Recyc-Québec

Un site web consacré à l’œuvre de Nelly Arcan

Un site web consacré à l’œuvre de Nelly Arcan - Rémi Tremblay : Actualités
Un site web consacré à l’œuvre de Nelly Arcan - Rémi Tremblay : Actualités
Érik Fortier

Une «colosse aux pieds d’argile», cette Nelly Arcan. Le personnage d’auteure tourmentée aura eu le dessus sur la jeune femme qu’était Isabelle Fortier, il y a deux ans, lorsque ses lecteurs apprenaient son décès tragique, à l’âge de 36 ans. Mais Nelly, elle, n’avait pas écrit son dernier mot!

Le Seuil, la maison d’édition française qui l’a fait connaître avec la publication de son premier roman, Putain, en 2001, lançait ce 14 septembre, en librairie, la cinquième œuvre de la Méganticoise d’origine, sous le titre Burqa de chair. Un recueil regroupant deux récits inédits, La robe et La honte, qui relatent un expérience humiliante sur le plateau de télévision de Tout le monde en parle, à Radio-Canada, une version allongée de L’enfant dans le miroir, un conte paru chez Marchands de feuilles en 2007, plus une réflexion sur le speed dating et une chronique intitulée Se tuer peut nuire à la santé, publié en 2004 sur le site Web P45.

Et une semaine plus tôt, le 8 septembre, les membres de sa famille assistaient, dans les locaux de la Société des arts technologiques, à Montréal, à la création d’un site web intitulé Une vie, plusieurs éclats, une demeure virtuelle à l’adresse nellyarcan.com pour que son œuvre ne meurt pas.

Un espace de recherche
«Elle était un personnage public et médiatique, un «écran» sur lequel ont été projetés nombre de fantasmes et de représentations stéréotypées. À la fois fragile et provocante, Nelly Arcan a tantôt alimenté le feu médiatique, tantôt démenti ou simplement ignoré diverses affabulations…», souligne la gardienne du «trésor» littéraire, son agent, Marilène Bélanger. «J’avais d’abord été mandatée comme avocate pour conseiller la famille de Nelly au niveau des contrats», confie-t-elle. De fil en aiguille, la famille lui a demandé de prendre en main la suite des choses, à la fois à titre de gestionnaire de la succession de l’écrivaine et de porte-parole incontournable de la famille d’Isabelle Fortier.

Elle décrit le site Internet comme «un espace de recherche, un espace vivant où l’écriture demeure centrale. Des recueils au recueillement, de la collecte et de l’analyse des contenus à leur mise en contexte, cet ouvrage polymorphe ne devrait laisser personne indifférent.»

Loin de chercher à résoudre le mystère Nelly, le site imaginé par Parvis Communications et lancé après plus d’un an de travail, crée des occasions de recoupement, des chemins de traverse qui permettent d’aborder la récurrence de certains thèmes et les différentes formes d’écriture de l’auteure à travers notamment des textes exclusifs, des citations et des extraits d’entrevue.

«La demande de la famille m’a interpellée, non seulement en tant que professionnelle, mais aussi comme femme. C’est une première, pour moi, dans le domaine littéraire», a-t-elle indiqué à l’Écho, en début de semaine.

Le site a été financé entièrement par la famille d’Isabelle-Nelly, à même les redevances que touche la succession.

L’expérience difficile qu’a connue l’écrivaine lors de son passage, à l’automne 2007, sur le plateau de Tout le monde en parle, une émission animée par Guy A. Lepage, est racontée dans La honte, un texte que le lecteur pourra découvrir dans Burqa de chair. «Elle était invitée à parler de son œuvre; on s’est plutôt foutu de sa gueule et on l’a dénigré. C’est vraiment du nivelage vers le bas», déplore la porte-parole de la famille. Le texte raconte la honte que Nelly Arcan a subie au terme de son passage sur le plateau, où l’animateur, «l’homme debout» écrit-elle, et des membres du panel se seraient davantage préoccupés de son décolleté que de son style d’écriture.

Celle à qui l’on doit également l’écriture de Folle en 2004, À ciel ouvert en 2007 et Paradis, clef en main en 2009, paru moins de deux mois après son suicide survenu le 24 septembre, semblait déjà plus ouverte à l’idée d’un retour, autrement qu’incognito, dans sa ville natale.

La Ville de Lac-Mégantic jongle toujours avec l’idée de donner le nom de Nelly Arcan à la bibliothèque municipale, une fois installée dans de nouveaux locaux. «Pour nous, ce serait fantastique. Et ce serait très important, un symbole appréciable pour sa mère», estime Marilène Bélanger.

À l’occasion du deuxième anniversaire de sa mort, la famille Fortier va faire installer un monument funéraire sur sa tombe, au cimetière de Sainte-Agnès de Lac-Mégantic où elle repose «en paix».

Les marins ne meurent pas, Nelly non plus!
(Ce texte d’Érik Fortier, le frère d’Isabelle, alias Nelly Arcan, a été lu à l’occasion du lancement à Montréal, le 8 septembre, du site Web consacré à Nelly Arcan, sur nellyarcan.com. L’Écho le reproduit textuellement, avec l’accord de la famille.)

