À fond de train!

Le film, ce dimanche soir à TVA, répondait en tous points aux effets recherchés du cinéma typiquement hollywoodien. Gros suspens autour d’un train de marchandises dangereuses parti à la dérive, à plein régime, alors que le conducteur de locomotive pensait avoir le temps de quitter sa cabine et aller changer lui-même l’aiguillage. Un train conduit par un seul homme, ça se peut! C’est pas juste du cinéma. L’homme un peu maladroit a beau courir, espérant se raccrocher à la rampe, la locomotive fonce déjà droit devant, le laissant le souffle coupé sur le quai de la gare. L’histoire se passe quelque part dans le Connecticut. Les médias s’empressent de suivre par hélicoptère l’histoire en développement d’une catastrophe annoncée, parce que le train fou risque de dérailler quelque part dans une grande ville de plus de 700 000 habitants où la voie ferrée prend une courbe très prononcée. À la vitesse qu’il roule, il va assurément «crasher» en plein milieu, avec full explosions!

Comme pour tout «bon» film, il faut des héros. Dans cette histoire arrangée avec le gars des vues, ils sont deux. Le vieux conducteur à quelques semaines de sa retraite et le jeune qui ne manque pas d’audace, surtout que sa femme veut le laisser! Il n’a donc finalement rien de plus à perdre! Leur solution, tenter de rejoindre le premier convoi, l’accrocher et le ralentir. Typiquement cowboy de penser arrêter au lasso un troupeau de buffles parti au galop. Au final, ils vont pourtant réussir à éviter la pire catastrophe ferroviaire du nord-est américain, avec quelques pertes bien sûr, dont des voitures de police qui s’entrechoquent et partent à la renverse, sans que le spectateur sache trop bien à quoi rimaient ces manœuvres inutiles de poursuite en auto. Pas de crash, pas de mort, pas de déraillement monstre, pas d’explosions! Gros becs aux deux héros puis on passe à la prochaine émission.

Au fond, on a vu pas mal pire ici sans avoir à payer son billet d’entrée au cinéma. Le film À fond de train, je ne voulais pas le manquer. J’avais hâte de voir si la fiction pouvait dépasser la réalité. Déception!
Hollywood aura beau avoir créé des personnages qui voyagent dans l’espace interstellaire, d’autres qui s’échouent sur la planète Mars, d’autres encore qui survolent les gratte-ciel sans filet, personne n’a été capable de prévoir ni recréer la longue nuit de Mégantic. Trop hors norme pour concentrer cela dans un format de 90 minutes.

Depuis le temps qu’on en parle, il faudrait passer à autre chose, vous me direz. Bien d’accord. Ici, beaucoup de monde appréhende le troisième anniversaire de la tragédie, dans un mois. Beaucoup de monde ont déjà ou veulent tourner la page au plus sacrant. Mais, ce n’est pas si facile.
Encore aujourd’hui, ce vendredi, il y a le Comité permanent des Transports, de l’Infrastructure et des collectivités de la Chambre des communes qui siège exceptionnellement à Lac-Mégantic, pour étayer son rapport sur la sécurité ferroviaire. Pour que plus jamais cette histoire catastrophe qui a pour nom Lac-Mégantic se reproduise.

Allez savoir! Si, sous le gouvernement conservateur précédent, Transport Canada n’a pas daigné donner suite à l’ensemble des recommandations du Bureau de la sécurité des transports du Canada, peut-être bien que le gouvernement libéral va mettre le poing sur la table et exiger désormais de son ministre des Transports, Marc Garneau, qu’il sorte la tête des nuages pour mieux serrer la vis aux sociétés ferroviaires. Écouter les différents intervenants locaux, l’exercice est bien louable, mais faire entendre raison aux décideurs, c’est une toute autre paire de manches. Surtout que le fédéral croit avoir fait amende honorable en versant 75 millions $ dans le Fonds d’indemnisation des victimes de Lac-Mégantic. Avec ce tour de force incroyable de nier encore une fois toute responsabilité dans la catastrophe. Un baume sur nos blessures, mais pas un aveu de culpabilité directe ou indirecte.

C’est tellement difficile pour les politiciens d’admettre les fautes. Tellement plus facile de verser le pognon des fonds publics, en disant voilà ça devrait suffire pour éviter les poursuites, même si on n’a rien fait de répréhensible.

Faute d’enquête publique et indépendante, personne ne pourra prouver quoi que ce soit dans la responsabilité des uns et des autres. Et pendant ce temps, les trains à la dérive se font de plus en plus nombreux, 42 en 2015, plus élevé que la moyenne. Comme si personne n’avait retenu la leçon. Comme si personne ne voulait voir les solutions.

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