Le vrai coupable… Monsieur Si!

J’aurai bientôt 70 printemps et j’ai toujours été passionné par le chemin de fer. Faut dire qu’il traversait la ferme familiale! Enfant, je m’attardais longuement à regarder ces grosses locomotives au charbon qui crachaient une épaisse fumée noire lorsqu’elles forçaient de toute vapeur pour monter vers Nantes.
Je connaissais bien les tracasseries rencontrées au jour le jour par les travailleurs du chemin de fer dans la région, puisque je les côtoyais au B-B Curb, au bar Le Foyer puis à l’Eau Berge où ils passaient la nuit entre deux trains. Ainsi, je connaissais les accusés et plusieurs témoins appelés à la barre.

J’ai choisi de rester ici, déclinant un voyage possible en Martinique, parce que je désirais plus que tout suivre ce procès de près pour avoir réponse à toutes mes questions, même les plus subtiles. C’était nécessaire à mon rétablissement, pour retrouver la paix intérieure et tourner la page.

J’ai fait mon gros possible pour me rendre une fois par semaine assister au procès et tous les jours où il y a eu plaidoiries ! J’ai été comblé par le professionnalisme que j’ai pu voir tout au long de cet exercice juridique.

Je n’ai pas été surpris du verdict, puisque je savais que ce n’était pas eux les coupables. Mais je crois pouvoir le nommer! Il a un nom court et une personnalité difficile à définir! Un nom qui sonne asiatique. Est-ce un Chinois, un Vietnamien? Pas du tout ! Il est bien Canadien ou Américain! Je le nommerai Monsieur Si!

Si… le gouvernement fédéral n’avait pas privatisé les chemins de fer… pour faire des compagnies de services, des compagnies à but lucratif! Si… le gouvernement fédéral n’avait pas déréglementé les chemins de fer au lieu de les moderniser et donné tous droits aux compagnies de faire leur propre réglementation. Si… le gouvernement fédéral n’avait pas mis au rancart les règlements de sécurité élaborés depuis le début des chemins de fer.

Si… le gouvernement fédéral n’avait pas démantelé Transports Canada et ainsi entrainer la perte de son expertise! Si… MMA n’avait pas mis en place le «one man crew» autorisé ! Si… MMA n’avait pas pris l’habitude de laisser traîner, sur la voie principale, des convois laissés sans surveillance, en haut de la pente à Nantes ! Si… le matériel utilisé par MMA avait été bien entretenu et en bonnes conditions : locomotives, rails, traverses, freins… Si… la locomotive 5017 avait été retirée de ses fonctions à Farnham et envoyée dans une cour de pièces d’occasion! Si… Demaître avait été informé de l’état de la locomotive de tête, la 5017 ! Si… Daigle avait remis le rapport sur la 5017 à Demaître, au lieu de le faxer à l’office dans le Maine ! Si… le feu n’avait pas pris dans la locomotive 5017 ! Si… les pompiers n’avaient pas été obligés d’arrêter le moteur de la locomotive 5017 pour éteindre le feu!

Si… la communication avait été parfaite et complète entre les divers intervenants : SQ, les employés de la MMA de Farnham, les pompiers de Nantes, Busque et Thomas Harding ! Il faut se rappeler qu’eux n’ont eu que quelques minutes pour prendre des décisions ! Une longue chaîne de commandement où il y a eu des erreurs commises à chaque maillon et on accuse les premiers maillons ! Nous, on a eu quatre ans et demi, un rapport du BST, un procès de trois mois!

Si… il y avait eu plus de freins à main ! Notez que MMA exigeait 10% plus un ; l’expert parlait de 11 à 14, le BST de 21 à 26 ! Il faut savoir que l’autre train stationné à la «siding» Vachon était garé comme celui de Nantes ! Soit une locomotive active et cinq freins à mains pour 84 wagons… Ça en dit long !
Si… les freins de pénalité avaient été fonctionnels, connectés (3e système de sécurité). Si… Thomas Harding avait été informé que la locomotive de tête, la 5017, avait été arrêtée ! Si… Labrie avait dépêché Harding pour retourner prendre charge de la situation à Nantes. Si… il y avait eu deux employés pour garer ce train et faire de bons tests complets. Et combien de si… encore!

Thomas Harding avait déjà été réprimandé parce qu’il mettait… trop de freins à main ou les freins de pénalité ! Après avoir réussi à rendre son train à Nantes, avec beaucoup de difficulté et plus de 10 heures de travail, il a fait son possible ! Le train ne devait pas en principe dépasser 6 000 tonnes ; dans les faits, il en pesait plus de 10 000!

On a rationnalisé et encore rationnalisé, étiré l’élastique au maximum ! Il a pété ici, à Lac-Mégantic, à 01h10. J’ai été témoin de cette catastrophe. Je revenais à pied du Musi-Café et venait juste de traverser la voie ferrée quand ce train fou m’a manqué de peu, puis déraillé et explosé. Quel cauchemar!

Je comprends bien ceux qui n’ont pas suivi le procès sur place, ceux qui l’ont suivi dans les journaux, où chaque texte commençait par la même phrase : «Au procès de Tom Harding, Richard Labrie et Jean Demaître, accusés de négligence criminelle ayant causé la mort lors de l’explosion d’un train à Lac-Mégantic…»

À force de lire au début de chaque article cette phrase répétitive, les lecteurs ont fini par croire, après trois mois de procès, à un verdict de culpabilité. Ceux qui n’ont pas suivi le procès sur place et eu droit à toute l’information, ont été surpris du verdict de non culpabilité, c’est compréhensible!

