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Registre des armes: souhaitons-nous la maturité!

(Réponse au commentaire de M. Yves Boissonneault sous le titre «Un registre voué à l’échec» dans l’édition de l’Écho du 22 mars)

Vous réagissez à mon propos sur le contrôle des armes en vous limitant aux coûts sans considération pour les drames humains. Mes chiffres viennent principalement de Statistique Canada. Entre 2008 et 2012, vous écrivez que le taux de suicides aurait «significativement augmenté». Cette information ne m’est pas passée sous les yeux. Comme vous l’avez, il serait intéressant de la publier. Ce qui importe, ce n’est pas d’avoir raison mais la vérité afin que nous puissions, collectivement, faire un choix, sinon comprendre celui qu’on nous imposera. Qu’entendez-vous par une augmentation significative? Malgré elle, le nombre de victimes est-il sous le seuil d’avant le registre? Au-delà du pourcentage, combien de personnes auraient été épargnées? Combien de drames faut-il pour que nous puissions enfin considérer la souffrance humaine?

Le Canada et le Québec ne sont pas les seuls à s’attaquer au contrôle des armes. Dans La Presse du 22 mars 2019, l’éditorialiste Alexandre Sirois rappelle l’exemple australien, pays qui a interdit les armes automatiques et semi-automatiques. Je cite: « La décision a eu un impact mesurable. Les taux d’homicides et de suicides commis avec une arme à feu ont baissé de façon encore plus marquée qu’auparavant. Plus remarquable encore: il n’y a pas eu d’autres tuerie de masse avant l’an dernier en Australie (un malheureux drame familial) soit 22 ans après celle de Port Arthur. Pourtant, avant ce crime atroce, il y avait eu 13 tueries de masse en l’espace de 18 ans.»

L’abandon du registre n’est pas à coût nul puisque son absence génère aussi des dépenses faramineuses, des coûts sociaux majeurs et des drames effroyables qui laisseront des traces pendant des décennies. Comme pour les routes, investir ou non coûte cher. Concernant les crimes violents, j’ai bien écrit que si nous soustrayons les 23 attribués au crime organisé, que «70 vies auraient pu tirer avantage de l’existence du registre.» Cependant, je n’ai pas affirmé que toutes auraient pu être sauvées. Dans la phrase suivante, je me demandais combien de vies parmi les 70 auraient pu être épargnées. « Dix, quinze ou vingt? » Est-ce assez pour que nous puissions au moins poser la question? L’efficacité du registre ne relève pas de l’automatisme mais du message envoyé et parfois du miracle d’un moment d’hésitation quand l’arme n’est pas immédiatement disponible. C’est la différence entre madame ou feu madame…

Je n’ai pas d’emblée été favorable au registre des armes parce que je me méfie toujours d’un État assoiffé de taxes. Après la tragédie de polytechnique et autres drames conjugaux, le registre est devenu un mal nécessaire. Lors de sa création, j’ai vendu mon fusil. Peut-être me suis-je ainsi sauvé la vie? Supposons que demain je perde la tête; le temps de chercher un autre moyen d’en finir, peut-être aurai-je le temps de retrouver mes esprits. Parfois, il suffit de bien peu de choses. Nous le savons tous, il arrive que l’honnête chasseur ou le bon mari sombre dans la dépression ou saute les plombs. Si le registre permettait de soustraire un certain nombre de drames, cela ne vaut-il pas la peine de le considérer?

Bref, vous avez raison de mettre des bémols ou même de contredire: il faut que tout soit sur la table afin que nous comprenions quelque chose à cet imbroglio, afin que nous prenions conscience de nos valeurs communes. Nous ne pouvons pas nous contenter d’aligner des chiffres; collectivement, nous sommes dus pour une bonne réflexion où toutes les vérités devront être entendues. Souhaitons-nous la maturité pour y arriver.

Paul Dostie

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