La Bouée

Quelle sera la réplique des humoristes?

«Je suis peut-être un être humain exécrable, mais si j’étais en scène à Juste pour rire cette année, je commencerais mon numéro avec la blague qui a valu une amende à Mike Ward.»

C’est ce que m’écrit un humoriste de Colombie-Britannique à qui j’ai relayé les détails du jugement remporté contre Ward par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) au nom de Jérémy Gabriel – arrêtons de l’appeler «Petit Jérémy», ce n’est plus un enfant.

Mon collègue n’a pas tort. Pas quant à son statut d’être humain, mais en ce qui concerne la marche à suivre maintenant qu’un triste précédent a été ravivé en matière de libre expression au Canada.

Oh, ce n’est pas la première fois qu’on blâme des artistes pour les sévices que des brutes ont infligé à une tierce personne. Les films Clockwork Orange et Natural Born Killers sont déjà passés par là, tout comme le chanteur Marilyn Manson et un grand nombre de rappeurs qu’on a montrés du doigt quand il s’est avéré qu’un tueur aimait leur musique. Ça, c’est si fréquent qu’on se demande pourquoi les boulangeries ne sont pas honnies quand il appert qu’un criminel est friand de petits pains au chocolat.

Non, l’affaire que le duel Gabriel-Ward ramène sous les projecteurs, c’est la charge menée en 1979 contre le caricaturiste du Victoria Times, Robert Bierman, par le ministre provincial des Ressources humaines, William Vander Zalm. Le dessinateur ayant critiqué ses politiques en le dépeignant en train d’arracher les ailes d’une mouche, Vander Zalm avait intenté un procès au journal, et avait même remporté sa bataille en première instance.

Mais c’était sans tenir compte de la solidarité des caricaturistes d’un océan à l’autre. En effet, ce groupe tricoté serré avait alors fait de cette modeste échauffourée une cause d’importance nationale, en publiant coup après coup des versions autrement plus acerbes du dessin original. Et ultimement, la Cour d’appel avait renversé le jugement.

Voilà la trajectoire qui vient de s’amorcer, pour peu que les humoristes du pays en fassent autant au cours des semaines qui viennent. Mais disons-le clairement: ce n’est pas Jérémy Gabriel qui devrait en faire les frais, même s’il accepte, à l’âge adulte, d’être le porte-étendard de cette cause. Le problème est bien plus imputable à la CDPDJ, qui devait bien se douter du risque d’opprobre qu’elle faisait courir au jeune chanteur en se servant de lui comme fer de lance de sa campagne anti-humour.

Aux États-Unis, un nom a même été donné aux conséquences désastreuses de telles représailles pour la personne qui les initie: on appelle ça «l’effet Streisand», en l’honneur d’une poursuite que la diva avait intentée en 2003 afin d’inhiber la diffusion d’un cliché de sa propriété – cela n’avait fait qu’attirer beaucoup d’attention sur la photo en question. C’est ce qui arrive aussi en ce moment même au site journalDeMourréal.com, qui est plus populaire que jamais depuis que Le Journal de Montréal tente de le bâillonner par l’entremise des tribunaux.

Espérons pour Gabriel qu’un «effet Jérémy» ne le fera pas passer à l’histoire de cette façon. Ce serait bien plus cruel que ce qu’on reproche à Mike Ward de lui avoir fait subir.

Charles Montpetit, auteur de «Liberté d’expression: Guide d’utilisation»
Montréal

Pour réagir, Connectez vous Pour réagir, Connectez vous

À lire aussi

  • Vif succès pour le ­Défi 13 heures de hockey à ­Saint-Sébastien
    Sports Hockey

    Vif succès pour le ­Défi 13 heures de hockey à ­Saint-Sébastien

    Richard Vigneault / 10 mars 2026
  • Gros gars : quand procrastination et créativité vont de pair
    Culture Théâtre

    Gros gars : quand procrastination et créativité vont de pair

    Claudia Collard / 10 mars 2026
  • Nouveaux équipements pour la station d’épuration
    Actualités Municipalité

    Nouveaux équipements pour la station d’épuration

    Claudia Collard / 10 mars 2026
  • Un premier contrat pour des travaux à la Place des Bâtisseurs
    Actualités Municipalité

    Un premier contrat pour des travaux à la Place des Bâtisseurs

    Claudia Collard / 10 mars 2026
  • Au ­Grès de la ­Baie : poterie et nature en fusion
    Culture

    Au ­Grès de la ­Baie : poterie et nature en fusion

    Claudia Collard / 10 mars 2026
Identifiez-vous pour commenter Identifiez-vous pour commenter

0 commentaire

  1. Vif succès pour le ­Défi 13 heures de hockey à ­Saint-Sébastien
  2. Gros gars : quand procrastination et créativité vont de pair
  3. Les chantiers de février
  4. Nouveaux équipements pour la station d’épuration
  5. Un premier contrat pour des travaux à la Place des Bâtisseurs
  6. Au ­Grès de la ­Baie : poterie et nature en fusion
  7. Le communautaire « à boutte » !
L’Écho dans la peau
Gros gars : quand procrastination et créativité vont de pair
Recherche d'emplois - Lac-Mégantic
  1. Journalier, chauffeur et opérateur en voirie
    Nantes
  2. RESPONSABLE DU SERVICE DE VOIRIE
    Nantes
  3. Responsable de la coordination clinique
    MRC du Granit
  4. Conseiller.ère en ressources humaines
    Lac-Mégantic
  5. COORDONNATEUR POUR LE SERVICE D’ANIMATION ESTIVALE DE NANTES
    Nantes
Répertoire des entreprises