Promutuel

La salle de rédaction

C’est une véritable tempête qui a soufflé sur les médias écrits ces dernières années. Achats, ventes, fusions, fermetures, transformations au format numérique. Une crise qui a fini par ramener à l’avant-plan le rôle crucial des salles de rédaction. À une époque pas si lointaine, l’industrie québécoise des hebdos était le théâtre d’une guerre de territoires entre deux empires, celui de Quebecor et celui de Transcontinental. Le but de la bataille était d’exploiter tout le potentiel publicitaire dans les petits marchés locaux. Le sort de l’information n’était pas un véritable enjeu. À eux deux, les empires pénétraient gratis dans presque 80% des demeures québécoises. Les hebdos restés indépendants, tel l’Écho, ne brassaient pas l’eau, demeurés fidèles à une mission héritée du fondateur et transmise de génération en génération. Dans ta petite barque, laisser passer le paquebot qui fonce au large en pagayant fort pour éviter qu’une vague dans son sillage te jette à l’eau. Plusieurs s’y sont noyés.

J’ai souvenir de ces congrès d’Hebdos Québec où Pierre Péladeau, le père de Pierre-Karl, assistait à la cérémonie de remise des prix, heureux du succès des journalistes, même de ceux qui ne travaillaient pas pour lui. Il avait à cœur le travail des salles de rédaction. Il respectait ceux et celles qui écrivent les nouvelles sur un journal en papier. Tout aussi vrai que Paul Desmarais, dans le bon vieux temps, savait apprécier le petit journal local… quand il prenait le temps de le lire! Il en avait fait part personnellement à mon ancien patron, sans chercher à le flatter ni à le contrôler.

La semaine passée, à la remise des Grands Prix des Hebdos, à Saint-Hyacinthe, l’Écho a bien figuré. Six certificats dont un premier prix pour ma collègue Claudia.

Je vous raconte ça parce que nous étions au royaume de Benoit Chartier, le président de DBC Communications, qui possède entre autres le Courrier de St-Hyacinthe, le doyen de la presse francophone en Amérique du Nord. Juste pour vous faire une idée de sa longévité, l’Écho aura 90 ans l’an prochain; le Courrier en a 155 cette année. Benoit Chartier a du front, un front de bœuf. Dans le restaurant-bar du Sheraton, le grand hôtel ouvert depuis tout juste deux semaines, accolé au Centre des congrès de St-Hyacinthe, il montre du doigt un homme au fond de la salle. Il fait trop noir. Trop de bruit. Je ne vois rien. Il m’explique que c’est à lui l’hôtel, à Marc Bibeau, l’ex-grand argentier du Parti libéral du Québec, un nom maintes fois cité à la Commission Charbonneau. Tu me niaises? Non, même pas ! L’éditeur du Courrier a révélé les dessous de cette association gênante entre Bibeau et la Ville de Saint-Hyacinthe pour la construction du Centre des congrès pour lequel la Ville a emprunté 25 millions de dollars de l’argent des contribuables. C’est pas trop cher payer pour mettre sa ville sur la map. Ce qui a valu à Chartier deux ou trois mises en demeure de se la fermer, ce que l’éditeur a refusé de faire.

Le Centre des congrès est vaste. Magnifique. Les deux bâtiments sont annexés de l’intérieur. De sorte que t’as pas vraiment besoin de mettre le nez dehors entre ta chambre d’hôtel et les salles de congrès. Dans quelques temps, une passerelle va même permettre aux congressistes d’accéder directement au centre d’achat qui appartient, vous l’aurez sans doute deviné, à la famille Bibeau.

Les salles de rédaction sont les derniers remparts de la démocratie, semble-t-il. Benoît Chartier, le président d’Hebdos Québec, l’a dit et répété. Content de l’entendre, ça rassure! Et tout aussi content de voir que partout où il y a des hebdos, il y a des histoires à raconter, des mystères à creuser, des confidences à recueillir et des serrures qui ne veulent pas s’ouvrir.

Mais, même pour un séjour d’à peine 24 heures hors de Lac-Mégantic, je n’ai pas pu m’empêcher de rêver à mon centre-ville. À son projet d’hôtel, à l’ambition qu’un bâtisseur local avait de construire un genre de centre de congrès à Lac-Mégantic. Juste le hall d’entrée du Sheraton couvre la superficie disponible entre la rue Frontenac et le boulevard des Vétérans. Juste le hall d’entrée! La salle des pas perdus! Saint-Hyacinthe, c’est quand même à peine moins de 60 000 personnes. Mais tellement bien située, le long de la Transcanadienne, à 20 minutes de Montréal, une fois sorti de l’île!

Lac-Mégantic a récemment lancé un appel de projet hôtelier. Les élus veulent que le dossier avance. La mairesse Julie l’a dit clairement : «La réalisation d’un hôtel est essentielle pour notre communauté et servira de levier à la relance économique du centre-ville.» Le 10 juin, la Ville aura une bonne idée de qui seront les investisseurs choisis pour lever le projet. Y aura-t-il de l’argent public en jeu? Attendons voir! Mais si c’est le cas, le conseil municipal devra faire preuve de transparence.

De la salle de rédaction de l’Écho, on entend arriver le train. On voit circuler les wagons le long de la rue Cartier. On vibre au rythme des chantiers qui se mettent en marche dans le centre-ville historique. On se met à l’écoute des contents comme des pas contents de la voie de contournement ferroviaire. Le plus gratifiant, à la fin d’une journée, c’est de retrouver le calme de son chez-soi. Ce que la Ville sera un jour, quand tous les morceaux de notre nouvel environnement urbain se seront mis en place.

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