Recyc-Québec

La démocratie: un jeu gagnant-perdant?

Lors de sa séance du 1er octobre, le conseil municipal de Lac-Mégantic m’a répondu qu’il ne tiendra pas une deuxième rencontre publique d’information concernant la réfection de la rue Laval: il s’est entendu avec les marchands concernés. Point final.

Le contribuable n’aura donc pas un mot à dire sur ce qui est advenu du projet initial. J’en conclus que cette ville n’est pas la sienne. On m’a même affirmé, sans la moindre gêne, qu’on avait respecté les critères légaux exigeant une séance d’information publique. Autrement dit, on a fait ce qu’il faut. En conséquence, la loi est de notre bord.

Si j’avais insisté, on m’aurait aimablement expliqué la démarche pour contester une décision du conseil : ameuter la population, former un groupe de pression, faire signer une pétition par au moins 500 personnes… Bref, un branle-bas de combat qui s’organise en deux temps trois mouvements. Pendant que certains jouissent du privilège d’être rejoints un à un, les autres tombent sur la boîte vocale, parlent à la machine et l’entendent répéter, non sans ironie: «Votre appel est important pour nous.»

À l’évidence, il semble y avoir deux classes de citoyens : celle que l’on informe par obligation légale et la classe affaires qui jouit d’un droit de regard prépondérant sinon d’un droit de véto. Même si le point de vue des marchands se défend, je trouve que le conseil de ville prend des raccourcis avec la démocratie bien qu’il le fasse en toute légalité.

Comment apprécier la valeur du projet amendé si on éjecte le citoyen du processus? Ce dernier a raison de se sentir floué parce que sa voix n’a pas d’écho. Il n’est pas un véritable interlocuteur, mais une sorte d’entité virtuelle dont on tient compte par la bande. Un empêcheur de tourner en rond traité comme ces mouches à «marde» importunes que l’on chasse en agitant la main parce qu’elles ont le front de tourner autour de la tête.

La démocratie a toujours été le parent pauvre de la politique telle que nous la pratiquons; pourtant, c’est elle qui devrait nous apprendre à serrer les coudes. Pour y arriver, les élus devraient être à l’écoute, transparents et assumer, jour après jour, la nécessaire pédagogie de l’apprentissage démocratique autant pour la cohésion sociale que pour la suite des choses. Il faudrait que la démocratie soit autre chose qu’une croix sur un bulletin de vote, qu’un vulgaire jeu gagnant-perdant.

Depuis que je m’intéresse à la politique municipale, les administrations ont toujours été plus translucides que transparentes: elles ne peuvent ni ne doivent se contenter d’appliquer le minimum exigé par la loi. L’administration Roy-Laroche a beaucoup accompli en répondant aux urgences et en faisant des choix nécessaires, souvent des choix difficiles. Cependant, en plus des infrastructures et de la gestion financière, elle a le devoir moral de se préoccuper de la relation démocratique et de l’équilibre du pouvoir parce qu’elle a la lourde responsabilité du lien de confiance. À ce propos, voici ce que disait l’ancien maire de Québec, Jean-Paul L’Allier: «Le maire n’a pas un rôle de gestion mais de surveillance. Il est là pour la prise de décision avec le conseil, pour la transparence et les débats publics.» (LaPresse.ca du 15 octobre 2012)
Mine de rien, voici un détail –en apparence insignifiant- qui trahit une certaine indifférence sinon une forme d’intimidation du citoyen. Le micro qui a toujours été placé à la hauteur des premières rangées de sièges de la salle du conseil a été ramené loin vers l’avant, jusque sous le nez des conseillers. Le geste a été commis sans la moindre justification. Le citoyen qui a une question se trouve alors isolé de la salle comme s’il était cité à comparaître. Confusion volontaire entre la salle du palais de justice et celle du conseil? Tentative d’inverser le supplice de la question? Bref, on place le citoyen dans la position du prévenu bien davantage que dans celle de l’avocat de sa cause. Quant à la salle, on la relègue au rang du voyeur, une façon d’appliquer le bon vieux dicton «diviser pour régner.»

Suis-je paranoïaque? Disons que je suis convaincu que ce choix n’est pas innocent, sinon on rapprocherait le micro des gens afin de signifier clairement sa volonté de les écouter.

Si on avait un réel souci démocratique, on commencerait la séance du conseil par une première courte période de questions ciblées. Elles ne porteraient alors que sur les seuls points à l’ordre du jour pour éviter que les gens, peu familiers avec les procédures, concluent au coup fourré parce que les résolutions auront été votées avant qu’ils ne puissent intervenir. Ceux qui assistent aux réunions le savent, les votes se prennent avant la période de questions. Malgré l’avis de motion, le délai parfois serré ne permet pas le débat serein mais pousse à l’affrontement, ultime façon d’être écouté.
Je profite de l’occasion pour revenir sur l’élection des conseillers au suffrage universel. Pour les prochaines élections municipales, le conseil a décidé de maintenir le statu quo. Sans état d’âme, il a fait fi du débat. Pourtant, peu importe leur secteur, les élus représentent d’abord l’intérêt collectif. Le suffrage universel confirmerait cette évidence sans empêcher la désignation d’un représentant de quartier. Le mandat aurait le mérite d’être clair d’autant plus que chacun des conseillers aurait l’appui populaire et la légitimité de parler au nom de celui-ci.

Bien que le conseil ne soit pas de mauvaise foi, la réfection de la rue Laval nous fait prendre conscience de certaines lacunes qui relèvent d’une longue tradition politique qui ne répond plus à l’idéal démocratique actuel.
Il reste une année avant les prochaines élections municipales et l’administration Roy-Laroche me semble la mieux placée pour léguer cet héritage spirituel après avoir tant consacré à l’ordre temporel. Elle rendrait un immense service à la communauté en redonnant à la politique une certaine noblesse, surtout dans le contexte des scandales qui éclatent ici et là dans le réseau municipal québécois. Un héritage intellectuel, une question d’éthique bien plus que de déontologie. Il est vrai qu’ici, tout ce qui est intellectuel est honni.

Après les politiciens bâtisseurs de rues et d’égouts, après les politiciens vendeurs d’images axés sur le tourisme, après les politiciens à la fibre sociale sensible préoccupés par les loisirs et l’environnement, sommes-nous prêts pour ceux de la responsabilité et du débat devant la période trouble qui se pointe dont la Grèce et l’Espagne sont le reflet inquiétant?

Paul Dostie
Lac-Mégantic

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