Renov J. Turmel

L’Estrie sans compromis

L’appellation Cantons de l’Est n’a plus sa raison d’être, ce n’est pas parce que Tourisme Estrie à unilatéralement décidé de retourner à Cantons de l’Est, faisant ainsi bande à part, depuis plusieurs années déjà. Je qualifie cela d’un conservatisme inconscient, cela fait que cette appellation traîne malheureusement encore dans nos mémoires.

L’Estrie inspire la créativité, c’est un mot nouveau, court et efficace. Revenir à Cantons de l’Est serait une régression abominable parce qu’elle fait référence aux Eastern Townships. On n’a qu’à porter un regard sur l’histoire de la colonisation de ce magnifique territoire au début des années 1800 pour se rendre à l’évidence qu’il ne faut pas aller là.

N’ayons pas peur des mots. Au début du 19e siècle les hauts placés dans l’exécutif colonial géraient la colonie comme si elle leur appartenait. Souvenons-nous que la distribution de ces terres s’est faite de façon corrompue par les dirigeants britanniques de l’époque en usant de mensonges et de peurs. Ce sont des faits qui sont documentés. La plupart des terres étaient attribuées à des favoris britanniques, de 1820 à 1850 la British American Land Company a joué un rôle important pour attirer les colons britanniques. Vers 1838, un petit groupe de 105 propriétaires détenaient 1 500 000 acres et seulement six d’entres eux habitaient les Eastern Townships, ce qui entraînait aussi beaucoup de spéculation.


« Il y a plusieurs causes qui ont contribué à retarder l'établissement des townships de l'Est. La première, c'est le système de favoritisme que le gouvernement anglais, dès le commencement de sa nomination, a accordé aux monopoleurs des terres publiques, sans les forcer à les établir, sous peine de confiscation réelle. De 1793 à 1811, plus de trois millions d'acres des terres publiques furent ainsi mises entre les mains d'environ deux cents favoris, dont quelques-uns eurent jusqu'a 60 ou 80 000 acres chacun ; et même le gouverneur R. Shore Milnes en prit près de 10 000 pour sa part. (p.131).» (Tiré des rapports du Comité spécial nommé pour s’enquérir des causes qui retardent la colonisation des townships du Bas-Canada. (180 pages). Ces rapports ont été rédigés suite à la comparution de dizaines de témoins et sont signés par une douzaine de curés où missionnaires. On pouvait même parler de ségrégation dans ce cas-ci puisque la seule monnaie autorisée pour l’achat de terres dans les Eastern Townships était la livre Sterling et que les Canadiens-français n’en possédaient pas. Je rappelle qu’on est ici avant la signature de l’Acte d’union et que la Bas-Canada à cette époque était sous la tutelle d’une élite commerciale impériale, qui s'attribuait les pouvoirs de chef suprême.

C’est trop facile de s’arrêter au fait pittoresque que ce sont des loyalistes à la Couronne Britannique qui ont peuplés ces terres. La loyauté étant parfois une qualité chez l’humain. Dans le cas du peuplement de notre région du Québec, le mystère entourant ces soi-disant loyalistes qui étaient avant tout des Américains, n’est en bonne partie qu’un mythe. La preuve en est que l’esprit démocrate américain des ces colons venus du sud s’est rapidement révélé. La preuve étant que plusieurs journaux réformistes étaient actifs pendant cette période: Le Missisquoi Post, le St-Francis Courrier et le Canadian Patriote de Stanstead, et que plusieurs comtés avaient des députés anglophones qui ont étés élus pour le parti Patriote, mené par Louis-Joseph Papineau. L'Angleterre, en tant que puissance coloniale, et ses représentants locaux sont visés par cette critique, car ils incarnaient et maintenaient un ordre social jugé de plus en plus inacceptable. Ce n'est pas la population anglophone du Bas-Canada qui était prise à partie; c'est le joug colonial et l'exploitation concomitante et indue de la paysannerie qui posaient problème aux yeux des Patriotes.

Il n’est pas nécessaire de rappeler ces injustices sociales en revenant à l’appellation Cantons de l’Est. On aura beau évoquer des intérêts économiques, des études de marchés insipides qui nous diraient que l’ancien nom serait plus attractif. «L’existence de cantons au Québec est liée à la colonisation. Si les premiers cantons apparaissent dans la région des Cantons de l’Est, d’autres sont tracés par la suite sur la rive droite en aval de Québec et sur sa rive gauche, puis le long de la rivière des Outaouais et en bordure de la baie des Chaleurs. Par la suite, d’autres sont développés dans la région du Saguenay, du Lac Saint-Jean, du Témiscamingue, de l’Abitibi. Comme on voit, la réalité de canton est loin d’être exclusive aux Cantons de l’Est.» L’initiative visant à changer le nom de la région administrative 05 n’a tout simplement pas lieu d’être. Il est temps de passer à autre chose et regarder vers l’avenir de l’Estrie.

Jacques Gagnon

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