Moi, je suis heureux du verdict, content d’avoir assisté à ce procès, d’avoir vu la Couronne et les avocats des accusés s’affronter sous le regard attentif d’un juge et d’un jury attentif et d’avoir assisté à un exercice juridique d’un professionnalisme hors de tout doute.

Aussi, je crois que les trois accusés qui ont enduré ces tracasseries depuis quatre ans et demi, et qui ont payé un lourd tribut, on peut les considérer sur la liste des victimes de cette tragédie.

Gilles Fluet
Lac-Mégantic

Pour réagir, Connectez vous Pour réagir, Connectez vous

À lire aussi

  • Du soutien bien accueilli au CHSLD de Lambton
    Actualités

    Du soutien bien accueilli au CHSLD de Lambton

    Rémi Tremblay / 24 septembre 2020
  • Luc Berthold déplore l’«improvisation» fédérale
    Actualités

    Luc Berthold déplore l’«improvisation» fédérale

    Rémi Tremblay / 24 septembre 2020
  • Territoire huron-wendat:  les municipalités devront faire avec!
    Actualités

    Territoire huron-wendat: les municipalités devront faire avec!

    Rémi Tremblay / 24 septembre 2020
  • Un mois de culture à Lac-Mégantic
    Culture

    Un mois de culture à Lac-Mégantic

    Claudia Collard / 24 septembre 2020
  • Des racines au mouvement  des Incroyables comestibles
    Actualités Société

    Des racines au mouvement des Incroyables comestibles

    Claudia Collard / 24 septembre 2020
Identifiez-vous pour commenter Identifiez-vous pour commenter

4 commentaires

  1. Daniel Fortin

    Très bien expliqué et dis BRAVO Gilles??????

    Répondre 2018-02-04
    • bright mrazova

      Le soir a du 7 juillet a 1:13 exactement ont débuter les premiers signes de cette catastrophe ferroviaire ..Notre rue Frontenac connaissait les effets d'une Bombe Atomic Comme Mr Fluet à précisé...ns venions à peine de quitter le centre ville rue Frontenac...une fois arrivé au dessus de la rue Salaberry ...la terre s'est mise a trembler suite a ces décharges des wagons rempli de Mazout et de matières chimiques...J'entend encore des cris,,.des hurlements ...Seigneur ces images et ces cris ont été pour moi un vrai cauchemar telle a ceux de notre regretté Yvon Ricard! ......Pour ma part ce n'est pas un ACCIDENT OH non! Avec des wagons mal identifiés au départ ..je vous laisse libre jugement!?..Les VRAIS COUPABLES se sont pas ces hommes ..dont vous avez brimé la vie et JUGÉ gratuitement..! Cherchez AU-DESSUS ! Vous êtes sur la mauvaise VOIE depuis le début de cette affaire!

      Répondre 2018-02-03
      • Mario Pouliot

        Excellent texte et résumé clair et lucide de toute cette affaire depuis la nuit fatidique du 6 juillet 2013. J'ai toujours pensé que les trois accusés n'étaient que des boucs émissaires jetés en pâture aux méganticois et méganticoises . Quand les paliers supérieurs de la MMA et les responsables gouvernementaux font preuve de laxisme, d'incompétence à évaluer les dangers, de manque de clairvoyance et de jugeote élémentaire, ils créent toutes les conditions pour que les employés (ou les subordonnés) ne puissent éviter l'inévitable. Dans les piètres conditions mises en place par les autorités supérieures de la MMA, de connivence et avec la bénédiction des autorités du ministère canadien des Transports, les trois accusés ne pouvaient rien changer à la culture de l'entreprise et ce qui devait arriver arriva. C'est la démonstration éloquente mais profondément dramatique de la loi de Murphy qui affirme que "Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal".

        Répondre 2018-02-03
        • LUCIE TRUDEL

          Un très beau texte M. Fluet. J'ai cru lire ce que mon père m'avait déja mentionné lorsqu'il travaillait pour le CPR. Il avait vu juste.

          Répondre 2018-02-01
          1. Du soutien bien accueilli au CHSLD de Lambton
          2. Luc Berthold déplore l’«improvisation» fédérale
          3. Territoire huron-wendat: les municipalités devront faire avec!
          4. Un mois de culture à Lac-Mégantic
          5. Des racines au mouvement des Incroyables comestibles
          6. Pour une couverture cellulaire optimale sur l’ensemble du territoire granitois
          7. Œuvres de Wynne Parkin en exposition
          «Notre magnifique territoire»
          Un mois de culture à Lac-Mégantic
          Recherche d'emplois - Lac-Mégantic
          1. Appariteur concierge au Centre sportif Mégantic (2 postes)
            Lac-Mégantic
          2. Collaborateur(trice) juridique
            Lac-Mégantic
          3. Hygiéniste dentaire
            Lac-Mégantic
          4. Manoeuvre/agent d’entretien de la voie - Lac-Mégantic
            Lac-Mégantic
          5. Plusieurs postes disponibles
            Lac-Mégantic
          Répertoire des entreprises