Prendre les médias par la main

Ce titre réfère à un billet publié dans l’Écho du 20 février 1994. Il y a 25 ans! Constat de l’époque: «La révolution de l’information se fera d’abord sentir auprès des canaux de télévision traditionnels et finira par bousculer à leur tour les journaux, quotidiens et hebdomadaires.» Notez le vocabulaire utilisé à l’époque pour identifier les acteurs de l’information. Les journalistes de la presse écrite travaillaient soit pour un quotidien, soit pour un hebdomadaire.

En pleine semaine où les feux de l’actualité sont concentrés sur les travaux de la Commission de la culture et de l’éducation sur l’avenir des médias d’information, à Québec, le prochain paragraphe du billet écrit il y a 25 ans, vous fera sourire, sachant que les quotidiens du Groupe Capitales Médias de Martin Cauchon attirent beaucoup l’attention, parce qu’ils se retrouvent plus que d’autres sur respirateur artificiel: «Le Comité Média du Conseil régional de développement de l’Estrie, un groupe de réflexion formé de représentants des médias régionaux de l’Estrie, d’universitaires, de journalistes, de consultant et même de groupes de pression comme le Centre des femmes de l’Estrie, a présenté depuis un an diverses propositions pour aider les médias écrits et électroniques à surmonter les difficultés que traversent les entreprises de presse régionale, surtout les stations de télévision de Sherbrooke, à la veille d’une importante révolution de l’information.»

Comme l’avenir des médias en Estrie ne s’annonçait pas très rose, ce comité avait concocté certaines recettes pour «faire sentir aux médias les conséquences positives d’un rapprochement avec les MRC et l’organisme de concertation par excellence de l’époque, le CRD-Estrie.»

Je rappelle que cette formule des CRD a passé dans le broyeur à déchet d’un gouvernement qui voulait rationaliser les dépenses de l’État. La solution «miracle» qui venait du CRD était la composition d’une grappe industrielle des médias, dans laquelle notre rôle à nous, les médias en Estrie, aurait consisté à collaborer à la défense des intérêts de la région, à l’intérieur probablement de cadres et d’objectifs définis directement ou indirectement par certains groupes de pression, dont le Centre des femmes de l’Estrie, et pourquoi pas aussi les MRC. Soupir de soulagement, cette idée a été rejetée par le Comité Média, auquel participait l’Écho. «Peut-on sérieusement imaginer intégrer les médias à un processus de planification stratégique de développement régional et, de ce fait, convaincre les journalistes du bien-fondé de devenir des acteurs du développement régional alors que leur mission est d’informer?

Intéressant de lire ce que le vice-président et éditeur adjoint à La Presse, Claude Masson, déclarait à l’époque où les quotidiens aujourd’hui en péril appartenaient au même groupe que celui propriétaire de La Presse, Gesca: «Ce que nous vivons actuellement (1994) est, dans un certain sens, heureux ou positif. Avec moins d’effectifs (lire moins de journalistes), moins d’espace (lire moins de pages), moins de ressources financières, la conjoncture nous force à être meilleurs, plus performants, plus créatifs, plus imaginatifs».

Wow! À peine plus de 20 ans plus tard, Gesca largue ses quotidiens régionaux, en prenant soin de les céder à l’ex-ministre libéral Martin Cauchon pour la forme.

Et qu’est-ce le nouveau patron de la presse régionale s’est empressé de faire? Des coupures, des coupures et encore des coupures, jusqu’à aller crier famine chez la fourmi sa voisine, lui priant de lui prêter quelques vermisseaux pour subsister jusqu’à l’automne, espérant pouvoir engranger de bonnes recettes publicitaires dans la prochaine campagne électorale, avant le démantèlement du groupe.
Par son mandat d’initiative sur l’avenir des médias la Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée nationale entend cette semaine, à Québec, de grands joueurs, tels le Groupe Capitales Médias, Québecor, Le Devoir, Radio-Canada, La Presse, Télé-Québec, Cogeco, la Fédération des radiodiffuseurs communautaires du Québec, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, les grandes centrales syndicales, l’Association des journalistes indépendants du Québec, Hebdos Québec, le Cégep de Jonquière, pour son programme Communications dans les médias, la revue Urbania, et d’autres.

Jusqu’à vendredi soir, les intervenants devront tous tenter d’identifier des pistes de solutions quant aux défis suivants: le financement aux entreprises et organismes dans l’atteinte de l’équité fiscale; leur présence régionale et la valorisation du rôle local de l’information; la viabilité des modèles d’affaires à l’ère numérique et leur indépendance. Le tout afin d’assurer le droit du public à l’information.

La crise chez Groupe Capitales Médias arrive à un bon moment pour Martin Cauchon, qui s’est trouvé une sortie honorable, mais à un mauvais moment pour les autres médias et leurs journalistes qui espèrent trouver une solution commune à un problème commun. Pas un remède à un groupe de presse en particulier. Et surtout pas en y appliquant un remède qui feraient de tous les journaux locaux des porte-voix des décideurs économiques. Un modèle rejeté par la presse elle-même il y a 25 ans,
Soigner un patient «régional» et ne pas soigner celui du lit voisin «local» ne se fait juste pas. Surtout, que l’information locale, c’est la tâche des journalistes d’hebdos.

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