Je ne suis pas écrivain. Je conduis des bateaux. Au milieu de l’océan, il n’y a rien ni personne. On n’a pas vraiment à se soucier de son image. Mais un bateau, si ça navigue, si ça fait une traversée, c’est parce qu’il a quelque chose dans le ventre, quelque chose dans ses cales. Il a quelque chose à livrer. Ce n’est pas à proprement parler pour le plaisir. Évidemment, s’il y a un superbe coucher de soleil, on se prive pas, on le regarde, on en profite, c’est tout.

Nelly avait quelque chose dans le ventre, quelque chose à dire, à livrer, et ce n’était pas pour le plaisir. Ça ne l’a pas empêché de profiter de la vie, mais ça l’a conditionnée: je sais c’est quoi affronter des vagues et Nelly en a affronté des grosses. L’une d’elles l’a emportée.

Aujourd’hui, avec ce site, j’ai le sentiment d’accoster au même quai que celui de ma sœur. Il est trop tard pour la rescaper, mais j’ai le sentiment pareil de la ramener à terre. Il y a un dicton dans ma profession: les marins ne meurent pas, ils disparaissent. Nelly disparue, elle est toujours portée par ses mots, une mer de mots avec ses tempêtes et ses affluents.

J’imagine ma sœur attachée à l’écriture comme Ulysse à son mat: il y a quelque chose d’héroïque à affronter de la sorte ses propres monstres et ceux d’une époque. Pour moi, son courage c’est de s’être attaquée à notre insanité moderne, d’avoir aussi bien fréquenté les couloirs d’université que les trottoirs de la cité. C’est cela qui fait d’elle un symbole et qui caractérise l’héritage culturel qu’elle nous lègue. Un héritage qui interroge une culture souvent autodestructrice et qui piège les hommes et les femmes dans des représentations réductrices, aussi fascinantes qu’oppressantes.

En fait, dans cette expérience des limites, ma sœur aura cherché à se faire toujours plus réelle. C’est pour ça que son œuvre doit avoir toutes les chances de vivre à travers les yeux de nombreux lecteurs. Pour conserver sa réalité. Et c’est à ça que ce site doit servir.


Aussi, je remercie mes parents pour leur soutien inconditionnel au projet. Je remercie Marilène Bélanger pour son professionnalisme qui a agi comme un baume, une protection pour la famille. Je remercie Stéphanie Tessier et France Bernard pour ouvrir la porte aux participations personnelles des lecteurs.

Je remercie les médias, c’est curieux à dire, pour le respect qu’ils ont manifesté à l’égard de notre famille durant cette période de deuil, pour la discrétion dont ils ont fait preuve.

Je remercie aussi chaleureusement Jérôme Langevin de Parvis communications qui a cru au projet et qui a mobilisé son équipe au-delà des attentes et des budgets.

Merci enfin à vous, les amis, les lecteurs, car vous êtes la raison d’être de Nelly, les multiples ports où son œuvre peut accoster et reprendre vie.

Bonne fin de soirée, bonne lecture!

Érik Fortier

Pour réagir, Connectez vous Pour réagir, Connectez vous

À lire aussi

  • La résistance s’accentue autour d’un tracé jugé «catastrophique»
    Actualités Sécurité ferroviaire

    La résistance s’accentue autour d’un tracé jugé «catastrophique»

    Rémi Tremblay / 26 mai 2022
  • Au-delà des mots… et de la différence
    Culture Arts visuels

    Au-delà des mots… et de la différence

    Claudia Collard / 25 mai 2022
  • La réflexion sur la voie ferrée se transporte à Lac-Mégantic
    Actualités Sécurité ferroviaire

    La réflexion sur la voie ferrée se transporte à Lac-Mégantic

    Rémi Tremblay / 24 mai 2022
  • Proximité et magie signées Marie Mai
    Culture Musique

    Proximité et magie signées Marie Mai

    Claudia Collard / 24 mai 2022
  • À nous deux Parkinson!
    Actualités Santé

    À nous deux Parkinson!

    Claudia Collard / 19 mai 2022
Identifiez-vous pour commenter Identifiez-vous pour commenter

0 commentaire

  1. La résistance s’accentue autour d’un tracé jugé «catastrophique»
  2. Aznavour autrement… à Lambton
  3. Un Souper homard payant!
  4. Au-delà des mots… et de la différence
  5. La réflexion sur la voie ferrée se transporte à Lac-Mégantic
  6. Proximité et magie signées Marie Mai
  7. À Doc Humanité: l’histoire tragique de Madame M
Aux portes de l’abdication
Au-delà des mots… et de la différence
Recherche d'emplois - Lac-Mégantic
  1. Mécanicien
  2. Poste de service à la clientèle
    Lac-Mégantic
  3. Responsable des réseaux d'aqueduc et d’égout
    Lambton
  4. Assembleur
    Frontenac
  5. Technicien(ne) en production
    Lac-Mégantic
Répertoire des entreprises