Crise du bois d’œuvre: des alliés du côté américain

Crise du bois d’œuvre: des alliés du côté américain - Rémi Tremblay : Actualités

Sans entente sur le bois d’œuvre, toutes les scieries canadiennes sont désormais soumises à des taxes à l’exportation vers les États-Unis.

Sur fond de campagne présidentielle américaine où s’affrontent les partisans du protectionnisme, plus républicains, et les démocrates d’apparence plus ouverts au libre marché, le conflit du bois d’œuvre entre les États-Unis et le Canada s’apprête à entamer un nouveau chapitre. Depuis le 13 octobre au matin, l’Accord signé en 2006 ne tient plus. Au cours de la dernière année, les négociations auxquelles prennent part des centaines d’avocats des deux côtés de la frontière n’ont rien donné.

Pour les entreprises frontalières tel Fontaine à Woburn, un seul souhait: que l’exclusion à l’entente dont elles ont bénéficiée jusqu’à maintenant demeure inscrite au nouveau contrat. «Comme elle en a maintenant le droit, la Coalition américaine va sans doute déposer une plainte auprès du Département du commerce. Une enquête va se déclencher. Avant l’élection du prochain président, l’administration actuelle ne signera pas d’entente et ne s’engagera pas dans quelque chose de vraiment concret.»

Pas de panique affichée par le président Nicolas Fontaine. «Le fait d’avoir un pied des deux côtés de la frontière nous confère un avantage non négligeable. On a une voix auprès des sénateurs et du gouverneur du Maine et on s’en sert! Pour le Maine, les frontaliers sont super importants pour l’économie!» En plus de son usine à Woburn, Fontaine en possède une à Stratton, Maine.

L’Accord étant expiré, les privilèges concernant le bois d’œuvre produit à Woburn et exporté à 95% vers les États-Unis tombent automatiquement. Le jour où la plainte sera déposée à Washington, Fontaine sera soumise aux mêmes pénalités.

Quelque 5 milliards de dollars, voilà ce que cela a coûté à l’industrie canadienne avant l’Accord de 2006. Si les entreprises canadiennes ont pu en récupérer 4 milliards $, les pénalités ont quand même fait mal ici comme ailleurs au pays. «À court terme, on va être affaiblis, c’est clair et précis. Ici, honnêtement, je ne vois pas vraiment de changement au niveau des emplois et à la production. Par contre, on a des projets d’investissements à Woburn qui se retrouvent sur la glace, et ça c’est déplorable.»

D’abord et avant tout, une question de précaution financière. «On attend. S’il faut payer 30% de taxes sur ce qu’on exporte, ça va prendre des liquidités. On devient très conservateur dans notre approche de gestion pour être prêt à être en mode survie pendant un bout de temps.»

Ce qui est mis en veilleuse, c’est essentiellement un projet de modernisation des équipements de la scierie qui compte 50 employés.

Le conflit, pense Nicolas Fontaine, peut prendre du temps à se régler. «Même les plus optimistes ne s’attendent pas à ce que les négociations bougent avant le printemps, voire l’automne 2017, le temps de permettre à la nouvelle administration de s’installer.»

Le conflit du bois d’œuvre est aussi lié en grande partie au taux de change. «Avec une devise canadienne aussi basse, c’est assez intéressant d’exporter. Tu vends pour 100$, t’en reçois 130$ !» Un facteur qui accentue la grogne auprès de la Coalition américaine dont les membres accusent les joueurs canadiens de profiter de programmes de subventions des gouvernements sur les droits de coupe et de se livrer à du dumping.

Le coeur du litige est davantage associé aux grandes entreprises opérant dans l’ouest canadien. Plus de la moitié des exportations aux États-Unis vient de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Depuis 1981, quatre ententes ont été signées entre Canadiens et Américains et chaque fois les provinces de l’Atlantique ont été exemptées, ainsi que les entreprises québécoises localisées le long de la frontière, essentiellement entre Sherbrooke et Pohénégamook. Cette fois, c’est toute l’industrie québécoise du bois d’œuvre qui souhaiterait obtenir les mêmes avantages d’exclusion au prochain accord commercial, alors que, jusqu’à tout récemment, les usines non frontalières devaient suivre les règles et payer leur part de taxes, tout en respectant des quotas déterminés.

«Nous, on pouvait livrer sans aucune restriction de taxes, mais nous n’aurions pas pu doubler notre capacité de production, puisque les volumes acceptés étaient basés sur ceux de 2003-2004.»
En plus de ses appuis dans le Maine, Fontaine a également une voix au Conseil de l’industrie forestière du Québec, qui tente entre autres de faire reconnaître le régime forestier québécois par les autorités américaines.

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