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Passer à autre chose?

Non seulement le criminel n’a pas été arrêté, mais on le laisse librement circuler au cœur même de la ville; on lui a non seulement donné une voie - ferrée de surcroît- et un veto, mais aussi le privilège odieux de le traverser en hurlant: «Tassez-vous! Laissez-moi passer: je suis armé!» C’est un peu comme si on laissait, au nom de l’économie, un assassin en liberté en disant aux gens qu’on lui a imposé un pas ralenti et un bracelet électronique qui le suit à la trace. Hors, ce même ON « ottawouin » était pourtant censé l’avoir à l’œil avant la tragédie du 6 juillet. C’est vous dire que je suis rassuré.

Merci au comité de travail sur la sécurité ferroviaire pour sa conviction tenace, merci de se préoccuper non seulement du bien commun mais aussi du commun des mortels, d’avoir compris que pour rêver, il faut d’abord retrouver le sommeil, non pas celui béat de l’innocence mais celui de la justice réparatrice. En réclamant une voie de contournement, vous avez compris que les mesures de sécurité, les lois et les règlements, bien que nécessaires, restent une solution aléatoire parce que, tôt ou tard, la déréglementation reviendra à la mode: éternel jeu du balancier; constatez ce qui se passe actuellement dans les hôpitaux où on revient à la structure centralisatrice, parfois au détriment du bon sens.

De plus, nous savons tous que l’erreur est humaine, que l’appât du gain restera une triste réalité et que le bête calcul des probabilités est une forme de sécheresse du cœur. Finalement, il faudrait qu’on réalise que nous ne sommes pas que de vulgaires statistiques, mais des hommes et des femmes avec leurs amours, leurs enfants, leurs espoirs et leurs rêves.

Comme ce n’est pas assez d’avoir rendu possible la destruction d’une ville par négligence règlementaire et citernes explosives interposées, voudrait-on maintenant en hypothéquer la vie en lui coupant la respiration? La situation est d’autant plus aberrante que les longs convois n’encercleront plus désormais les commerces que l’on a sortis de l’arène infernale mais la vie elle-même, celle des locataires et propriétaires de la rue Frontenac qui devient résidentielle par la force des choses. On parle ici de vies inter-reliées où les drames humains ont des conséquences à effet domino. Il suffirait qu’un rail cède sous l’effet du froid ou qu’un camion-remorque manque des freins et percute un wagon citerne. Sachant cela, pourquoi ne met-on pas plus d’énergie à exiger une voie ferrée d’évitement? Faut-il le souligner, la question fait référence à nos valeurs morales.

Si la mobilisation citoyenne obligeait les convois à contourner la ville –simple question de respect de soi- nous aurions enfin l’impression d’obtenir un minimum de justice et la possibilité de passer à autre chose, nous aussi. Le cas de Lac-Mégantic est unique, exceptionnel: il faut donc une solution unique et exceptionnelle. Il n’y a pas de précédent à craindre SAUF celui d’un gouvernement qui joue l’innocent sans l’être et qui s’en lave les mains comme le dernier des Ponce Pilate. Ce précédent là est par nature insensé; voilà pourquoi nous n’avons pas le droit de nous taire tous autant que nous sommes.

Nous avons aussi un devoir de reconnaissance envers ceux qui nous ont soutenus. Ils attendent de nous que nous exigions rien de moins que la justice réparatrice soit une réalité parce que le destin des uns et des autres est déjà sur la voie. Qui sera la prochaine victime, deux fois plutôt qu’une? Le coût de la voie de contournement au niveau du budget fédéral est de l’ordre de la décimale. Ce serait donc la moindre des choses qu’il répare ses erreurs et fasse enfin preuve d’humanité. Souvenez-vous de la crise de 2008 où l’état a subventionné des institutions voyous. Complicité après le fait. Aujourd’hui, c’est Québec qui allonge 620 millions pour nettoyer le dépotoir des minières. Il me semble que le citoyen devrait avoir droit à un minimum de respect, non pas au chantage.

Ici, les mesures de sécurité ont quelque chose de cynique: elles arrivent trop tard et ne changent rien ni à la topographie des lieux où les pentes nord et sud restent une menace, ni aux profits et dividendes à verser aux actionnaires assoiffés –nous sommes bien placés pour le savoir- ni à la bêtise humaine du pied de l’échelle au haut de celle-ci, là encore, nous en savons quelque chose.

Nous avions un centre-ville vivant, si nous voulons le voir revivre, il faut que le train disparaisse de notre vue afin de lui conférer l’UNITÉ essentielle à sa survie, celle qu’il avait avant le 6 juillet 2013. La rue Frontenac constituait alors un tout où commerces, services et habitation se partageaient l’espace, où le va-et-vient allait au-delà des heures d’ouverture assurant ainsi la sécurité et l’animation de la rue. Aujourd’hui, l’essentiel des commerces se trouve sur Papineau; les grandes chaînes, sur Salaberry; les services et les gens, parqués sur Frontenac. Ainsi dispersés, la cohésion s’avère un réel problème.
Le pont ferroviaire, le viaduc et le talus sont de véritables obstacles à l’équilibre nécessaire à la survie du centre-ville. Il ne suffit pas de planter des commerces ici et là et de semer des services, il faut insuffler la vie. Embrasser du regard, c’est une manière de briser l’isolement des parties, de créer le tout nécessaire. Le défi qui nous reste à relever, c’est celui-là. Le développement durable ne peut se limiter aux plans et devis, il doit s’intéresser à la vie.
Faute d’avoir le centre-ville que nous avions ou celui dont nous avons rêvé, pourrait-on donner une chance à ce que nous sommes en train de créer parce que si le bébé survit et prend des forces, la famille ne s’en portera que mieux. Un centre-ville aussi grand pour une petite ville comme la nôtre, c’est un risque énorme : donnons-lui une chance. Nous n’avons pas demandé ce qui nous arrive; nous aurions tous été plus heureux sans ça. Qu’on nous donne les conditions pour que la vie reprenne son cours normal parce au-delà des infrastructures et de l’architecture, elle se cherche une âme.

La voie de contournement, en plus d’être une question de santé mentale, de sécurité et de justice est aussi une question de survie. Il faut tricoter serré ce chandail X large. Est-ce trop demander de retrouver la vie que nous avions? Est-ce trop demander qu’on lui donne la chance de reprendre racine dans la convivialité qu’on lui connaissait? Qu’attendons-nous pour nous arracher du cœur ce maudit chemin de croix?

À ces gens qui utilisent le calcul des probabilités pour s’opposer à la dépense, j’aimerais rappeler qu’ils achètent pourtant – en toute incohérence- des billets de loterie malgré la chance infinitésimale de gagner le gros lot: une sur 14 millions. Une chance sur 14 millions!

J’aimerais aussi leur rappeler ainsi qu’à ceux qui aiment se donner la crédibilité des chiffres poudre aux yeux, que ce sont ces calculs mêmes mesquins qui nous ont menés à la catastrophe. Si nous avons quelque chose à apprendre de l’histoire, c’est cette vérité là.

Paul Dostie

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