Ville de Lac-Mégantic

Aux portes de l’abdication

Dans un récent article du Globe and Mail consacré à ce que vivent les gens de Lac-Mégantic, il y a cette déclaration écrite du CP, sans doute passée au peigne fin et au tamis des responsables des communications et de leur batterie d’avocats: «Le CP ne fait pas partie des responsables du déraillement de Lac-Mégantic, car le train n’était pas conduit par des employés du CP ou ne voyageait pas sur des voies du CP, et il n’était pas propulsé par des locomotives du CP. De plus, le CP n’était pas propriétaire des wagons ou des produits impliqués dans le déraillement. Le CP croit que les victimes de cette terrible tragédie devraient être indemnisées. Le CP croit que l’indemnisation doit provenir des responsables.» Voilà, la cause est entendue, n’en déplaise au gouvernement du Québec et aux avocats du Recours collectif qui poursuivent la multi puissante multinationale, qui va recevoir, sur un plateau d’argent, un cadeau pesant au minimum un demi milliard de dollars puisés dans vos poches, pour se construire un tronçon de rail haute vitesse.

Alors, la question se pose: qui sommes-nous face à cette puissante machine, qui fait chauffer sa locomotive de tête par Transports Canada? Nous, la masse des «résilients», devenus pour la grande majorité des résignés.

En terminant la lecture d’une lettre d’opinion dans Le Devoir du 10 mai sous le titre «De la résignation comme résistance» de Francis Ouellette, j’ai soudain compris pourquoi je me sentais si intellectuellement fatigué, avec un cerveau plein de trous comme une tranche de fromage suisse. Le gars expliquait pourquoi il avait dit «non» à sa voisine militante qui l’invitait à prendre part à une marche organisée par le groupe Mères au front. «Pourquoi mon refus s’est-il imposé si délibérément en guise de réponse? Parce que j’ai abdiqué. Quelque chose a cédé, tout simplement. Je ne saurais dire avec précision le moment où ce processus de résignation a débuté. Pourtant, j’ai été élevé en militant et j’étais de tous les combats.» Récipiendaire de la médaille du Gouverneur général pour son travail humanitaire, la violence et l’horreur du monde, pour lui, ont toujours un poids, une odeur, une couleur. Son hypersensibilité lui a-t-elle donné une longueur d’avance dans la course effrénée pour la survie du monde ? «C’est tout le contraire qui se produit en ce moment. La situation m’a drainé, épuisé. Tétanisé serait le mot adéquat. Au début, j’étais enragé de ma totale impuissance. Ma colère s’est lentement muée en révulsion, une sorte de dégoût de moi-même et de notre indolence collective, pour devenir au final de la pure résignation. (…) Comment faire pour vivre dans ce contexte? Une minute à la fois, je suppose. Non pas en nous déresponsabilisant, mais en se rappelant aussi qu’il y a des limites aux chapeaux que peuvent nous faire porter les maîtres du monde. Chose étrange, c’est quand je regarde mes enfants vivre que je n’ai pas peur. Je ne sais pas trop pourquoi. C’est peut-être parce que je ressens que notre génération a déjà terminé son tour de piste. Je prépare mes enfants un peu plus chaque jour pour la suite du monde à (re)construire. Je réserve mon amour, ma douceur et ma force pour ma tribu. Le projet collectif, que dis-je, celui de la civilisation est devenu trop grand pour moi, à l’instar de ma fatigue.»

Cette résignation, ici, est le lot de plusieurs. Mais pas de tous! Mes deux meilleures sonneuses d’alerte se sont signalées ces derniers jours. L’une a 84 ans, l’autre en a 97! Elles gardent la flamme des combattantes et ne me demandez pas comment elles font. À la fois courageuses et insensées. La plus «jeune» des deux, Yolande, sonne la charge avec un «front de bœuf» contre CP et Transports Canada qui l’attaquent de front sur ses terres et les terres de ses voisins. Elle a raison, Yolande, lorsqu’elle dit que personne ne devrait rester indifférent avec ce projet pharaonique que tout le monde va payer de ses poches. L’autre m’a ouvert les yeux sur un enjeu beaucoup plus local, les travaux de la rue Laval. Ce sont ces regards-là si précieux sur nos enjeux de société qu’on perd de vue. A-t-on baissé les bras trop vite collectivement?

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