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La dernière cassette, puissante réflexion sur l’après
La comédienne Violette Chauveau a livré une performance remarquable dans la peau d’AB. (Photo Valérie Remise)
Un corps déchu qui vit dans l’ombre avec un cerveau sans cesse en ébullition. L’immobilisme et la lenteur qui cohabitent avec l’intelligence, la curiosité, l’expérience créative… Portrait théâtral du regretté metteur en scène André Brassard, La dernière cassette pose une réflexion sur l’après succès, sur la lumière intérieure qui brûle en secret même si seule la fumée semble avoir résisté.
À la fois fictive et inspirée de celui qui a quitté ce monde en 2022, la pièce écrite et mise en scène par Olivier Choinière débute lentement. Un appartement enfumé, à peine éclairé, où le personnage, AB, ne bouge pas. Puis cherche une cigarette, répond au téléphone et raccroche avec sa main moins agile, son défi de la journée. Le temps passe et rien ne se passe.
Cet immobilisme raconte en quelque sorte le sort de plusieurs personnes qui vivent en marge de la société, même après y avoir largement contribué. Victime d’un accident vasculaire cérébral, André Brassard, qui a dirigé près de 160 mises en scène, n’était plus dans l’œil du public depuis une vingtaine d’années.
Puis AB se met à parler. Ou plutôt, un dialogue s’entame entre A et B. Place alors aux souvenirs, mémoires trouvées dans une cassette enregistrée pour son 37e anniversaire. Place aussi à des réflexions philosophiques sur le sens de la création, l’importance d’aller au-delà du texte pour laisser vivre les personnages. L’importance de toujours questionner, même si des réponses ont été trouvées. Qu’est-on sans la curiosité?, a-t-on envie de se demander.
Sublime performance de Violette Chauveau, méconnaissable dans le rôle d’AB, un clown triste au corps déformé qui se déplace en fauteuil roulant en sacrant. Qui évolue dans un environnement insalubre apparenté à un cabinet de curiosités. Dans cette espèce de cirque abandonné depuis des lustres, la comédienne incarne un personnage à la fois ronchonneur et avide de comprendre l’essence de la vie, lui dont la mort est sans cesse annoncée. C’est à la fois drôle et triste, ou drôle à force d’être triste.
On ne revient pas complètement de La dernière cassette. On reste avec la vision de ce fil ténu qui sépare la vie de l’existence.
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