Colette Roy Laroche en route vers des eaux plus calmes

Colette Roy Laroche en route vers des eaux plus calmes - Claudia Collard : Actualités

Colette Roy Laroche quitte la mairie de Lac-Mégantic, qu’elle occupait depuis novembre 2002.

Durant 13 ans, Colette Roy Laroche a occupé la mairie de Lac-Mégantic. À l’aube de son retrait de sa vie municipale, elle se sent bien avec sa décision. Sereine. Pas de projet précis pour l’instant sinon de prendre le temps de voir la vie passer. De prendre du temps avec ses petits-enfants sans avoir à l’esprit une rencontre ou autre activité liée à ses responsabilités d’élue. Certes son désir de se rendre utile socialement est toujours présent. Mais désormais cette course effrénée est bel et bien terminée.

Celle qui présidait sa dernière séance du conseil le 1er octobre l’avoue, quitter une vie plus que remplie et se retrouver seule du jour au lendemain crée chez elle une certaine incertitude. Son mari, Yvan Laroche, décédé en février dernier, l’accompagnait partout et sa retraite, c’est avec lui qu’elle la projetait. «Il va me falloir apprivoiser cette nouvelle vie et planifier mes sorties autrement, ce que je n’ai pas eu le temps de faire.»

Pas question pour elle de poursuivre en politique municipale par crainte de se retrouver seule. «Je serai restée pour les mauvaises raisons. Après 13 ans, c’est déjà long. Je pensais faire deux mandats, j’en ai fait trois et le troisième a duré six ans dont deux années dans un tourbillon indescriptible. J’ai besoin d’arrêter parce que je suis fatiguée.»

Il s’en est passé des choses durant ses 13 dernières années. L’avènement d’un nouveau système d’approvisionnement en eau potable, l’érection d’un nouveau bâtiment pour l’OTJ, les épisodes d’eau brune… La construction du CSM, dossier dont l’aboutissement a pris 10 ans. «Au début des années 2000, les citoyens voulaient plus de services et les employeurs avaient de la difficulté à recruter de la main-d’œuvre spécialisée. On a réussi à se donner une ville intéressante, accueillante, belle et propre. Malgré notre éloignement des grands centres, malgré la crise du bois d’œuvre, nous avons su garder notre population grâce à une série d’actions mises en place», exprime-t-elle fièrement.

Avant la tragédie, plusieurs dossiers connaissaient un dénouement heureux, témoigne Colette Roy Laroche. «La Bibliothèque était sur le point de se relocaliser, le CEC avait obtenu son statut permanent. La qualité de vie ce n’est pas juste des mots. On oublie rapidement les acquis des 15 dernières années. Je crois que c’est justement parce que cette vitalité était assez forte qu’on a réussi à passer à travers la catastrophe. Les gens ont rapidement agi, même les plus touchés.»

La situation particulière des deux dernières années a commandé des décisions parfois impopulaires de la part des élus municipaux, dont celle entraînant la démolition des bâtiments ayant survécu au sinistre du 6 juillet 2013. Une annonce crève-cœur, convient Colette Roy Laroche. «Mais c’était la meilleure décision, nous en avons la conviction. Le processus précédant cette décision a duré des mois, incluant la recherche d’informations sur la situation environnementale, l’impossibilité d’obtenir des garanties pour l’avenir et l’assurance que les propriétaires touchés obtiendraient une juste compensation. Ça n’avait rien d’un coup de tête: nous devions prendre une décision en fonction des 50, 100 prochaines années.»

Pour la mairesse sortante, le plus difficile a été de composer avec l’insatisfaction de la population en regard de la démarche de participation citoyenne. «La démarche avait comme objectif d’aller chercher un consensus. Dans la prise de décision, il y a des éléments ressortis des rencontres qu’on a dû mettre de côté pour diverses raisons, notamment des considérations urbanistiques et de coût. Par la suite, on a dégagé un consensus. Mais consensus ne signifie pas unanimité; il s’agit plutôt de la vision qui rallie le plus grand nombre possible. Dans le plan directeur, il fallait aussi tenir compte de ce qui était déjà en place à la promenade Papineau et dans le secteur Fatima. On ne pouvait pas rebâtir comme avant. Les gens disent qu’ils n’ont pas été écoutés. J’ai trouvé difficile que ce soit mal compris. Cette démarche, c’était une façon de maintenir l’espoir et le sentiment d’appartenance. C’était une démarche exigeante. Il aurait été bien plus simple de prendre nous-mêmes des décisions. Mais je demeure convaincue que c’était la meilleure façon de faire.»

Celle dont la renommée est désormais outre frontières a accepté de nombreuses invitations afin qu’on n’oublie pas Lac-Mégantic. Une popularité qui faisait partie de la job, dira-t-elle. «En tant que simple citoyenne, j’aimerais retrouver l’anonymat tout en étant consciente que c’est impossible. C’est maintenant que je réalise que c’est dur à porter; je vais devoir apprendre à vivre avec ça.»

À son agenda, quelques travaux dans sa maison, un ou deux voyages… Et non, elle n’a pas de chalet à Magog, ragot qui persiste depuis des mois. «Je ne sais pas d’où vient cette rumeur mais je l’ai encore entendue la semaine dernière. Je n’ai absolument rien à Magog et ça n’a jamais fait partie de mes projets. Les gens entrent dans ta vie personnelle et disent n’importe quoi!», déplore-t-elle.

Même si elle n’a pas de projet précis, Colette Roy Laroche a été sollicitée pour livrer des témoignages, notamment au monde municipal. «J’aime faire des choses qui rapportent aux gens. Raconter notre histoire peut être utile, dans la mesure où ce que tu racontes permet d’en dégager des leçons.» Elle entend aussi profiter des prochaines années pour voir ses enfants et ses petits-enfants.

Mme Roy Laroche était à la barre d’une équipe soudée, au point où la majorité des conseillers ont aussi choisi de quitter la politique municipale. «Une épreuve comme celle-là peut faire que l’équipe éclate ou se soude davantage. On a tous choisi de s’élever au-dessus de nos susceptibilités personnelles et travailler pour le bien commun. La plus grande réussite c’est d’avoir eu un conseil qui a toujours su regarder l’objectif à atteindre pour se relever le plus rapidement possible, à mettre tous les efforts et énergies à la recherche de la meilleure solution. Tous les hommages que j’ai reçus leur reviennent aussi.

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