BANQ

Erreur tactique?

J’accroche encore beaucoup sur la langue de Shakespeare. Mais il y a des phrases choc qui me restent familières, genre «To be or not to be, that is the question !» Ou encore «Houston, we have a problem.» Une oreille avertie en vaut deux. Surtout que l’autre jour, j’ai eu besoin de plonger dans mes connaissances de base de «la» langue officielle du Canada. De bien étrange façon! Je vous raconte: c’est jeudi matin. La veille aux nouvelles télé on parle de l’arrêt Jordan de la cour suprême qui pourrait être invoqué dans le dossier des trois accusés de la MMA dont le procès est fixé à l’automne 2017! Il est question d’une rencontre, jeudi, entre les principales parties en cause, procureurs et avocats de la défense. Je me dis qu’en arrivant au palais de justice de Lac-Mégantic (parce que je présume que c’est là que se tient la rencontre) je vais m’engouffrer à travers une meute de journalistes venus, malgré les conditions météo, s’approprier le show! Bizarre, pas de trace de véhicules lettrés de LCN, TVA ou Radio-Canada dans le stationnement de l’hôtel de ville. Je monte quand même au deuxième étage et, surprise, personne dans la salle des pas perdus. Dans le corridor menant aux bureaux de la Justice, je croise un agent de sécurité! L’homme me rassure, des avocats dans la grande salle ont parlé de MMA et ils attendent l’arrivée du juge. Étrange tout de même: zéro public, zéro caméra, zéro journaliste! Quand la voix sur l’interphone annonce le début de l’audience, j’entre par la grande porte. Des avocats des deux côtés de la table, et le juge Martin Bureau qui préside la séance! Face à eux, des chaises vides, sauf quelqu’un qui semble être également avocat. Un autre observateur entrera quelques minutes plus tard.

Où suis-je? Que fais-je? Les débats débutent. En fait, le juge Bureau est là pour entendre une requête du Canadien Pacifique concernant l’action en justice intentée contre la compagnie de chemin de fer par le Recours collectif Lac-Mégantic.

La parole est à l’avocat du requérant. Un maître de l’éloquence et des plaidoiries, de toute évidence bien payé pour être bon! Aucun doute là-dessus. L’homme est francophone, sans accent, et présente sa requête avec prestance. D’abord la flatterie: «Le juge est un architecte…», déployant sa plaidoirie autour du fait que les représentants du Recours collectif n’ont pas obtempéré à l’ordonnance du juge, émise en mai 2015, de publier un avis dans certains journaux, essentiel selon lui. «Votre jugement n’a pas été respecté. L’avis n’a pas été publié.»

En ayant fait défaut de publier l’avis, dit-il, les représentants du Recours collectif ont ainsi privé les membres du droit d’aller en appel! Il y a donc un vice de procédure qui doit être réparé. En fait, le représentant du CP prend la défense des membres du Recours collectif dont les droits, y compris le droit d’exclusion, ont été bafoués.

Puis, le juge se tourne vers l’avocat du Recours collectif, Me .. Petit rappel, le Recours collectif regroupe plus de la moitié de la population de Lac-Mégantic. Des gens qui réclament et qui ont obtenu des indemnités pour dommages moraux, dommages matériels ou physiques en lien avec la tragédie ferroviaire. Des membres du recours collectif qui sont, est-ce nécessaire de le rappeler, à 99,98% des francophones parlant français. Vous me voyez venir? Me Jeff … est membre du cabinet , de Toronto. C’est lui qui
J’ai beau saisir une partie de sa plaidoirie, je ne suis pas assez familier pour tout saisir. Heureusement, le juge, un parfait bilingue, se fait un point d’honneur de répondre à ses arguments en… français, sachant fort bien que l’unilingue anglophone ne pourra saisir toutes les subtilités de la langue de Molière. Toute une leçon!

Parlant des membres qui se sont exclus du Recours collectif, et ils sont nombreux, le juge lancera cette flèche à l’endroit de l’avocat: «Ils ont fait leur lit, ils s’y couchent! Pourquoi continuer de les harceler?» Le monde à l’envers! Et le juge en remet: «Vous voudriez être les représentants de gens qui ont dit qu’ils ne veulent rien savoir? Un peu comme si vous vouliez représenter des gens qui ne veulent pas être représentés!»
Puis, au beau milieu du dialogue sur l’avis non publié malgré l’ordonnance, je crois entendre «That’s your problem» de la bouche de l’avocat du Recours pointant le juge. Scène digne d’un roman de Kafka! Le procès que j’ai eu beau commencé à lire étant jeune, sans jamais avoir le courage de terminer. Je sais, la vie est parfois aussi absurde qu’un roman de Kafka!

Revenu au bureau, j’ai essayé d’imaginer le procès, le nôtre, celui des employés de la MMA, prévu débuter en septembre 2017 pour une durée de trois mois ! Puis j’ai fait comme avec le roman, je me suis découragé. Finalement peut-être bien que l’arrêt des procédures est la seule solution logique avant de tomber dans un drame kafkaïen.

Pour réagir, Connectez vous Pour réagir, Connectez vous

À lire aussi

  • Du soutien bien accueilli au CHSLD de Lambton
    Actualités

    Du soutien bien accueilli au CHSLD de Lambton

    Rémi Tremblay / 24 septembre 2020
  • Luc Berthold déplore l’«improvisation» fédérale
    Actualités

    Luc Berthold déplore l’«improvisation» fédérale

    Rémi Tremblay / 24 septembre 2020
  • Territoire huron-wendat:  les municipalités devront faire avec!
    Actualités

    Territoire huron-wendat: les municipalités devront faire avec!

    Rémi Tremblay / 24 septembre 2020
  • Un mois de culture à Lac-Mégantic
    Culture

    Un mois de culture à Lac-Mégantic

    Claudia Collard / 24 septembre 2020
  • Des racines au mouvement  des Incroyables comestibles
    Actualités Société

    Des racines au mouvement des Incroyables comestibles

    Claudia Collard / 24 septembre 2020
Identifiez-vous pour commenter Identifiez-vous pour commenter

0 commentaire

  1. Du soutien bien accueilli au CHSLD de Lambton
  2. Luc Berthold déplore l’«improvisation» fédérale
  3. Territoire huron-wendat: les municipalités devront faire avec!
  4. Un mois de culture à Lac-Mégantic
  5. Des racines au mouvement des Incroyables comestibles
  6. Pour une couverture cellulaire optimale sur l’ensemble du territoire granitois
  7. Œuvres de Wynne Parkin en exposition
«Notre magnifique territoire»
Un mois de culture à Lac-Mégantic
Recherche d'emplois - Lac-Mégantic
  1. Appariteur concierge au Centre sportif Mégantic (2 postes)
    Lac-Mégantic
  2. Collaborateur(trice) juridique
    Lac-Mégantic
  3. Hygiéniste dentaire
    Lac-Mégantic
  4. Manoeuvre/agent d’entretien de la voie - Lac-Mégantic
    Lac-Mégantic
  5. Plusieurs postes disponibles
    Lac-Mégantic
Répertoire des entreprises