, on procédera à la démobilisation des équipes de démolition puis à la mobilisation des équipes d’excavation. «Le mois d’avril va également servir de «tampon» advenant de mauvaises conditions climatiques qui entraîneraient des arrêts de chantier», mentionne Paul Benoit.
Les travaux d’excavation consisteront à retirer les solages et la terre souillée, qui sera remplacée par du sable, comme ce fut le cas pour la zone incendiée. «L’avantage du sable, c’est qu’on s’assure ainsi d’avoir un sol propre, de type A. La difficulté avec la terre, c’est que le processus de décontamination biologique prend un certain temps avant d’atteindre un standard convenable à la reconstruction. Du temps qu’on n’a pas», laisse entendre M. Benoit. Selon les termes de son contrat, l’entreprise responsable de la décontamination des terres du centre-ville, entreposées dans le parc industriel, a jusqu’au printemps 2017 pour accomplir sa tâche.
Outre le traitement des sols contaminés, qui représente une dépense d’environ 19 M$, la totalité des travaux déployés pour les bloc 2 et 3 s’élève à 2, 7$. Quant au bloc 4, un secteur non contaminé comprenant 16 bâtiments, la Ville attend l’approbation de cette dépense de quelque
2,2 M$ par le gouvernement provincial pour autoriser la mise en branle des travaux, qui suivraient, en principe, le même calendrier que les autres lots. Le cas échéant, la construction des rues pourrait débuter quelque part en juin.
Si à ce jour les travaux de la zone incendiée et du bloc 1 sont complétés, des procédures légales doivent être accomplies, indiquant que le gouvernement provincial redonne à la Ville l’accès à ces terrains, précise Paul Benoit. «On doit confirmer que les termes de l’ordonnance ont été rencontrés, que les travaux du secteur sont effectivement terminés. On en est actuellement à cette démarche de confirmation sur le plan légal.» Ce n’est qu’ensuite que la population pourra y accéder et que pourra débuter la reconstruction. Bien qu’aucune date ne soit à ce jour confirmée, la Ville souhaiterait être en mesure de rouvrir au printemps le secteur situé entre le pont Agnès et la rue de la Gare.
Pourrait-on déménager
des bâtiments?
«Techniquement oui, on pourrait déménager des bâtiments. Mais il y a des éléments, notamment de structure, à considérer», répond France Bergeron. «Tu le déménages où le bâtiment? Ça fait partie des contraintes techniques. Il y a aussi des frais assez importants au niveau des fils électriques, de la distance à parcourir. Par ailleurs, certains bâtiments n’auraient pas résisté au déménagement» communique Gilles Bertrand. Il ajoute que dans le cas de la maison anciennement propriété de Cédric Boucher, récemment déménagée de la rue Salaberry à la rue Carillon, les contraintes étaient minimes, d’autant plus que la Ville disposait déjà d’un terrain aux abords de la rivière Chaudière, à proximité du site original de cette demeure, dont la construction remonte à 1879.
Quant à la conservation de certaines façades, on évoque également des contraintes. «Règle générale, lorsqu’on récupère une façade, il y a un projet de construction qui va avec, un plan d’architecture en conséquence. Mais nous n’avons reçu aucun projet du genre», termine M. Bertrand.

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