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Soleil, plage... et nuages sur Haïti

Soleil, plage... et nuages sur Haïti - Rémi Tremblay : Actualités
Le groupe de voyageurs, en attendant l'hélicoptère pour le départ.
Soleil, plage... et nuages sur Haïti - Rémi Tremblay : Actualités
Telle mère, telle fille! Isabelle Boulanger a hérité du sens de l’organisation de sa mère, Yolande, qui a 33 ans de métier à titre d’accompagnatrice de voyage.

La première expérience dans le Sud d’Isabelle Boulanger à titre d’accompagnatrice, responsable de tout un groupe de 14 voyageurs de la région de Mégantic et de quatre autres en provenance de Drummondville sur la destination vacances d’Haïti, n’a pas été de tout repos. Le chaos à Port-au-Prince, la capitale, a fini par jeter de l’ombre sur les toutes dernières heures de leur séjour, somme toute agréable. «Elle est allée à la bonne école», lance sourire en coin sa mère Yolande, restée à Lac-Mégantic, sans jamais trop s’inquiéter. Et avec raison!

Arrivés le 3 février au cœur de la perle des Antilles, pour gagner le Royal Decameron à Montrouis, sur la Côte des Arcadins, les touristes méganticois devaient revenir au froid le 17. Le vol de retour d’Air Transat les a déposés à Montréal vingt-quatre heures plus tôt que prévu, au terme d’un processus ardu mettant en vedette, au Québec, des acteurs tels le député fédéral Luc Berthold, le député provincial François Jacques et le cabinet du premier ministre François Legault, tous accrochés durant trois jours à leur téléphone.

Là-bas, les vacanciers étaient loin de se douter du branle-bas de combat quasi diplomatique déclenché le jour même de la Saint-Valentin, à la suite des bulletins de nouvelles sur les violentes manifestations ayant fait des morts sur la route de Port-au-Prince, obligeant même le Canada à fermer son ambassade et à inscrire un code rouge sur ce pays.

«Officiellement, on était toujours en vacances. Le soleil, la plage, la nourriture et une sécurité discrète mais bien présente», raconte Isabelle Boulanger.

Le lendemain, dans le milieu de l’après-midi, elle et son conjoint René étaient dans leur chambre, fuyant non pas le danger mais bien un soleil trop fort, quand le téléphone a sonné. Informé le matin même de la présence d’un groupe de concitoyens de sa circonscription, le député fédéral Luc Berthold venait aux nouvelles. «Vous m’appelez en tout temps, on travaille sur un plan d’évacuation», leur a-t-il annoncé. Le député provincial de Mégantic François Jacques a fait de même dès le lendemain. «En fait, le seul moment d’inquiétude, dira l’accompagnatrice à son retour, c’est quand on a commencé à réaliser que les bulletins de nouvelles chez nous en parlaient beaucoup. Éloignés à une heure et trente de route de la capitale, on était plutôt bien. C’était pas stressant! Mais on a senti qu’il fallait rassurer nos familles avant de retourner à la plage.» La situation des voyageurs québécois était décrite sur fond d’images tournant en boucle rapportant les scènes de violence dans la capitale. À plus de 70 kilomètres des scènes de pillage, Isabelle Boulanger était en communication constante par téléphone et textos avec «ses» deux députés à qui elle lève son chapeau. «En fait, on n’était ni coincés, ni barricadés. Les vacances se poursuivaient, avec quelques changements au programme. Jamais les membres de notre groupe se sont sentis menacés. J’avais les deux paliers de gouvernement avec moi. Ils me tenaient au courant des développements presque d’heure en heure. Un soir, j’ai texté jusqu’à 23h30 avec Luc Berthold.»

À son hôtel, l’accompagnatrice recevait plus d’informations provenant du Québec que la représentante d’Air Transat de sa compagnie. «Elle devait me tenir au courant des développements et le vendredi, la directive qu’elle recevait c’était qu’il n’y avait plus personne qui pouvait sortir du site jusqu’à nouvel ordre.»

Isabelle Boulanger apprendra de source gouvernementale qu’Air Transat avait préparé deux scénarios d’évacuation de ses voyageurs autres que par voie terrestre. «Air Transat a songé à faire évacuer les vacanciers jusqu’à Saint-Domingue, en République dominicaine. Il était aussi question de venir nous chercher en bateau.» L’information était vraie, mais les scénarios qui devaient être tenus secrets ont été repris dans les médias et la compagnie a jugé préférable de les abandonner, craignant que les manifestants s’en prennent directement aux touristes.

Le samedi, 16 février, les membres du groupe ont été amenés en hélicoptère jusqu’à l’aéroport où les attendait un avion d’Air Transat, avec à son bord les dirigeants de la compagnie aérienne venus les accueillir. Fin de l’histoire ? C’est bien mal connaître la digne fille de Yolande, surnommée «maman» par ses clients, qui a elle-même à son carnet de bord 33 ans de métier. «Il y avait à notre hôtel une petite famille québécoise arrivée à l’île sur un vol d’Air Canada. Le papa haïtien d’origine, la mère et leurs trois enfants, dont le petit William âgé d’à peine six semaines. Comme ils n’étaient pas sur la liste des passagers d’Air Transat, la compagnie refusait de les transférer par l’hélicoptère nolisé pour nous.» Isabelle s’est donné une nouvelle mission et le précieux téléphone a repris du service. «Laisse-moi faire, je te rappelle», a lancé Luc Berthold à l’autre bout du fil. «Québec ramène à la maison les Québécois, ils sont Québécois, donc il fallait qu’ils sortent, c’était ma logique.» Nouvelle salve d’échanges gouvernementaux qui finalement portera fruit. «La famille St-Louis a dû louer elle-même un hélicoptère et réserver un siège sur un vol de Delta devant atterrir à JFK, à New York. Et se débrouiller à partir de là pour regagner Montréal.» Alors que les St-Louis étaient en file pour rejoindre leur vol, un préposé d’Air Transat est allé les chercher. «Vous embarquez avec nous !» «Je sautais ça de haut. Quelqu’un quelque part a fait de la pression, j’imagine», s’est réjouie Isabelle.

Dernier message texto à ses nouveaux amis députés, repris par Luc Berthold sur sa page Facebook : La plus belle nouvelle de la semaine : «Bonsoir Luc, on vient d’atterrir à Montréal.» Il était 21h13. «Madame Boulanger a fait un travail extraordinaire, insiste Luc Berthold. Moi et François Jacques étions en communications constantes avec le cabinet du premier ministre Legault. Nous échangions des messages toutes les 15 minutes.» Pendant tout le processus, le député de Mégantic-L’Érable dit n’avoir eu aucune information de la part du gouvernement fédéral alors que le gouvernement du Québec était à l’écoute. Ce qui lui a fait dire que les touristes québécois avaient été laissés à eux-mêmes. Mais loin de lui d’en faire une question de couleur de drapeau. «Ce qu’on voulait c’était que ces gens-là sachent qu’ils peuvent compter sur nous.»

On est lundi, attablés chez Yolande devant un café chaud. Karine, la belle-sœur d’Isabelle lui a envoyé un texto. «Je me demande si elle n’a pas un peu raison. Elle m’écrit: j’ai trouvé la définition de ton prénom en indien : «Celle par qui les émeutes arrivent.» En fait, j’étais à Paris le
13 novembre 2015.» Assise à Place de la République, deux heures avant les attentats au Bataclan. «C’était peut-être pour ça que je n’étais pas trop énervée à Haïti !

Son prochain voyage, elle en rêve déjà. «Ce sera une croisière aux Antilles!»

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