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Demandez aux citoyens ce qu'ils veulent!

La nuit de la tragédie (6 juillet 2013) j’étais en voyage d’affaires au Portugal. Une journée qui devait être réservée au tourisme s’est alors transformée en journée rivée à mon écran d’ordinateur pour suivre les nouvelles et l’évolution de la situation. Je n’osais pas sortir au restaurant car je ne savais pas si j’allais être en mesure de suivre les nouvelles et de contacter mon entourage. Je n’ai pas perdu quiconque de vraiment proche dans cette tragédie mais j’ai supporté du mieux possible les gens autour de moi qui en ont perdus. Une personne très chère à mes yeux y a perdu sa sœur.

Rapidement, après cette tragédie, le sujet de la voie de contournement ferroviaire est apparu. Pour plusieurs, il s’agissait d’un «must» pour la guérison de tous et chacun. Pour ma part, ayant un esprit plus logique, je savais que la tragédie était le résultat d’un ensemble de circonstances particulières et qu’une voie de contournement était cher payée alors que quelques «quickwins» auraient empêché cette catastrophe (stationnement dans la voie de garage, dérailleur, etc.). Je n’étais donc pas en faveur de cette voie. Au départ, l’idée principale de la voie de contournement était de protéger les Méganticois, éviter de les faire souffrir à la vue du train jour après jour et les protéger des risques du transport de différentes matières. On se rend maintenant compte que, même si l’idée semble gagnante, elle apporte son lot de côtés négatifs (impact sur d’autres résidents, sur l’environnement, sur le développement de notre région). On a tous souffert à notre façon de la tragédie. Je doute que le désir de la majorité est d’en faire souffrir davantage.

En 2013-2014, il était moralement inacceptable d’être contre la voie. Une personne contre la voie de contournement était une sans cœur n’ayant aucun respect pour les victimes et leur famille. Trois milles personnes ont alors signé une pétition pour réclamer cette voie. Il y a aussi eu une pétition contre la voie à l’époque. Cela a créé une consternation générale et on a même appelé à boycotter les commerces qui la rendaient disponible. La seule réponse valable c’était être «pour». Il est important de noter qu’à l’époque, c’est l’idée d’une voie de contournement qui planait. On ne parlait pas encore d’un tracé en particulier.

Lors des dernières élections municipales, les trois candidats étaient «pour» la voie de contournement, encore une fois parce qu’être contre aurait été un suicide politique. Mais, on n’a jamais vraiment demandé l’avis de la population. Pourquoi donc ? Ce n’est pas un peu ça la base de la démocratie ?

Six ans après la tragédie, la situation a évolué. Il est maintenant plus acceptable d’être contre la voie de contournement. Plusieurs ont passé à autres choses ou ont simplement quitté la ville. Plusieurs se rendent compte que le train continue de passer et qu’il ne cause pas de tragédie à chaque fois.

Dès le début, j’ai placé ma confiance en nos élus. Je me disais d’abord que c’était facile de les critiquer pour leurs décisions, mais bien peu de gens peuvent se vanter d’avoir déjà géré une catastrophe pareille. Je n’aurais pas voulu être à leur place. Je leur ai fait confiance même concernant la destruction totale de notre centre-ville. Je me disais qu’ils devaient avoir de très bonnes raisons. À cette époque, le Mégantic bashing me répugnait. Parler contre les élus, c’était inacceptable, trop facile. Les élus n’avaient que de bonnes volontés derrière la tête.

Puis, les décisions ont commencé à devenir louches. Pourquoi avoir tout détruit? La réponse n’a jamais été claire. Pourquoi ne pas avoir rendu les terrains à leurs propriétaires légitimes? Pourquoi avoir construit les condos commerciaux ? La ville n’est pas dans le domaine de la gestion immobilière ? Pourquoi un deuxième pont à quelques mètres de l’ancien, toujours en fonction? Etc. etc. ! Un ensemble de décisions qui semait le doute dans mon esprit.
Lors des dernières élections, j’ai voté Julie Morin comme la majorité des Méganticois. Elle promettait transparence et écoute des citoyens. Mais avec ce qui a été découvert lors des audiences du BAPE (que tout est décidé d’avance, que l’avis des citoyens importe peu, le refus d’un référendum sur la voie, etc.), cette confiance n’est plus ce qu’elle était. Tant de questions me hantent et me font me questionner sur les réelles motivations de nos élus.

Pourquoi les élus s’acharnent à nous enfoncer le tracé Sud dans le fond de la gorge sans savoir si c’est celui que la majorité veut ? Sans même savoir si la majorité en veut une voie de contournement. Est-ce simplement parce que c’est le choix le moins cher ? Celui qui avantage le mieux certains groupes ou les grandes ambitions de la ville comme celle du train touristique ? Pourquoi est-ce que la ville de Lac-Mégantic est dans ce projet sachant que cela va toucher autant sinon plus les municipalités de Nantes et Frontenac ? À partir de ce moment, est-ce que ça ne devrait pas être géré à un autre niveau ? Est-ce possible de croire que la ville suivra la volonté de ses citoyens sachant qu’elle a elle-même d’autres enjeux dans ce projet ? Comment croire qu’elle peut inclure les municipalités avoisinantes sans nuire à ses propres initiatives ? (Gare de triage, train touristique, etc.)

Cette histoire ne finit plus de finir. Six ans à toujours en entendre parler, ça n’aide clairement pas à passer à autre chose.

Sauf qu’actuellement il se passe quelque chose. Quelque chose qui ne semble pas aller comme il se doit. On s’apprête à mettre en place une voie de contournement à coup de millions $$, avec un sentiment collectif de «est-ce vraiment nécessaire» ou «est-ce que ça aurait pu être mieux fait». C’est juste poche comme feeling. Si la ville écoutait ses citoyens et les municipalités aux alentours, si on n’avait pas l’impression que tout est décidé d’avance, malgré les «consultations citoyennes», je suis persuadé que mon opinion des élus serait la même qu’en 2013.

On a une seule chance de faire ça bien, car une fois complétée, il n’y a pas de retour en arrière. Je ne sais pas quel impact peut avoir le BAPE dans ce projet, mais vu l’absence flagrante de consensus social, l’apparence trop importante de conflits d’intérêts et afin de redonner espoir aux citoyens en nos processus gouvernementaux, il est primordial de bloquer le développement de la voie du côté Sud et de demander aux citoyens ce qu’ils veulent vraiment.

Yannick Grenier

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